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de ^ patrie. Il était fort attaché an protestantisme et il renonoaÀ debrillaats avantages qui lui étaient offerts à la condition quil abjurât. Mais, au séminaire» ii avait combattu la doctrine d^ Vubiqmté, qui était alors regar^^ dée comme fondamentale par Torthodoxie luthérienne. De plus» il professait, en matière de diversités eonfesr sîonnelles, une largeur prématurée dans T Allemagne du xvif siècle. La condamnation des calvinistes par les luthériens lui était surtout pdieuse. EnQn il fut l'un de oeuK qui émirent les premiers l'idée, aujourd'hui si généralement admise, que la Bible n'est pas une autorité scientifique, a La Bible » , dit-ilÀ propos du fa* meus passage de Josué « parle des choses de la vie D humaine avec les hommes^ et comme les hommes sont » habitués d'en parler, ce nestpasun livre d'optique j> ou d'astronomie. » A plus forte raison se montre^ t-il indépendant vis-è*visdes traditions des Pères. « Que ;» Lactance »,dit41| « re^te un saint, bien qu'il ait nié » la forme sphérique de la terre; et Augustin aussi « p qui la reconnaissait, mais ne voulait pas entendre 9 parler d'antipodes ( et les ministres aussi, qui, de nos » JQurs, avouent la petitesse de la terre, mais nient » son mouvement; — mais à moi la vérité m'est sainte, 9 lorsque, tout en respectant les docteurs de TÉglise, » je prouve scientifiquement que la terre esfronde^ qu'il 9 y a des antipodes, qu'elle est un point dans l'univers » et qu'elle erre parmi les astres. i»
Ces vérités, aujourd'hui hors de doute, étaient alors des hardiesses, des témérités et même des hérésies. Aussi Kepler eut-^il beaucoup à souffrir, dans ses intérêts temporels, de la malveillance de l' orthodoxie contemporfiine%
Non-seulement quand il quitta Tubingue è la fin de ses études, on lui délivra, ce que* je dois appeler, faaie de meilleur terme, un certificat d'incapacité pour exercer le saint ministère dans le pays de Wurtemberg : cela ne tenait encore qu'à ses opinions sur l'ubiquité. Mais plus tard, lorsqu'il fut obligé de quitter Prague i la suite de ses démêlés avec Tycho-Brahé et qu'il demanda au sénat académique de Tubingue l'autorisation d'exercer au moins la médecine pour subvenir à son existence, le sénat demeura sourd aux requêtes de Thérétique. C'est le même .sénat qui, en 1583, avait protesté en masse contre la réforme du calendrier, la regardant comme une œuvre de Satan, capable défavoriser Vimpiété papale. Pour revenir au grand astronome, ce fut en grande partie la haine qu'on lui portait qui fit intenter k sa vieille mère un procès en sorcellerie. L'infortunée mourut en prison. Enfin lui-même fut excommunié à Linz par un certain Hitzler, parce qu'il avait refusé de souscrire sans condition à la Formule de la Concorde.
0 le beau temps I Et quelle ironie douloureuse d'avoir à se dire que, depuis Paul jusqu'à Channing, il y a tant d'excommuniés dans les gloires les plus pures de l'Église 1
C'est dans le même siècle, dans ce xvii* siècle qui faillit étouffer sous les réactions de tout genre tout ce que le xvi* avait enfanté de beau et de libre, que se passe notre dernière histoire. Nous finissons, comme nous avons commencé, par une histoire de jésuite.
