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UN RÉVOLUTIONNAIRE EN MORALE
science. En d'autres termes, il faudrait que j'eusse l'existence absolue comme la conscience absolue, il faudrait que je fusse Dieu K »
En vérité, voilà une façon de raisonner bien extraordinaire. Si, pour être libre, il faut se donner à soi-même l'existence ou se créer soi-même, cela revient à dire qu'on ne peut être libre qu'avant d'être, puisqu'on n'est pas au moment où l'on se crée soi-même ; et cependant comment se créerait-on soi-même, si l'on n'était pas au moment où cette création a lieu? C'est du Gorgias tout pur. Ramené à de plus justes proportions, cet argument signifie que la hberté est chose absolument impossible, absolument contradictoire , absolument inconcevable. Mais alors pourquoi dites-vous que, à défaut de la liberté elle-même, nous avons l'idée de la liberté, et que cette idée de la liberté dont vous faites une force, bien qu'elle se détruise elle-même, nous rend réellement de plus en plus libres?
Reste pourtant cette autre difficulté : nous existons et nous ne sommes pas les auteurs de notre existence. Ne peut-on pas dire que ce qui en fait le fond, un fond qui nous a été donné, est la cause déterminante de toutes nos actions? Il ne s'agit pas de ce qu'on peut dire ou supposer, mais de ce qui est. Or, encore une fois, la liberté est un fait, un fait d'expérience, qui s'explique sans peine par notre nature même, puisque notre nature est celle d'un être libre. C'est nous qui avons le droit de soutenir qu'il faudrait être le créateur pour élever la prétention de démontrer qu'une telle nature est impossible. Ce qui est vrai, c'est que la liberté de l'homme n'est pas la liberté divine, une liberté absolue, illimitée. Elle est soumise à des conditions et, comme la conscience qui en est en quelque façon l'enveloppe, elle subit des interruptions et des éclipses. Nous ne sommes pas libres dans le sommeil, dans le délire, dans la folie, dans la première enfance ; mais quand nous le sommes aucun raisonnement au monde ne peut nous persuader le