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Puisqu'il se sent en harmonie intime avec la volonté divine,
puisque son œuvre n'est autre chose que la conquête spi- .
rituelle de l'humanité, il se sait le vrai Christ, le vrai Messie. Un monde nouveau doit être la conséquence de son apparition dans l'histoire. L'avenir lui apparaît se résumant dans une immense révolution de toute chose, de laquelle surgira une humanité renouvelée dont il sera le roi de par le Saint-Esprit. Pleinement inspiré de Dieu, il pense que son esprit doit gagner les hommes de proche en proche et les pénétrer comme un levain. Sa vie personnelle» qui est l'incarnation accomplie de son enseignement et le fait passer de Tétat de théorie à l'état de réalité positive, son activité joyeuse et sainte doit être le foyer primitif dont la flamme s'étendra graduellement à tout ce qui l'approche. Il est venu, dit-il, allumer un feu sur la terre, et sa tâche est remplie dès qu'il le voit allumé : il ne s'éteindra plus. C'est pour cela qu'il demande aux hommes de s'attacher à lui personnellement, de rester en communion spirituelle avec lui, en un mot, d avoir foi en lui. Enfin il compte sur sa mort prématurée, inévitable dénoûment, récompense facile à prévoir d'une vie aussi idéale dans un monde qui lui était si inférieur, pour que son souvenir ne s'efface pas de la mémoire des hommes. Encore ici son intuition de l'avenir est d'une justesse admirable. Pourquoi ce juste a-t-il été crucifié? voilà la question que la croix ne cesse de réitérer à l'humanité indifférente ou in-
crédule, et la réponse quMl y ftut bien ftitre mène loin. Ce n'eBt denc pas sans raison qu*il a rattaché & sa mort un touchant symbole de la nouvelle alliance que l'Église chrétienne répète pieusement tout le long des Ages, comme la plus auguste de ses cérémonies , comme préchant avec une saisissante énergie la grande vérité que confirme rhistoire : la communion des Âmes religieuses avec le saint persécuté.
Tels sont les principes du christianisme. VoilA ce qui reste indestructible , lors même qu'on a laissé la critique indépendante et purement historique s'appliquer en toute liberté aux récits évangéliques. Et nous nous tournons maintenant avec confiance vers les hommes de cœur droit de notre siècle en leur disant : Ne voulez-vous pas être d'une telle religion? Regardez-y bien : le christianisme est plus qu'une religion, il est la religion réalisée.
H en est de IIÊgiise chrétienne comme de la religion. Si en soi elle existe indépendamment des formes di versesqu'elle a pu revêtir, elle n'est pour nous concrète et réelle que dans Tune ou dans l'autre de ses formes. Ce n'ett pas se
r^ttaeber à i'Égliie ohrétîemie qua de vivre i rtfoirt d« tputei M3 fraotîonii, lor» marne qu'on éprouverait una sympathie philcwaphique pour elle» toutes* C'eet une fauese idée» 03962 répftudue de noa jours, que cette manière de aa r^réaenter la vie chrétienne et il en réaulte qu'on ne par* ticipe paa réellement à la vie commune religieuse. Maia je reconnais auaai que pour beaucoup dhommea le cboii doit paraître impoaaible et que la répugnance à devenir sectaire a ses cotée fort légitimes» C'est ici surtout que se révèle Tantagonisme entre la science » la raison moderne et les besoins religieu^i On reste dans rSglise où Ton est né» sans s'intéresser personnellement à ce qui s'y fait, et aucune des autres sociétés chrétiennes ne parait mériter une adhésion explicite et complète.
