‹ Essais de critique religieuseChapitre 9 sur 41 · NÉRON L'ANTECHRIST · texte numérisé non relu

NÉRON L'ANTECHRIST

NÉRON L'ANTECHMST

De tous les Hrres du Nouveau Testament, l'Apocalypse est évidemment celui qu'on a le moins compris ou, pour mieux dire^voilà bientôt dix-huit siècles qu'on ne le comprend pas. Au moment même de son apparition» il fallait, pour en démêler le sens» posséder une certaine habitude du symbolisme rabbinique, à laquelle la grande majorité de l'Église était probablement étrangère; mais l'obscurité qui planait sur ce livre mystérieux devint bien plus épaisse encore dans les temps qui suivirent. Non-seulement on perdit entièrement de vue les circonstances qui avaient présidé k sa composition, de plus, on se méprit complètement sur sa portée et ses prétentions. L'on savait ou l'on croyait savoir deux choses : l'une» que ce livre émanait d'une plume apostolique et divinement dirigée; l'autre» qu'il contenait une révélation» énigma-

t Voir la ilnnia d$ Mùlogiê de Strasbonrg, V tént, xi, p. I et 65.

tique sans doute, mais positive et complète de Tavenir de rÉglise jusqu'^ la fin des jiemps, et il ne serait venu k ridée de personne que la période dans laquelle récrivain sacré avait lui-même resserré ses prédictions, fût depuis longtemps écoulée. De là des efforts sans cesse renaissants et régulièrement malheureux pour retrouver dans les descriptions apocalyptiques la trace d'événement<i postérieurs à leur rédaction. Joignons i cette cause générale et permanente d'erreurs que l'Apocalypse , décrivant à sa manière le combat terrible engagé entre Christ et Satan, TËglise et le monde, le bien et le mal, parlant d'innocents persécutés et de tyrans persécuteurs, se trouva presque toujours, malgré les méprises de ses interprètes, en harmonie intime avec les aspirations, les besoins, les souffrances de l'Eglise militante, et chaque siècle à son tour put s'y reconnaître.

Il était réservé au nôtre de lever enfin le voile qui recouvrait ce livre et d'en pénétrer les secrets les plus intimes, lia eu, pour y parvenir, des avantages que les autres n'eurent pas et qui expliquent ce privilège. D'abord il s'est mis k étudier les livres sacrés, en se tenant k égale distance du point de vue traditionnel qui en faisait des livres sans rapport aucun avec les autres œuvres de l'esprit humain et du point de vue frivole de l'incrédulité voltairienne : je veux dire qu'il les a étudiés sans parti pris, avec indépendance et avec respect. Puis, le terrain de la critique était préparé. Les énormes matériaux, entassés par le rabbinisme et demeurés longtemps sans exploitation, ont été enfin utilisés. Plusieurs découvertes littéraires ont amené la certitude que l'Apocalypse, au lieu d'être, comme on croyait, un livre unique dans son

genre et ne relevant que de lui-même, est simplement un exemplaire, — le plus brillant peut-être, — mais enGn un exemplaire d'un genre nombreux^ d'une famille d'œuvres religieuses connue désormais sous le nom de littérature apocalyptique. Le livre de Daniel, celui d'Enoch, le quatrième livre d*Esdras, l'Ascension d'Esaïe, les Sibylles juives et chrétiennes, le Pasteur d'Hermas, etc. constituent, avec notre Apocalypse, un ensemble de livres de même physionomie, composés d'après des lois analogues, usant de mêmes procédés, poursuivant des buts semblables. En un mot, pendant trois ou quatre siècles, pendant une période dont le temps des apôtres forme à peu près le centre, V Apocalyptique fut un genre accepté et goûté, comme ailleurs le dialogue entre gens imaginaires ou comme de nos jours le roman philosophique. L'on concevra facilement combien la comparaison des traits communs à tous les exemplaires du genre a dû projeter de lumière sur celui dont on désirait le plus de sonder les arcanes. Mais, en particulier, il est une découverte contemporaine dont le résultat a été de fixer absolument toutes les incertitudes que les travaux antérieurs laissaient encore planer sur la portée et le sens réel de l'Apocalypse. Nous voulons parler de la découverte du nom caché au treizième chapitre sous les indications du dix-huitième verset.

Sans nous attarder dans la masse de questions qui se rattachent & ce curieux genre de littérature, bornonsnous è poser quelques faits nécessaires è l'intelligence de ce qui va suivre.

