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pénales qui châtient la violation de ces lois, aux pouvoirs publics qui sont chargés de les appliquer et de les faire respecter? N'est-ce pas comme si l'on disait que, dans une société, dans l'État qui n'est que la société organisée, il sera nécessaire, pour punir le vol, le meurtre, le viol et les autres crimes, que tous les individus y aient consenti et aient reconnu les juges, les magistrats, les autorités qui ont pour tâche de procurer cette punition. Ce n'est pas là une théorie sociale, c'est la théorie de Tanarchie. La société n'est pas une institution purement politique, susceptible de revêtir plusieurs formes. Elle a pour but essentiel de faire respecter les droits naturels, qu'il serait plus juste d'appeler les droits nécessaires de la personne humaine, la vie, la liberté individuelle, la propriété, la liberté de conscience, etc. Or ces droits sont indépendants du suffrage universel, ils emportent avec eux, ils contiennent en eux un droit de contrainte contre tous ceux qui les violent. Les pouvoirs publics qui les font respecter n'ont pas besoin d'être reconnus des malfaiteurs qui les attaquent ou les outragent. Si M. de Pressensé a voulu dire qu'une société idéale serait celle où ces mêmes droits seraient proclamés et respectés par tout le monde, nous sommes de son avis; mais nous ajouterons qu'une société pareille ne serait pas une société humaine. Du moins, elle n'aurait besoin ni de lois, ni de magistrats, ni de constitution politique; elle nous représenterait, selon l'expression de saint Augustin, la cité de Dieu, Si pourtant elle devait se réaliser sur la terre, ce serait dans les temps apocalyptiques où ïhomme définitif d'Herbert Spencer y aurait paru.
Ces considérations sur les conditions de la société humaine , auxquelles se mêlent des idées encore plus générales sur l'humanité, nous introduisent tout naturellement dans la quatrième et dernière partie du livre de M. de Pressensé. Les sujets qui y sont traités ne sont pas moins variés peut-être ni soumis à un plan plus régulier que ceux de la partie soi-disant anthropologique; il y est question de l'art, du sentiment du beau, de Tétat sauvage, de l'homme
des cavernes et de celui des habitations lacustres ; mais la morale et la religion en font la matière principale. Encore faut-il remarquer que, sur la morale, dont on nous a expliqué précédemment le principe et dont on nous a montré, à propos de la société et de l'humanité, les applications les plus importantes, il m« restait rien de très essentiel à dire. Les différents systèmes dont nous trouvons ici une critique trop rapide pour être profonde, ceux d'Épicure, de Bentham, de John Stuart Mill, d'Herbert Spencer, ont été réfutés d'avance, autant du moins qu'ils devaient et qu'ils pouvaient l'être dans une œuvre aussi générale. Il n'y a donc que la religion, nous voulons dire la philosophie de la religion, telle que M. de Pressensé la comprend et la définit, qui nous fournisse la matière de quelques réflexions.
Il irtst pts étonnant que pour lui la philosophie de la religion ne Sdil m grande partie que la justification de la religion même, de la religion chrétienne et des dogmes chrétiens. « Le mot de l'énigme religieux, dit-il S n'est pas évolution, mais rédemption, » La rédemption suppose le péché originel, et ni l'un ni l'autre de ces dogmes ne se conçoit sans la révélation. « Révélation, rédemption, c'est tout un, » à ce qu'assure encore l'auteur des Origines 2. Nous nous garderons de toucher à ces délicates questions ; mais nous pouvons bien demander compte à M, de Pressensé de certaines propositions sur lesquelles la critique historique et la critique philosophique conservent la plénitude de leurs droits.
Voici en quels termes il définit la religion : « Pour tout dire, la religion, c'est la vie pour Dieu, avec Dieu, en Dieu '. » — «« Vouloir faire sa part à Dieu, c'est lui refuser ce qui lui revient, je Tenx dire l homme lui-môme, l'homme tout entier qui, sans mutiler son existence, sans éteindre ou rapetisser une seule de ses facultés, doit vivre en lui, do
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lui, pour lui, et n'est religieux qu'à ce titre K » Cette définition n'est pas celle de la religion, c'est celle du mysticisme, et nous défions quiconque la prend au sérieux et se décide à la mettre en pratique de vivre autrement que de la vie contemplative, comme les solitaires de la Thébaïde. Il n'aura ni famille, ni patrie, ni profession. Il aura horreur surtout des professions qui s'appliquent directement aux intérêts de ce monde. Il ne sera ni commerçant, ni industriel, ni financier, ni soldat, ni avocat, au moins en matière civile. Il est difficile d'imaginer que ce saint homme soit notaire ou avoué, car qui se figure un notaire vivant tout entier avec Dieu et en Dieu? Cela sera bien plus difficile à un gardien de la paix et à un commissaire de police ou à un commissaire-priseur. Que le mysticisme soit souvent mêlé à la religion et la porte à ce degré d'exaltation qui fait les saints ou les fanatiques, on ne saurait le contester; mais la religion n'est pas nécessairement mystique. Il y a des classes de la société, il y a des nations entières qui passent à juste titre pour profondément religieuses, et qui cependant sont étrangères au mysticisme. Parmi ces nations, on compte dans l'antiquité les Romains et les Juifs, et chez les modernes la plupart des nations protestantes. Assurément on n'accusera pas les Suisses, les Anglais, les populations de l'Amérique du Nord de pécher par un excès de mysticité. D'un autre côté ne peut-on pas dire qu'il y a une sorte de mysticisme, le mysticisme bouddhique par exemple, celui de certains gnostiques et de plusieurs sectes du moyen âge, qui est dépourvu d'un véritable fonds rehgieux? Une autre opinion de M. de Pressensé qui ne nous parait pas moins contestable, c'est que le monothéisme, chez tous les peuples et toutes les races du monde, même les plus sauvages, a précédé le polythéisme, à plus forte raison le fétichisme. « Nous croyons fermement, dit-il 2, que le monothéisme est en réalité la croyance primitive de l'humanité. »