Pour ma part» je suis persuadé que cette difficulté tient «neore h Tignorance où l'on est des vraies conditions his^ toriques du christianisme et de sa branche la plus mo^ darne, le protestantisme^ On peut s'assurer par le tableau que nous venons de dressa des principes essmtiels de la religion de JésusrChrist qu'ils persistent à travers une ibule de dogmes et des formes diflerentes. Les dogmes se sont superposés à ces principes purement religieux et mo«' raux par la raison toute simple que ces principes et leur mode d'apparition dans l'histoire posaient des problèmes a résoudre et que la pensée chrétienne a pu les résoudre de bien des manières. U est arrivé, sous l'influenee du pn^
tige traditionnel» qu'une de ces manières a passé pour absolument vraie et a été tenue pour telle tant que le niveau des esprits ne lui a pas été supérieur. Lorsque ce moment arriva, il y eut schisme. La Réforme voulut purifier la doctrine chrétienne des éléments hétérogènes que le cours du temps lui avait imposés, et en fait elle la ramena beaucoup plus près de son esprit originel que TÉglise du moyen âge ne pouvait le permettre. Elle déposa ses convictions dogmatiques dans des symboles officiels, qu'on appelle canfessUms de foij qui répondaient assez bien à Tétat des connaissances acquises au xyi* siècle. Puis il lui arriva ce qui était arrivé à FÉglise chrétienne dans son ensemble, c'est' à-dire que les dogmes protestants devinrent traditionnels et purent prêter le flanc à leur tour à la critique des temps plus éclairés. Mais là s'arrête la ressemblance. La Réforme, étant partie du principe de la liberté chrétienne en face des traditions religieuses, ne pouvait sans inconséquence le renier dans son propre sein. De là ses variations, qui épouvantent les âmes traditionnalistes et qui sont, pour le penseur et l'historien, son plus beau titre de gloire. De là ce fait remarquable qu'aujourd'hui on ne pourrait citer une seule grande Église protestante donnant rigoureusement force de loi à tous les points de sa confession de foi primitive. Être luthérien en Allemagne ne signifie pas du tout qu'on reconnaît l'exactitude de tous les dogmes consignés dans la Confession d'Âugsbourg. Être réformé en
France n'implique en aucune manière Tadoption de tous les articles de la Confession de la Rochelle. Les plus grandes diversités dogmatiques se partagent aujourd'hui les chaires protestantes. On peut distinguer clairement , dans les débats intérieurs des églises issues de la Réforme, une droite et une gauche : celle-ci pénétrée surtout de la nécessité de modifier le dogme chrétien de manière qu'il soit toujours en harmonie avec le développement de la pensée moderne, celle-là résistant aux transformations demandées et ne les accordant que lentement, dans la crainte de perdre le trésor que contiennent les vieux dogmes. Il est possible de prendre un parti décidé pour l'une ou l'autre de ces tendances, sans méconnaître la légitimité relative de l'autre. Au point de vue historique elles sont nécessaires l'une à l'autre, elles se pondèrent mutuellement, et c'est leur antagonisme qui constitue le ressort du développement de la pensée religieuse. Voilà pourquoi, depuis leur origine, les Églises protestantes sont dans un état de développement intérieur. En être ou en devenir membre, c'est, d'un côté, se rattacher à l'Église chrétienne historique, dont elles sont la fraction la plus avancée ; c'est, de l'autre, rester indépendant à l'égard des doctrines particulières auxquelles on ne saurait donner son adhésion.
Ceci est essentiel à bien comprendre. Le protestantisme, pour justifier son origine, doit bien s'appuyer sur la légitimité du libre examen. Mais c'est bien à tort qu'on a fait