L'Apocalyptique est une transformation de la prophétie. Elle s'en distingue en ce qu'elle est beaucoup moins

spontanée, beaucoup plus préméditée et surtout bien plus riche en prédictions. Car c'est encore une confusion très-commune dans notre langue et notre pensée, mais très-gratuite, que celle de la prophétie et de la prédiction. En réalité, le prophète exhorte, réveille, menace on console beaucoup plus qu'il ne prédit, et quand il prédit, ce n'est nullement en vertu d*une prévision surnaturelle. Il y a de ces intuitions de l'avenir qui tombent en partage au génie religieux ou national sans que l'on soit forcé de les attribuer à un miracle. Mais la foule est encline k diviniser ses héros et à rapporter è des dons miraculeux leurs capacités ou leurs œuvres exceptioni^elles. C'est pourquoi, dans la bAnte antiquité d'Israël, le prophète s'appelle ordinairement le voyant, et on lui attribue le pouvoir de prévoir Tavenir, même dans ses traits de détail les plus impossibles & deviner d'avance. Lorsque les malheurs de la nation furent venus donner une terrible confirmation aux sombres prévisions des anciens prophètes, qui avaient toujours affirmé que la malédiction de Dieu tomberait sur le peuple inOdèle, l'idée que la prophétie était essentiellement prédiction s'enracina encore davantage, et on ne pensa même plus que les prophètes eussent jamais fait autre chose que prédire. Ce fut sur ce sentiment généralement répandu que se greffa l'Apocalyptique.

Elle naquit au sein de nouveaux malheurs qui sem* blaient contredire cruellement les promesses des prophètes. Le livre de Daniel, écrit sous la terrible persécution d'Antiochus, au second siècle avant notre ère, est la plus ancienne apocalypse que nous connaissions. La forme apocalyptique fut peut-être empruntée a la Perse,

où 86 développa un genre de littérature très-semblable. Cependant on peut la considérer comme un fruit naturel du sol Israélite, en ce sens que la pensée religieuse des Juifs fut aussi naturellement amenée que celle des disciples de Zoroastre à revêtir cette forme particulière, et des différences notables distinguèrent toujours les apocalypses juives des apocalypses persanes. J'étonnerai peutêtre bien des personnes en disant que l'Apocalyptique n'est ni plus ni moins qu'un premier essai de la philosophie de l'histoire, et cependant rien n'est plus vrai. Ia philosophie de l'histoire part de l'idée que les événements ne sont pas une succession fortuite, arbitraire, indépendante de toute loi supérieure. Elle affirme d'avance que l'humanité marche vers un but dont elle se rapproche, sinon en ligne droite, du moins toujours, et aspire à déterminer ce but suprême que notre race doit atteindre d'après les indications fournies par l'observation du passé. Eh bien ! les auteurs apocalyptiques ont même ambition et mêmes prémisses. Ils s'appuient sur l'idée religieuse et philosophique de la victoire finale du bien, de la justice, de Dieu. Il faut qu'à la fin la bonne cause triomphe, qu'un tout est bien définitif plane sur la destinée du monde. Mais Tépoque dans la* quelle ils vivent semble infliger un douloureux démenti à cette éternelle espérance des cœurs droits. Le chaos moral, la domination brutale des méchants, la persécution inique des justes, l'infidélité impunie du grand nombre, tout ce qui se passe semble traiter de folie Taffirmalion prophétique. Faut-il donc abandonner la foc en la Providence? ne plus adorer que le hasard ou la force? plier les genoux devant Baal? Non. En y re-

gardant de plus près on découvre dans ces événemeatSi eu apparence si arbitraires, une symétrie interne qui les commande, qui les soumet à un plan rationnel, et bien loin d'abdiquer devant le mal triomphant, le juste conclut de ce triomphe momentané que la bonne cause va surgir victorieuse du conflit. L'excès du mal n'est que le prélude du triomphe immédiat du bien. L'auteur apocalyptique s'efforcera donc de ramener & la symétrie qu il a cru découvrir les faits de tout genre qu'il puise dans rhistoire ou dans son expérience. L'arithmétique et les rapports des nombres joueront un grand rôle dans ces essais encore tout naïfs. Un symbolisme bizarre, souvent grandiose dans ses conceptions, peu conforme aux exigences de notre bon goût (il se refuse presque toujours à la peinture), lui servira de langage pour exprimer ces mystérieuses théories, et aussi de manteau pour réserver à ceux-là seuls qui en sont dignes la connaissance des secrets divins. Â des époques bien plus rapprochées de la nôtre, le genre apocalyptique a retrouvé sa puissance, et Ton peut dire que, dans tous les temps, les persécutés ont parlé spontanément ce langage. Les surprenantes visions des prophètes camisards en sont peut-être le plus récent exemple. Il n'est donc pas étonnant que les apo~ calypses aient été fréquentes chez les Juifs des deux derniers siècles avant notre ère et chez les chrétiens avant Constantin. Elles furent la consolation des justes affligés et quoique régulièrement démenties par les événements, puisque toujours elles annonçaient une perfection idéale qui devait se réaliser à bref délai, elles conservèrent leur prestige, d'autant plus que le symbolisme dont elles étaient pénétrées autorisait indéQniment les

interprétations allégoriques» et une fois en chemin, rien n'empêchait de transformer les jours en années et les années en siècles.