On sait que la société d'Ignace de Loyola a souvent professé certaines maximes sur l'art de ruiner ses ennemis par la calomnie, maximes que le Basile de Beaumar*
cbais a parfaitement résumées dans sa fameuse description des effets de cette arme meurtrière. On sait aussi que les révérends Pères n'ont jamais manifesté d'horreur pour les massacres qu'on a faits de temps k autre des populations hérétiques. Il y a même quelques traditions historiques, dont nous ne voulons pas discuter ici là valeur» d'après lesquelles on pourrait leur attribuer plus que la théorie de l'assassinat ad majùrem Dei gloriam. Ce qui est certain , c'est que leurs casuistes ont trouvé moyen d'excuser tous ces crimes & la seule condition que l'intention qui les faisait commettre fût légitime. Et il se trouvait toujours que celle de servir les intérêts de l'Église romaine était la plus légitime de toutes.
Or, voici la curieuse histoire dont on doit la découverte à la perspicace érudition du D' Baur, de Tubingue \
Une Histoire universelle de VÊglise allemande et un livre français sur les réformateurs ne tendraient à rien moins qu'à faire peser sur Calvin une accusation tout à fait semblable. Dans un ouvrage intitulé : Ahog's Uni-versalgeschichie der christlichen Kirehe, qui jouit d'une grande réputation parmi les catholiques d'Allemagne, puisqu'elle en était en 1855 è sa cinquième édition (la première a paru en 1840), l'on met, p. 913, dans la bouche même de Calvin les paroles que voici : <c Quant » aux jésuites, nos plus redoutables adversaires, il faut » ou les tuer, ou, si cela ne peut se faire commodément, » les chasser, ou du moins les accabler sous le men- » songe et la calomnie. ^ i^ Naturellement, à la vue
1 Zellêr's Jahrbiicher, 1861. T. iy.
3 Jesnita vero qni se maxime nobis opponaot, aut necandi, aat» sî hoc commode fiéri non potest, ejiciendi, aat certe mendaciis et calamniis opprioieDdi sont.
, d'une pareille eitatioD, Ton cherehe avec quelque curiosité TouTrage de Calvin qui doit contenir ces abominables conseils. Mais on trouve pour tout renseignement ces mots que nous ne nous chargeons pas d'expliquer : Cf. Mduri SchenkL In$tittU. jur. ecdes. Landish. 1 830, 1. 1, p. 500.
Yoili pour Tallemand : passons au français. Nos lecteurs ont sans doute entendu parler d'un gros et lourd factum intitulé : Histoire de la vie, des ouvrages et des doctrines de Calvin (Paris, 1841), par Audin. C'est une de ces indigestes productions de Tultramontanisme réchauJBPé, qui ne sait attaquer le protestantisme et les protestants qu'en déterrant et ressassant mille vieux préjugés, vieilles inventions, vieux fatras dont on espérait que l'arène théologique était enfin déblayée. Entreautres on lit p. 434, vol. II, le passage que voici : (c Calvin disait des disciples de Loyola : Faquins qu'il D faut pendre ou chasser , si la potence n'est pas sous la » main, ou enterrer sous la calomnie, i» Sous le texte se trouve la même citation latine reproduite^par Âlzog, dont Âudin a fait, comme on voit, une version peu fidèle, mais élégante. Seulement le renvoi è la source diffère et l'on indique Calv. apttd Becan.j tom. I, cap. 17, aph. 15, De modo propagandi Calvinismum , c'est-à-dire Calvin^ dans Becanus, tom. ly chap. 1 7, aphorisme 1 5, Du mode de propagation du calvinisms.
Fiez-vous maintenant aux citations. Les ennemis euxmêmes de Calvin, pour peu qu'ils aient étudié ce caractère énergique et tout d'une pièce, devront convenir que d'avance il n'est pas probable qu'il ait jamais écrit ou prononcé de telles paroles. Et en pareil cas, lorsqu'il
s'agit d'une accusation aussi grave contre un homme aussi éminent, la loyauté» que dis-je? la plus simple prudence veut que Ton remonte soigneusement à la source et qu'on n'affirme rien avant d'avoir vu, de ses deux yeux VU, le passage incriminé dans les œuvres de l'auteur accusé.
