Je vous en conjure, filles de Jérusalem
Par les gazelles ou par les biches des champs , N'excitez pas, ne provoquez pas Famour , Avant que le cœur y incline.
Après avoir ainsi exprimé la vivacité de son attachement pour son fiancé, attachement beaucoup plus chaste, nous le répétons et nous le verrons bientôt, que ces expressions ne le supposeraient au premier abord, la Sulamite raconte deux scènes de sa vie antérieure, qui forment le sujet des deux solos qui vont suivre. Si nous osions poursuivre notre comparaison du Cantique avec un opéra moderne, nous dirions que ce sont deux cavatines, deux romances destinées à exposer les circonstances ou les sentiments qui ne peuvent trouver place dans le dialogue.
Dans le premier chant, la jeune fille dépeint Famour profond de son fiancé pour elle et, en même temps, raf^ pelle Toccasion d'où proviennent ses malheurs, rojdre que lui ont intimé ses frères d'aller garder les vignes. Le chant des frères, analogue k celui que nous trouverons plus loin, vni, 8, avec sa rudesse et son caractère positif, tranche d'une manière très- originale sur le charmant gazouillement d'amoureux qui précède et qui touche vrainaent les notes les plus suaves du clavier bucolique. Tandis que les fiancés ne voyaient dans le renouveau
qu'un accord delà nature avec leurs jeunes amours, les frères pensent tout de suite aux travaux que le beau temps ramène.