Toute apocalypse s'entoure donc de formes symboliques et difficiles à pénétrer par d'autres que par les initiés. Cela rentre dans les conditions même du genre. Hais, en même temps» toute apocalypse veut être comprise. Cela est exigé par le but qui est toujours de relever parla perspective d'un triomphe infaillible et prochain la foi ébranlée par les malheurs et les contradictions du présent. C'est pourquoi l'on peut ordinairement discerner dans les livres appartenant à cette famille un trait» une indication quelconque, destinée h guider le lecteur dans les retours et les replis de la prédiction. Or il est visible» au premier coup d'œil» que l'auteur de notre apocalypse canonique a pris soin d'attirer tout spécialement Tattention sur le passage que nous avons signalé» de manière h montrer du doigt» pour ainsi dire» la clef du livre entier. C'est ce qui résulte d'un simple, regard jeté sur l'Apocalypse en général et particulièrement sur ce verset.

L'Apocalypse se compose en majeure partie de prélu' des emboîtés les uns dans les autres et correspondant à la symétrie interne que l'auteur croit retrouver dans les faits historiques de son temps. L'action proprement dite et le dénomment, que présagent ou préparent ces nombreux préludes» n'occupent que cinq chapitres sur les vingt-deux que le livre compte. Après quelques messages adressés aux églises chrétiennes d'Asie-Mineure » qui forment une sorte de prologue (ch. i-m)» vient la révélation, l'apocalypse proprement dite» renfermée dans

— sole livre aux Sept Sceaux^ dont chacun contient un indice avant-coureur de la Cn des temps (iv-viii, 6) ; mais le septième, dont Touverture devait révéler cette fin des temps, se déroule en Sept Trompettes (viii, 7-x]y a chacune desquelles est attachée une plaie distincte, annonçant également que la fin est proche. Alors, par une disposition analogue, la septième trompette (xi, 15) donne lieu k un nouveau déroulement de Sept Coupes (xv-xvi» 17), remplies des sept dernières plaies, de manière que la septième coupe versée dans Tair amène enfin la catastrophe dont tout ce qui précède n'était qu'une préparation, savoir : la punition de la grande Prostituée, la défaite de Satan et le triomphe définitif des élus. La symétrie est donc constante, le sepliènio sceau produisant les sept trompettes; la septième trompette, les sept coupes et la septième coupe le dénoûment attendu. On dirait que l'auteur a voulu symboliser ainsi l'attente toujours éveillée, toujours démentie, mais toujours plus vive, de ceux qui, h chaque événement nouveau, croyaient toujours voir le dernier jour du monde.

Seulement ce qui empêche de saisir à première vue cette combinaison si calculée, c'est que les septuples séries de sceaux, de trompettes et de coupes sont séparées par des préludes intermédiaires, destinés, soit & introduire de nouveaux personnages dans le déroulement du drame, soit h préparer le lecteur à de nouvelles révélations. Ainsi le chapitre vu forme un prélude intermé* diaire de ce genre entre le sixième et le septième sceau. Nous y voyons les fidèles marqués par l'ange et mis désormais à l'abri des malheurs réservés au monde incrédule. De même, entre la sixième et la septième coupe (xvi.

13-16), se trouve la description des trois esprits iiuinondes qui vont rassembler les rois de la terre pour combattre le Christ.

Or, le plus important de ces intermèdes se trouve immédiatement après la septième trompette (xi, 15}. Le prophète assiste, d'après le chapitre xii, à la lutte de *^rarchange Michaél contre le dragon ou le diable dans les cieux, lutte qui se termine par la défaite de ce dernier précipité en terre, lui et ses anges. Ceci est en rapport avec le principe rabbinique que les choses et les événe* ments de la terre sont préûgurés par des choses ou des événements semblables dans le ciel. Le diable, avant d'être vaincu dans notre monde, doit l'être d'abord dans le monde céleste. Singulier parallèle à la théorie platonicienne des idées! C'est pourquoi les habitants de la terre (xn, 12) et surtout l'Eglise, personniQée dans la femme du v. 13, doivent redouter les derniers efforts du monstre, qui s'efforcera de les tourmenter et, s'il le peut, de les détruire.

Le résultat de ces machinations infernales ne se fait pas attendre. Au chapitre xiii, deux bêtes hideuses montent devant le prophète, l'une venant de la mer et ayant sept têtes et dix cornes, comme le dragon du chapitre xii; l'autre venant de la terre, ayant deux cornes comme l'Agneau (symbole du Christ), mais parlant comme le dragon et séduisant les hommes pour leur faire adorer la première bête. Alors, arrivé k la fin de cette description fantastique, le prophète, sachant bien qu'il touche ici le point le plus saisissant de ses révélations, arrête luimême le lecteur en l'exhortant à faire usage de toute son attention pour deviner ce qu'il va dire.