Eh bieni ni l'auteur allemand, ni Fauteur français i^'a lu ces paroles dans Calvin et ne s'est donné la peine d'en rechercher l'origine. Ils ne les ont pas lues dans Calvin, par la bonne raison qu'elles ne s'y trouvent pas et qu'on peut scruter tous les écrits du réformateur sans en découvrir la moindre trace. Ils ne se sont pas donné la peine d'en rechercher l'origine, parce que s'ils l'avaient fait, ils se seraient bien gardés de répéter cette absurde accusation. En effet ce passage est tout simplement d'un jésuite, du jésuite Becanus, dont Audin a cité le nom en abrégé et certainement sans savoir pourquoi ledit Becanus avait indiqué cette méthode facile et sûre de se débarrasser pour jamais de sa société. Voici le mot de l'énigme.
Le révérend Père Martinus Becanus, dans l'édition infolio de ses œuvres publiées à Mayence en 1649, raconte, p. 885, qu'il vit un joar paraître un petit livre intitulé : Xi^hùmmi docirinœ jesuitarum et aliorum aliquot pantificiorum lioetorumy Aphoriinnes de la doctrine des jésuites et de quelques autres docteurs papistes. L'auteur était probablement un calvini^ , qui avait dédié son œuvre aux théologiens luthériens de Wittemberg, où elle fut imprimée avec l'approbation de la faculté de théologie sous le décanatdu D' L. Hutter.
Là-dessus le père Becanus de s'écrier dans son latin : « N'ai-je pas raison de dire : ô simples luthériens I 6 ru-
» ses calvinistes I (o simplices lutheranos ! o versipelles oaly> vinistasi) Ceux-ci, le sachant et le voulant, fabriquent D des mensonges (confingunt mendacia] contre les catho- )» liques et dissimulent. Ceux-là, sans examiner les D choses, approuvent et publient [re non examinata ap- » probant et divulgantj. Mais si nous pardonnons aux » luthériens, les calvinistes du moins ne ^nous échappe- » rontpas. y>
Alors, emporté par son zèle, le révérend Père dresse à son tour une bonne longue liste « d'Aphorismçs calvi- » nistiques, t» Aphorismorum calvinisticorum^ qui se divisent ainsi par ordre de matières : De Deo 1 -5; de Christo et sanctis ejus 6-8 ; de Pontifice et catholicis 8-1 fi; de modo propagandicalvinismum 13-17. C'est dans cette dernière série, au quinzième aphorisme, que se trouvent les paroles attribuées à Calvin par Alzoget Audin. Quant è Becanus lui-même, il est fort innocent de cette fausse imputation et n*y a jamais songé. Ces paroles expriment simplement, dans son intention, la manière d'agir que, selon lui, les calvinistes devraient employer pour se débarrasser de leurs plus dangereux adversaires, les jésuites. Il en résulte donc qu'Alzog et Audin ont fait endosser à Calvin une très-vilaine théorie proposée par un jésuite. Mais il n'y a pas seulement dans ce singulier procédé étourderie ou mauvaise foi. Il en ressort aussi un enseignement assez piquant.
D'un côté, le père Martinus Becanus regarderait comme très-naturel que les calvinistes eussent recours contre son ordre aux théories et à la tactique dont cet ordre a si bien su comprendre les avantages ; lui, tout le premier, a fabrique des mensonges» confingit mendacia,
en représentant les calvinistes comme capables de recourir à ces moyens criminels. De l'autre, il y a là une sorte d'aveu naïf dont un jésuite^ au commencement du xvn* siècle, ne comprenait pas encore le danger.
Hais que penser de nos deux auteurs du xix* siècle qui re non examinata approbant et divul^ant, « sans exami- D ner les choses approuvent et publient, » qui, rencontrant, je ne sais où, cette citation isolée, l'attribuent avec la plus .incroyable désinvolture à Calvin en personne?
Est-il vrai que l'on ne se déride jamais dans les recherches théologiques?