du libre crutnett le principe unique du prdtestâtitidftie^ Rléfi fllorcine le distitiguettiit de la philosophie. Le libre examen protestant est dhrétien. J'entends par là qu1l opère la critique de la tradition dans le sentiment qu'il faut corriger plutôt que détruire^ réformer plutôt qu'abolir. Au-dessous du libra e^taiiieti protestant se trouve donc la grande idée du développement ascensionnel de l'humanité, et c'est ce qulj selon nous, en démontre péremptoirement la légiti-» mité. C'est la seule méthode de progrès qui puisse se jus-» tifier au point de vue historique. D'autre par», si l'on se rappelle en quoi consistent les principes essentiels du chris^ tlanisme^ leur nature strictement religieuse et morale, la liberté entière qu'ils laissent à l'intelligence, pourvu que le CdSur àdlt pur et là conscience vivante, on devra convenir qfie la Science pedt se mouvoir au sein de l'Eglise protes^ tante dans une indépendance aussi entière qu'elle peut le désirer^ Mais n'allons pas rompre avec le développement historique de Tésprit humain. Il est impossible que son dwêfiirj Comme on dit en Allemagne, ne se compose que de mensonges entassés les uns sur les autres. La critique, répuration de ce développement, plutôt que sa négation, voilà la vérité sans laquelle l'histoire tout entière ne serait plus qu'un mauvais rêve. Ainsi, & l'époque où nous vivons, les doctrines particulières de la Réforme et celles qu'elle avait cru, au xvf siècle, pouvoir conserver, sont dans un état de transformation visible. La théologie protestante
moderne aspirai non pas à las nier absolument, mais à conserver ce qu'elles contiennent de vérité en le coulant dans un moule mieux adapté à notre science et à notre raison. Les dogmes du péché originel, de la Trinité» de rincarnation, de la justification par la foi, de la rémunération future, de l'inspiration des livres saints^ peuvent nous servir d'exemples. Sur le premier de ces dogmes^ renon* (ant à ridée d'une perfection originelle dont la réalité est contraire à toutes les analogies historiques non moins qu'à la raison, la théologie moderne insisterait plutôt sur l'influence mauvaise qui détermine au mal l'individu plongé dans une société où le péché règne, sur le passage nécessaire de l'état d'innocence à Tétat de conscience morale et de luttC) sur la chute que fait toujours l'homme réel quand* du sentiment de l'homme idéal, il revient à luimême. Quant à la Trinité, évitant le trithéisme scolastique et contradictoire des vieux symboles, désireuse surtout de maintenir l'unité rigoureuse, mais aussi la vie consciente de Dieu^ cette théologie s'attache à la grande idée du Verbe divin pénétrant le monde, pensée, révélation objective de Dieu, conçu comme se manifestant à lui-même dans ses œuvres. Dans l'humanité, ce Verbe étemel devient le Saint-Esprit, lumière qui éclaire tout homme venant au monde, mais qui rayonne de tout son éclat en Jésus-Christ. Dans cette liaison d'idées, l'Incarnation perd ce cachet de contradiction absolue qu'elle devait à l'idée orthodoxe
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d'une seule et même personne à la fois Dieu et homme, finie et infinie, omniprésente et localisée,^ priant et priée, sachant et ne sachant pas tout, impeccable et tentée, etc. L'humanité pure et réelle du Christ devient la base du système, lequel peut se résumer en ceci : que le Fils de l'homme est le Fils de Dieu. L'homme est justifié par la foi, non pas précisément, comme l'enseignait la vieille orthodoxie, parce qu'il croit que isatisfaction a été donnée à Dieu en son lieu et place, mais parce qu'il a confiance dans l'amour étemel et dans sa propre destinée pour le bien, que le Christ a mis en évidence dans sa vie et dans sa mort. L'éternité des peines futures fait place à une notion plus conforme à la saine philosophie et à la révélation de l'amour infini, d'après laquelle la douleur résultant du péché ne peut avoir pour but que l'amélioration du pécheur, et surtout on insiste aujourd'hui sur la vérité spiritualiste que le ciel et l'enfer sont bien moins des lietix distincts que des états distincts de Tâme. L'inspiration
des Ecritures, ce dogme dont la vérité consistait surtout dans la valeur exceptionnelle des livres de la Bible comme fondant la croyance, alimentant la piété et élevant les cœurs, perd de plus en plus son caractère miraculeux pour se rapprocher de phénomènes d'ordre analogue, tirés des religions en général ou d'autres champs où l'esprit humain se révèle aussi comme inspiré. Ce qui d'ailleurs ne saurait ôter à la Bible son caractère de livre vraiment divin, de
livre des livres. — Je me borne à ces courtes indications, en ayant soin d'ajouter qu'on aurait tort d'y chercher une profession de foi explicite, encore moins une description officielle de la doctrine protestante moderne. Je voulais seulanent illustrer par ces quelques exemples comment et dans quel sens s'opèrent les transformations du dogme chrétien.