Ch. XIII, 18. « C'est ici qu'bst la sagesse ! Que celui qui a de » l'intelligence compte le nombre de la bète; car c'est le

> NOMBRE d'un HOMME, ET SON NOMBRE EST 666. »

Il est facile d'ailleurs de voir combien rexplication de ce chiffre mystérieux est importante pour com* prendre tout le reste. C'est en effet la béte qu'il désigne qui doit tuer les deux prophètes- précurseurs (xi, 7), qui devient l'objet de l'idolâtrie universelle (xiii, 4, 14, 15), qui doit persécuter les saints (xiii, 7j, sur laquelle est assise la grande Prostituée du chapitre xvii, qui combattra l'Agneau (xvii, 14), et dont la défaite éclatante sera le signal de l'emprisonnement millénaire de Satan et du triomphe des martyrs (xix, 19 ; xx, 2-5). Le chiffre de la béte deviné, le livre l'est donc également, au moins dans ses traits généraux.

Le titre même de ce travail met déjà le lecteur sur la voie de l'interprétation que nous avons adoptée. M. le professeur Reuss a déjà, le premier, je crois, en France, donné une excellente et très-spirituelle démonstration de la même thèse ' : mais il a dii nécessairement écourter ou simplement indiquer bien des éléments de cette démonstration qui ne rentrait pas directement dans le cadre qu'il s'était tracé. De notre côté nous ne comptons pas apporter beaucoup de faits ni d'arguments nouveaux k l'appui de cette ingénieuse découverte. Toute notre prétention se réduit à rassembler en un tout, après vérification personnelle, les données éparses dans les travaux de la critique allemande et hollandaise. Leur

> Histoire (k la Théologie Ofostolique^ vol. I, p. SU et suiv., !'• ëdiL

réunion forme un ensemble de preuves auxquelles il nous parait difficile de refuser raisonnablement son adhésion, et l'importance du résultat à obtenir est évi^ dente. Il ne s'agit de rien moins que d'ajouter aux monuments les plus authentiques, les plus instructifs du christianisme apostolique, un livre qui pendant si longtemps a été à peu près lettre morte oj^^lettre close.

Peu de passages du Nouveau Testament ont eu le privilège d'exercer plus vivement la perspicacité divinatoire des interprètes que le passage un, 18, de l'Apocalypse. En cela du moins l'intention de Fauteur a été comprise. Mais il en est peu qui aient été plus diversement, plus étrangement interprétés. D'autant plus qu'une illusion nouvelle et spéciale à ce verset est venue se joindre aux causes générales d'erreur que nous signalions plus haut et qui, de si bonne heure, ont rendu impossible toute compréhension véritable de l'Apocalypse. Nous verrons bientôt que l'alphabet hébreu met seul sur la voie de la solution du problème. Les lecteurs de l'Apocalypse s obstinèrent au contraire à la chercher dans Talphabet grec, soit qu'ils ignorassent l'hébreu, soit qu'ils posassent en principe que le mot d'une énigme formulée en grec, dans un livre grec, écrit pour des lecteurs de langue grecque, devait être nécessairement grec. Le vague ou l'évidente fausseté des solutions grecques proposées ûrent de plus qu on en appela aux combinaisons d'idées les plus hétérogènes pour les justifier, et l'on alla même jusqu'à transformer en nombre de temfs\^ chiffre que l'auteur lui-même avait positivement déclaré être le nombre d'tin homme.

Il s'agissait donc de trouver la sigaiOcation symbolique des trois lettres grecques xl<i\ ch x st, qui conformément à l'arithmétique des anciens, ob les chiffres et les lettres n'étaient pas distincts comme chez les modernes, répondent, ainsi posées, à notre nombre 666.

La plus ancienne interprétation connue est celle d'Irénée, évéque de Lyon à la un du second siècle. Nous apprenons par lui ce qui, au premier abord, semble peu important, ce qui en réalité est très-significatif, comme nous le verrons plus loin, qu'il y avait de son temps deux leçons du chiffre mystérieux, l'une autorisée par les manuscrits les plus soignés et les plus anciens [h nUci Toîc 97rou8oi(oiç xaî àp/atoiç àvTtYpàçotç) et conforme à notre leçon canonique 666; l'autre d'une authenticité moins certaine, G16. Quelques mots grecs EôavOa;, Evatithos, Aateivoç, Latifios^ Teixàv, Titan^ reproduiraient le chifire 666, si l'on additionnait les lettres, et les deux derniers lui paraissent très-vraisemblables, surtout le second. Toutefois il aime mieux ne rien décider quant au nom de F Antéchrist. Il pense que si Jean ne Ta pas nommé en toutes lettres, c'est que son nom était indigne d*être prononcé par le Saint-Esprit. Mais il croit découvrir dans le chiffre apocalyptique un symbolisme très-raffiné. Gomme pour lui TAntechrist est un personnage presque abstrait, mythique, en qui doit se concentrer et se personnifier toute apostasie, toute idolâtrie, son chiffre doit être en rapport avec ce que l'histoire du monde offre de plus impie. Moé avait 600 ans lorsque vint le défuge. L'idole érigée par Nébucadnezar avait 60 coudées de haut et 6 de large. Donc le chiffre désignant l'Antéchrist doit être néces-

sairement 666 et résumera ainsi ce qu'il y a eu de plus impie soit avant, soit après le déluge! Mais ne sourions pas : Jrénée a été égalé, si ce n'est dépassé de DOS jours en tours du même genre ^

