‹ Essais de critique philosophique [microform]Chapitre 91 sur 97 · Page · texte numérisé non relu

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serions en présence non plus de révolulionnisme, mais du

panthéisme.

Évidemment c'est pour l'évolutionnisme que se prononce M. Fouillée, et puisqu'il en est ainsi, nous avons le droit de lii'i dire qm^ fussent-ils tous absolument faux, aucun des systèmes que son implacable dialectique réduit en poussière ne choque autant la raison que celui qu il a adopté. Les obscurités mêlées à toutes les philosophies et même les donnes, les mystères et les miracles de toutes les religions sont plus faciles à accepter que cette chimère d'une éternelle et universelle métamorphose ; d'une transsubstantiation des lois de la mécanique en phénomènes organiques, physiologiques, psychologiques, intellectuels et moraux ; d'un progrès illimité de tous les êtres vers un terme qui n'existe pas'et dont la raison ni l'expérience ne nous donnent aucune

idée. , ^ .,, ,

Ce qui met le comble à la surprise, c est que 1 evolulionnisme, pour M. Fouillée, est loin d'être une vérité démontrée- il n'y voit qu'une hypothèse; mais cette hypothèse, selon lui, est destinée à être universellement admise « par les savants et les philosophes ' ». C'est s'aventurer beaucoup, ce me semble. La grande majorité des philosophes de notre temps et plusieurs naturalistes de grande autorité repoussent ou ont repoussé la doctrine à laquelle, sans l avoir inventée, Darwin et M. Herbert Spencer ont attache leur nom; mais quand la prophétie de M. Fouillée devrait saccomplir, ce ne serait pas encore une raison, à quelque degré de faveur qu'elle pût être parvenue, de prendre une hypothèse pour une découverte acquise à la science. Si a morale de M. Fouillée, cette morale absolument nouvelle qu'il se flatte de substituer à toutes les morales anciennes ou contemporaines, repose essentiellement sur l'évolutionnisme, elle n'est cependant pas le naturalisme anglais ou le positivisme français. D'un autre côté, parce qu'il combat à outrance le kantisme, le spiritualisme, la morale estlie-

UN RÉVOLUTIONNAIRE EN MORALE

tique et mystique de M. Ravaisson, la morale théologique de M. Secrétan, et l'on peut ajouter le principe môme du mysticisme et de la théologie soit naturelle soit traditionnelle, il ne faudrait pas en conclure qu'il a horreur de l'idéalité, et que son but est de renfermer l'intelligence humaine, l'activité humaine, la moralité humaine dans la sphère étroite de l'expérience des sens et des faits qu'elle a la prétention de constater, plus souvent encore de deviner; non, de ces deux éléments si opposés en apparence, les faits positifs et le pur idéal, et des deux types de philosophie par lesquels ils sont représentés, il veut faire une seule et même morale. C'est ce dessein qu'il expose dès les premières pages de sa préface. « Nous acceptons, dit-il, tout le réalisme des écoles naturalistes, positivistes, évolutionnistes, et en même temps l'idéalisme des autres écoles, sans accepter en rien le dogmatisme métaphysique de ces dernières ». » La même pensée, il l'exprime dans ces lignes par lesquelles se termine le chapitre consacré à la morale anglaise : « Le naturalisme a insisté principalement sur la force de l'instinct. L'idéaHsme doit insister de préférence sur la force des idées et montrer dans la science même une puissance qui tend à dominer le monde. Ces deux points de vue, loin de s'exclure, s'appellent et se complètent; ils sont également nécessaires à une morale vraiment positive, qui tient compte de tous les faits, y compris les faits importants qu'on nomme les idées

humaines ^. »

Ne dirait-on pas un disciple de l'école éclectique qui veut accorder Kant, peut-être Platon et Malebranche, avec Darwin et Herbert Spencer? Ne vous fiez point à ces apparences. Tout ce que Rant et l'école spiritualiste enseignent comme des vérités certaines , comme les conditions, non seulement logiques, mais réelles et nécessaires de la moralité humaine, par conséquent de la science morale : la liberté, le devoir, le bien, distingué du bien-être ou du

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