Adhérer à l'Église protestante ne signifie donc pas adopter des doctrines rigoureusement formulées, qu'on n'a pas de raisons pour nier, qu'on n'a pas de raisons non plus pour accepter; encore moins, adhérer religieusement à ce qu'on repousse rationnellement. Cela signifie être chrétien dans le sens que nous avons dit plus haut, parti-dper à la vie générale de l'Église chrétienne et concourir avec tous les autres à ce travail de l'esprit reUgieux cherchant une expression meilleure, sans maudire pour cela les vieux abris où se sont reposés les pères. Ce n'est pas un .Sut précisément nouveau que cette transformation des doctrines dans le protestantisme. Ce qu'on appelle aujourd'hui l'orthodoxie, c'est-à-dire la droite résistant aux changements ^ue réclame la pensée moderne, est ellejnême toute pénétrée de points de vue, d'idées, de croyances qui l'eussent rendue incompatible avec l'orthodoxie du lYi* siècle, et nous sommes loin de lui en faire un reproche. S'il fallait des exemples, les dogmes de la corruption radicale, de la prédestination, de la Trinité même pounraient
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nous en fournir. Entrer dans l'Église protestante, c'est donc devenir citoyen d'un pays libre* qui discute et réforme librement sa constitution toutes les fois que la révision en devient nécessaire. C'est voguer sur le fleuve de la pensée religieuse qui mène ceux qui se laissent aller au cours de ses ondes vers des contrées toujours nouvelles, sans que Ton se sépare pour cela de la source originelle. J'insiste sur ce point, parce que c'est seulement dans l'Église protestante que je vois le moyen de concilier aujourd'hui la religion et la science. Tout chrétien éclairé, membre d'une autre Église, est tiré en avant par ses lumières, en arrière par ses croyances.
Et lorsque, pénétré du senttmmt que l'histoire inspire, du développement de la pensée chrétienne sur sa base immuable, la vie étemelle dans le progrès vers Dieu par la communion spirituelle avec le Christ, on participe person*^ nellement à la vie de l'Eglise, on estlûen heureux. On vit dans la société des fidèles. On la recherche et on s'y« complaît. Il y a de vous au simple d'esprit qui prie à vos côtés précisément la même distance qu'entre le moment actuel de la pensée et l'un de ses moments antérieurs, mais il n'y pas de ruj^ture* Pas de dédain, pas d'orgueil : vous êtes un même corps. Une ligne continue mène de vous à lui, de lui à vous, comme du passé au présent, et peut-être vous est-il bien supérieur en religion pure» Il y aura pour vous profit immense à ne pas vous en éloigner)
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et, de votre cotë> vous contribuerez à élever le niveau de de ses croyances Ml est doux de pouvoir suivre au temple les femmes et les enfants. Il est doux d'élever sa pensée vers le Père tout-puissant avec la communauté en prières. 0 est doux de recevoir , perdu dans la foule recueillie, sa part d'exhortations et d'avertissements, de conseils et de consolations. Il est doux de chanter le vieux psaume. Il est doux de célébrer ces grandes fêles de FÉglise où les idées sublimes d'espérance, de renoncement, d'immorta-* lité^ de progrès, de régénération spirituelle ont pris corps dans des souvenirs et des symbol^ d'une idéale beauté. 11 est doux de communier avec ses frères et ses sœurs et de se réchaufler Tâme avec eux tous au foyer toujours ardent que le Christ tient allumé parmi les hommes. La vie se colore des reflets du soleil chrétien, elle y gagne en dignité, en joie, en moralité, en énergie. Le sentiment religieux, ce sentiment précieux qui, nous l'avons vu, contient en lui-même toutes les grandes espérances, cette fleur de l'âme que des études scientifiques ou des affaires d'intérêt, poursuivies exclusivement,
1 Cela est visible dans les pays protestants, o& les notiôas religieuses de la mullitade subissent constamment Tinfluence des idées qne loi oommuniqaeot les classes éclairées en contact religienx permanent avec elle ; tandis qoe dans les pays catholiques, où le divorce entre la science et la religion est bien pins profond, la foole reste toute à ses superstitions et l'aristo- .cratie intellectuelle, sans pouvoir immédiat dans TÉglise, est impuissante è ••léCDrBMr,
risqueraient d'atrophier, se rafraîchit continuellement en se plongeant sans cesse dans les grandes eaux religieuses de rhumanité.
Le résumé de tout ceci^ c'est que l'homme de nos jours, qui joint au développement scientifique des besoins religieux, doit aimer, dans l'humanité, la religion qui en est la vie supérieure ; dans la religion le christianisme, qui en est la révélation suprême; dans le christianisme, l'Église chrétienne, qui en est le développement historique ; dans l'ÉgUse chrétienne, le protestantisme, qui en représente à la fois les éléments antiques et modernes ; dans le protestantisme enfin, la tendance la plus protestante, qui continue la Réforme et se trouve i l'avant-garde de la pensée religieuse.