Victoria, évéque de Petau en Pannonie, mort en 303 sous Diocléiien, a écrit un commentaire sur l'Apocalypse et le texte nous en est parvenu augmenté et falsifié par de nombreuses interpolations. L'une d'elles, trahissant suffisamment sa date, explique le chiffre apocalyptique par Genséric, UvoTipixoç.

Vers la fin du v' siècle, un commentateur oriental nommé Andréas reproduisit les interprétations d'Irénée, avec addition de LampétiSj Aa(AircTi<;, le brillant et de BenedictuSy Bcvé^iXToc, antiphrase pour /^ maudit; h moins que, selon l'opinion du théologien Bengel ^, nous ne devions voir dans ce dernier nom qu'une interpolation inspirée par la haine du pape Benoit IX,, dont le pontificat (1032-1045) fut un scandale perpétuel.

' Uéuôe, ado, Har,, \\h, v, 3S-S0 ; comp. Easèbe, HiH, eeel., y, S. H est assez difTicile de savoir quelle idée .«'attachait au mot evanthas, proprement très-fleurif indirecteiDeot très-éclatant. Peut-être y voyaii-on une aHosioD à Satan déguisé en ange de lanière (9 Coriath. ii, U) oa tanhaat du ciel comme un éclair (Luc, x, iO). La mythologie grecque comprise dans on sens typique, fournissait une certaine analogie entre Titan révolté contre roiympe et Satan. Inutile d'ajouter qu'on eût aussi bien fait de cliercher reiplication de l'Apoéalypse dans quelque mythe hindou. Enfin Latinus, Aarelvoçy dont Irénée dit que la « vraisemblance est très-grande, vu que c c'est le aom du plus récent empire, Lalini enim sunt qui nunc ngnarU,.» pouvait mieux s'appuyer sur quelques autres traits de la description. Mais la défaut commun de ces trois explications d'un passage destiné, dans l'intention de l'antenr, & en expliquer beaucoup d'autres, est de n'expliquer rien du tout. Quelle que fût l'interprétation préférée, le lecteur de l'Apocalypse n'en était pas plus avancé. De plus aucun de ces noms ne répond à l'exigence posée par l'auteur qui avertit d'avance que le nombre en question est le nombre d'un homme. Cette dernière observation milite surtout contre La- /mus, qui n'est qu'un adjectif.

« ErklœfU Offenb., p. il07.

PrimatîuSy élève d'Augustin, donna au vi* siècle, ces deux interprétations : AnliniM, 'Avte[jlo<, et amounU^ àpvoufAc (e pour ai), c'est-à*dire contraire à rfumneur et je nie, en ajoutant que cette double et lumineuse explication insinuait la qualité de la personne et la méchanceté de son œuvre, personœ qualitas et operis insinuatur asperitas.

Innocent III, quand il proclama la croisade (1215), enseigna que Mahomet était rAntechrist, le faux prophète de l'Apocalypse et prédit la fin prochaine de sa domination qui devait durer 666 ans. Le nombre d'homme est ici changé en nombre de temps.

Luther compte, au contraire, les 666 années à partir de Grégoire YII : c'est, à ses yeux, la durée assignée au papisme antichrétien.

Bossuet ' trouva dans le même chiffre une allusion au nom de Dioclétien qu'il écrivait en latin de la manière suivante : DIoGLes aVgVstVs, Diodes Auguslus. En additionnant la valeur numérique des lettres qu'il écrivait en majuscules, l'évèque de Meaux arrivait à la somme voulue. On sait que l'on emploie souvent cette méthode pour fixer les millésimes dans les inscriptions. Malheureusement pour l'aigle de Meaux, il se trouva des mauvais plaisants qui observèrent que ce calcul s'appliquait aussi bien au nom révéré de Louis. Il suffisait d'écrire LVDoVICVs \

< Explication de V Apocalypse, 1090.

' Bossaet youlait sartoal réfuter les attaques dirigées par les théologîeos protestants contre l'Église romaine, dans laquelle ils croyaient reconnattre la grande Prostituée de la vision prophétique. On traite un peu trop dédaigneusement aujourd'hai leur interprétation. Sans doute elle était fausse et partait d*an sentiment haineux que ndus désapproufons, tout en le com-

Newton adopta Tancienne interprétation de Latimu et» en général , Texégèse protestante s'accommoda aisément de cette explication, qui se pliait assez bien aux besoins de ]à polémique contre TEglise romaine.

