‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 90 sur 97 · IBI · texte numérisé non relu

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UN RÉVOLUTIONNAIRE EN MORALE

ftfilis Oui oMemiilMs Festime ou dans l'admiration publique; par un sentiment de bienveillance qui lui est naturel, il est plus porté à l'exagérer qu'à l'amoindrir. Mais les doctrines, par l'effet d'une illusion dont il ne se rend pas compte, il les Irafle avec une choquante inégalité. Ainsi, tandis quil poursuit avec une sorte d'acharnement intellectuel le kantisme et It spiritualisme, les retournant sur toutes les faces, les pressant sur tous les points, leur demandant, par les procédés d'une argumentation outrée plus que subtile, de rendre raison de la raison même, de prouver l'évidence pr mue évidence supérieure, il accepte bénévolement, avec «ne facilité surprenante de la part d'un esprit aussi rebelle dus d'autres cas, les plus arbitraires hypothèses, les plus incompréhensibles chimères de l'évolutionnisme. On dirait, à l'entendre, que rien n'est plus étranger à la nature toiimaine, plus insaisissable à notre raison et plus absent de notre conscience que l'idée du devoir, et il admet, sur les traces d'Herbert Spencer, que la moralité est un effet de la sélection, de l'hérédité, d'un organisme à l'état de transformation éternelle; que nous acquerrons avec le temps une mùralM mtgmiqiie par la puissance de laquelle chaque homme travaillera irrésistiblement au bonheur de la société et de l'humanité, comme l'oiseau construit son nid et l'abeille sa cellule hexagone. Par un raisonnement plus qu'étrange, son esprit et même son cœur se refusent à. concevoir \m Dieu unique, un Dieu parfait, souverainement bon et souverainement sage, qui a créé un monde inférieur à lui-môme, où nécessairement le mal tient une certaine place; en même temps il ne voit aucune difficulté à croire, selon le principe fondamental de Tévolutionnisme, qu'une force brute, sans intelligence, sans volonté, sans conscience, dépourvue même des attributs les plus subalternes d'un être vivant, a produit les merveilles d'organisation, d'harmonie, de vie, d'instinct, d'intelligence, que nous apercevons dans l'univers et dans l'homme. M. Fouillée n'est pas embarrassé de cet axiome d'une évidence mathématique, que le moins ne peut donner le plus, que l'infé-

rieur, comme dit Auguste Comte, ne peut produire le supérieur. Selon lui, il suffit qu'une supériorité soit, chez un être quelconque, une condition d'existence et de durée, pour que, par cela même, elle prenne naissance; il n'y faut rien de plus. « Il peut y avoir, dans l'effet, ajoute-t-il, plus que dans la cause, sous le rapport de la qualité et de la relation, c'est-à-dire de l'effet même; mais il ne peut y avoir plus, sous le rapport de la quantité de force *. »

Si nous voulions faire l'application de cette règle à des choses particulières dont nous avons une idée précise, nous trouverions qu'il y a beaucoup plus dans une tragédie de Corneille et de Racine que dans le génie même de ces deux poètes; qu'il y a beaucoup plus dans le calcul infinitésimal que dans les deux génies réunis de Newton et de Leibniz, qui, simultanément, à l'insu l'un de l'autre, en ont été les inventeurs. C'est exactement de la même manière que dans l'homme, être doué de conscience, de raison, de volonté, sinon de liberté, il y a plus que dans la nature dont il est le résultat.

Il semble toutefois que M. Fouillée ait quelque peine à rester fidèle à cette incompréhensible affirmation. A peine at-il déclaré l'effet supérieur à la cause, qu'il nous montre la cause au moins égale et semblable à l'effet. « Produit de la nature, dit-il, l'homme peut trouver des raisons toutes naturelles et morales de croire que la pensée et la volonté réfléchies expriment la pensée et les tendances spontanées de la nature entière 2. » Il y a dans cette courte phrase deux points excessivement obscurs. On nous dit que l'homme peut trouver des raisons pour se reconnaître luimême dans le mouvement général des existences ; on ne dit pas qu'il les trouve : ce qui serait pourtant intéressant à savoir. Ensuite, s'il était vrai que la nature entière fût douée d'une pensée et d'une volonté non seulement semblables, mais identiques à celles de l'homme, alors nous

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