Sans doute on est nécessairement par là dans la minorité. Mais n'est-ce pas là la condition de tout progrès? Et pourtant, bien qu'à l'avant-garde, on ne se sent pas moins appuyé par le grand corps d'armée qui marche derrière vous et vous suit dans la conquête de la vie éternelle. Est-ce donc en religion seulement que la minorité mène le reste?
Ce n'est pas sans un certain embarras que, des hauteurs de l'histoire et de la pensée religieuse où nous
sommes restés jusqu'à présent, nous redescendons aux humbles études dont la réunion forme ce volume. Cependant la transition est plus naturelle qu'il ne semble. L'histoire, avons-nous dit, doit réconcilier les deux sœurs , la religion et la science, depuis trop longtemps ennemies. Elle le fait en dégageant la religion des appendices plus ou moins hétérogènes que les traditions lui imposent toujours et en donnant un corps visible à cette idée, à cette marche ascensionnelle de l'humanité, dont chacun de nous est à la fois distinct et inséparable , idée qui paraîtrait au premier abord une pure abstraction philosophique. 11 fout donc pousser aux études historiques et, en particulier, à celles qui ont les religions et les choses religieuses pour objet.
Or la critique n'est pas autre chose que l'instrument de l'his^ire. C'est tout à la fois un art et une science. Elle a pour but de discerner et mettre à part (xpbetv) les éléments de vérité que contiennent les traditions, les documents et les croyances du passé. Comme science, elle réclame des études spéciales et s'appuie sur des lois que Ton tire de l'observation des monuments, scripturaires et autres , de l'antiquité et de la comparaison de l'état d'esprit qu'ils supposent avec celui dans lequel nous vivons nous-mêmes. Mais comme ces lois ne sont jamais d'une rigueur mathémathique, elle exige aussi un tact spécial, une certaine êtthétique sans laquelle elle dégénère en érudition stérile et indigeste. Tout le monde sait que, de nos jours, l'Aile-
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magne doit peut-être sa meilleure gloire aux admirables travaux qu'elle a produits sur ce terrain^ vraie conquête de la pensée moderne. Il est temps que Ton s'en occupe aussi en France. J'ai Tespoir de servir au moins d'aiguillon à ce mouvement de l'esprit national ^ que plusieurs écrivains distingués ont déjà déterminé avec une vraie puissance.
Je n'ai modifié que très-peu la forme et le fond des tra-* vaux réunis dans ce volume. Pourtant je me suis cru ea droit d'y faire quelques corrections ou d'y apporter des éclaircissements que me conseillaient les critiques de mes adversaires, les observations de mes amis et mes propres réflexions à moi-même. Je saisis cette occasion de témoigner publiquemmt ma reconnaissance à M. le docteur Kuenen, professeur en théologie à l'université de Leyde, dont les conseils relatifs à ma traduction du Cantique des Cantiques m'ont été d'une grande utilité. Si, par hasard, il se trouvait des lecteurs désireux de confironter avec leur publication première les essais que j'ai rassemblés dans ce fivre^ ils pourront lire, en tête de chacun d'eux, Tindica^ tion du recueil d'où ils ont été tirés«
Bnfia quelques personnes s'étmmeront peut-être de Vest^ prit très^protestant dans lequel sont rédigées plusieurs de ces études historiques. S je voulais m'excuser, je dirais que presque toutes ont paru dans divers organes de la presse protestante française ; qu'attaqués comme nous le sommes par l'ultramontanisme^ nous sommes forcés de profiter de
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toutes les occasions pour nous défendre, et que je n'aurais pu leur ôier leur cachet prononcé de protestantisme sans en altérer profondément la nature et Tesprit. Mais au fond je ne désire pas m'excuser. Si l'on a bien saisi cette pré* fiice, on comprendra pourquoi. Je répéterais à tous les reproches que l'on me ferait là-dessus le mot de Luther : leh kann nicht anders, je n'y sais que faire.
Je crois que le protestantisme porte avec lui l'avenir de la France et du monde.
31 Décembre 1859.