Grotius essaya de l'explication OùXirioc, Ulpiw Trajànus, mais ce fut à la condition inadmissible de changer le tt final en s. D'ailleurs cela n'expliquait rien.

Au siècle dernier, Bengel revint k l'idée, si contraire au texte, que ce chiffre indique une période déterminée de l'histoire ecclésiastique et ût rentrer le nombre 666 parmi les termes de la proportion mathé* matiqae en vertu de laquelle il Qxait la défaite de Satan et l'inauguration du règne de mille ans au 18 juin 1836.

En fait d'interprétations contemporaines, outre celle de M* Zûllig, sur laquelle nous reviendrons, et celle du pasteur Zuschlag ^ qui préfère la leçon 616

prenant aisément. Mais une fois admis qac T Apocalypse coulient sous forme de prédictions toale rhistoire de Téglise depuis son origine josqa'à nos joars, ferrenr des interprètes protestants n*était-elle pas inévitable? Les caractères qne le livre assigne à la ville des Césars ne se sonl-iU pas retrouvés dans la Rome des papes? Comparez par eiemple les passages xvil, S, 3, 6; xyni, 3, 7, 16, S4; xix, S. D'ailleurs n'oublions pas que les protestants n*ont pas inventé cette interprétation. Avant la Réformation, h partir do xin* siècle, on la voit formulée en dedans aussi bien qu'en dehors de rÉglise romaine.

I RudeU)ach'$und Guerike*s Zeilschrift, 1843, t. HI, p. 407. Noos devons encore mentionner Thypothèse de Weyers {Disp, de Apoc, iSSS), qui, préférant aussi la variante 016, y trouve Taio^ KaTavp, Caïus CésarovL Caligula : etplicalion iii»possible pour loule sorte de raisons, mais surtout parce qne Caligula n'a pas persécuté les chrétiens. — Du reste, nous sommes encore très-loin d'avoir cité toutes les eicentricités anciennes et modernes dont ce fameui chirTre a été Toecasion. On y a vu également Napoléon, le due de Reichstadtet même Louis XVllI. Btlderdyk, tbéologien-poëte hollandais, voyait dans le ^^ç* apocalyptique les trois initiales des trois prénoms du cité, Lonis-Slanislas-Xavier, XXo^ootïoc SaouvipCoç IlTavtaXao^.

tiiftlgfé le témoignage formel dlrénée et en tire Tinsigniflante explication Aïoç K«t<T«p, divin César, ce qui d'ailleurs n'est pas un nom personnel — nous nous bornerons h citer celle de M. Hengstenberg, le professeur de Berlin. Cet ennemi juré de toutes les évidences de la critique moderne part du principe qu'il huX recourir exclusivement è l'Ancien Testament pour avoir la clef des symboles apocalyptiques, et il observe que lé passage d'Esdras ii, VA, est le seul qui contienne le nombre 666 joint h un nombre d'homme, Adonikam, Or Adonikam signifiant le Seigneur s'élève est un nom parfaitement applicable è la bête de notre chapitre XIII» ainsi qu'à Vhomme de péché, autre prédiction de l'Antéchrist qui se trouve dans la seconde épitre aux Thessaloniciens, ii, 4. Déplus^ ne voit-on pas que 666 est le 6 épanoui, le 6 gonflé d'orgneil, le 6 à sa plus haute puissance? Et comme 6 est la moitié de 12 et Tantecèdent de 7, cela veut dire que l'Antéchrist sera toujours impuissant contre l'Eglise, représentée par les nombres sacrés 7 et 12. Il court après, tâche de l'égaler, mais n'y parvient jamais I Cette incroyable débauche d'imagination a eu du succès dans quelques cercles orthodoxes. Elle a été accueillie en Hollande par quelques esprits. Il est dommage seulement qu'elle n'ait d'apparence qu'en s'appliquant aux chiffres arabes et à la numération qui en est la conséquence. Tâchez donc de l'appliquer au texte grec /Ç<;\ ch x st.

Celte revue des efforts sans cesse renaissants et toujours malheureux de l'ancienne exégèse a son enseignement. Elle prouve d'abord combien on s'est fourvoyé en cherchant à tout prix le nom symbolisé dans This-

loire postérieure & la composition de l'Apocalypse. Ensuite elle suggère l'idée que le nom à trouver pourrait fort bien s'écrire autrement qu'en grec. Car autant la faculté de combinaison des interprèles a réussi & former de mots grecs correspondant par leur valeur numérique au cbifTre indiqué, autant les solutions proposées se sont montrées insuffisantes on en désaccord avec la manière même dont le problème est posé. Nous sommes donc en droit de rechercher si par ha* sard un autre alphabet, Talphabet hébreu, par exemple, ne nous fournirait pas une meilleure explication. Mais n'y aurait-il pas d'autres raisons encore que cet argument purement négatif, qui nous autoriseraient h tenter cette voie? Assurément, et nous pouvons nous en convaincre.

On peut poser comme évident que les descriptions de TApocalypse ne sont pas empruntées seulement à la littérature biblique, mais qu'elles contiennent aussi beaucoup d'allusions aux idées rabbinîques. Le rabbinisme, ce successeur scolastique et pétrifié de Tancien propbétisme, avait déjà ses lois déterminées et ses principales traditions formées au siècle des apôtres. Les raisonnements des épttres de Paul en sont bien souvent tirés. Rien de plus facile que d'administrer la preuve des affinités de l'Apocalypse avec le rabbinisme contemporain. La formule réitérée : Je suis V Alpha et VOméga{i, 8, 11 ; xxf, 6), n'est que la traduction de la formule par laquelle les rabbins exprimaient l'infinité de Dieu : Je suis VAleph et le Thau, c'est-à-diie la première et la dernière lettre de Talphabet qui contient tontes choses. Les sept anges qui assistent devant Dieu d'après i, 4, vui, 2 sont les

sept angeêj criés en premier lieu^ qui servent Dieu en avant du voile jhutve idée rabbinique signiflant que l'Être ineompréhensîble, inaccessible h la pensée comme è la vue de l'homme, se manifeste d'abord par sept attributs essentiels personnifiés en autant d'êtres célestes '. Si l'on s'étonne de voir le nom de Dieu attribué à celui qui au chap. uiy 14, s'appelle « le commencement de la créature de Dieu, » voire même ce nom donné à des hommes (^I, IS; XIV, 1 ; xxii, i), cet étonneinent cessera quand on saura que les rabbins disaient la même chose de l'ange Metatron, représentant de l'Éternel ^. Ils s'appuyaient pour le dire sur le passage de l'Exode (xxm, 81) : Mon nom est sur lui. C'est de la même manière que nous pouvons expliquer le festin des oiseaux (xix, 17], les dimensions de la Jérusalem céleste (xxi, 16), le fleuve qui sort du trône de Dieu (xxn, 1), etc. Aucune de ces images n'est arbitrairement choisie. Elles sont suggérées & l'auteur par le symbolisme rabbinique, et il est difficile de dire jusqu'à quel point ce symbolisme était conscient, c'est-à-dire jusqu'à quel point ceux qui en usaient étaient capables de distinguer entre le symbole et l'idée symbolisée.

Ainsi, fait fondamental : l'influence du rabbinisme sur la composition de l'Apocalypse est indubitable. Qu'est-ce maintenant que le calcul qu'on nous demande? Une opération rabbinique.

En effet les rabbins avaient imaginé une méthode d'interprétation des Livres saints qui fait plus d'honneur

> Nous les iroavons indiqaés dans le traité lalmndique Pirke EUezer, 4 : Sepiem ang$li qui prius creati sunt et qui famularUur Deo anU vélum,

> Par eiemple, dans un autre traité talmudique Sanhedr, Bcibyl,, fol. 39 6.

k leur subtilité qu'à leur bon sens. L'idée que TApcien Testament avait été dicté mot à mot par Dieu lui-même les avait amenés à considérer chaque mot, chaque lettre, comme ayant une valeur mystérieuse. A les en croire, par exemple, il n'était pas indifférent que le

mot générations, Tholedoth nnSiH se présentât Rulh iv,

ISavecdeuz t;auou deux v, tandis que partout ailleurs il s'écrit avec un seul vau ou avec deux cholem^ jleux o simples. Gomme le Messie, descendant de David, Tétait aussi de Pharez, dont on indique h cet endroit la descendance, les rabbins concluaient de cette orthographe exceptionnelle que le Messie rétablirait toutes choses dans leur état normal. De la même croyance naquirent plusieurs pro* cédés qui forment l'un des plus curieux chapitres de l'histoire des aberrations de l'exégèse. Ainsi il y avait le procédé appelé notarikon , qui consistait à détacher les lettres constituant un mot pour en faire les initiales

d'autant de mots nouveaux. Par là on trouvait que Dltt

Adam, se décomposait en Adam, David et Messie : ce qui siguifiait qu'un rapport intime unissait ces trois person* nages. Il y avait encore le procédé de Yathbàsch, qui permettait de substituer à la première, deuxième, troisième, etc., lettre deValphabet la lettre de même rang en commençant par la fin. Ainsi Valeph pouvait être remplacé par un thau, le daleth par un qnoph, et ainsi de suite. C'est ainsi que le mot Sésac dans le passage de Jéré^ mie XXV, 26 devenait identique à Babylone, Babel. Mais Topera tion favorite des rabbins fut la ghématria, fondée sur la valeur numérique des lettres de l'alphabet. En

vertu de cette règle, on était libre de substituer à tel mot

rlu lexte sacré tel autre mot dont les lettres additiQnoé^ donnent une somme identique. Par exemple, il est dit, Nombres xii, 1, que Moïse avait pris une fempoe éthiopienne, couschiih. Mais, cela choquait ramour-propre national et même le sentiment religieux des Juifs, et les rabbins remplacèrent ce mot- , dont les lettres additionnées valent 736, par jephath marehehj de beau vi^iige, qui reproduit le même nombre. La littérature rabbinique abonde^en exemples de ce genre. Une ghématria bien réussie tient lieu de toute preuve et répond & toute objection.

Nous voici donc amenés toujours plus près de l'idée que c'est Talphabet hébreu qui nous donnera le mot de rénigme. Car enfin c'est une ghématria que Ton nous demande de faire. Que si l'on s'étonne de voir dans un livre grec ce renvoi à la valeur numérique des lettres de l'alphabet hébreu, nous pouvons éviter de répondre jusqu'à ce que nous sachions si Tauteur n'avait pas de graves motifs pour ne pas écrire trop visiblement le nom qu'il avait en viie, Hais d'«vanoe naui spumis en droit de relever le fait que (^ ne fmm\ pas le aeul om où Tauteur aurait fait intervenir rbébreu diins 6e comi* position grecque. ?lw palestia qu'beUéniste, Jeisiaiit apercevoir à chaque instant les tournures et les formes hébraïques qui apparaissant comme à fleur d'eau sous la lettre, il ne voit aucun inconvénient i ietereeler dm mots hébreux dans ses de^Bripliona. Ainsi VAbbadon (ix, 11) n'est autre chose qu'ua wot hébreu qui signifie U ruine, et qui sert quelqeefoi^ ou figuré k désigner le sé^ pulcre '• De même, VArmagedàm xvj, 16, dttigne le

» Pw ex^wjpje, lob Kxvi, S i uvui, %%i Pm^rtisy xv. iU

iDop( Tbqbor, Ifi monlagqe de Ifegiddo, en |}é))rp)i fia/t Mpgiddo.

J^'idée que le fflpj de rénigme ^pit êtrp c^prchp (Jaij» )'q)pb»M hébreq jj'psj p^s préci^éïRepJ i^ppiefije. f\^r tpr ej Jurjeq Ay«iepJ déjà prpppsé reyplip^tjoa r6vfi^tthf Tfimtipe (spus-enlepdq l'Eglise), M^U rinlpr^t de l^ copr troyerse les ^v^jt sepj dirigée? d'pq parejl côté, pe n'pr - ^it pus le jiQmhfô d'urf. homme^ P^ iU étaiep^ pbligpé poqr «rnveFt^M Roi^t)re fquIu d'ajopter pne leUjre H'ortl)pr graphe fjiitpreljp ^e ce qjpl. On perdit ^p yqp cejtp explication, jpsqq'4 ce qii'uji ^av^ot tbéolpgipn ,l^^6Inpqd ^e notre sjècle repris Ip travail en SQq^-peuyre et d^moqtra ppsitiyewieftt qu'il follait reppqnr k l'ifébjpq '. BfQÎS h sPÏPtip» qp il prpppsç fut mçl^purppse. fl orqt 4pyjf}er spps le pbiflTre jBQjB une ^^usio» h Ja pprepuRp (Je ^d}^^m fiBlJe qu'e)lp se prpsppte «u liyre 4© Jftsqé ^11, %% : Bqlaarn^ fils de fishor^ lefievin. ]l e^t cprt^ip qu'e» 94diMoppaa|; Jps lettres dps mots bébri?»^ qui fépoi»dPft> i ceu?-pi^ 1 P» W^e Jout prè? du BPfPbFP ypwlu. PpBFtWt W- ?5Wlig ét^iJ obliger de pbapger To»tbogr^pbe du textp de Jpsué et dp^upprimep Tar^clp de^ ▼ant le mot devin. De plus, pettp explicat^PjU qui sp ^rpu vf^fl pq rapport étrpiJay^Ç sapwtti<^redppv}s»gpr TAppcalypse PD général, participait au défaut de cette pow^ère, ç^l(|i d^ fiiire viplencp mx ipdjpatipps le^ plus clairp&i de fifi Uyre^ Elle deVait jippabpr ejt tomba 9lins quiÇ perspppp^ jà ma conpaissaïqLCp, Tait rpleyée.

> Die Offènbçfung Johamis vollstan4- ^kii^tf ISfP* ^oi^f it^9Ds n^s k part dans une note A à la tio du volame les raisons critiques opposéies à rhypolhèaa et ZôHig, ain 4jb bo pas uop faiigoer Us lacl^àrs peu habn

Continuons donc à nous orienter. Nous sommes en

droit de glaner çà et là dans le livre des indices qui pourront nous faciliter les tâtonnements. Eh bieni la béte du ch. xui, cette bête dont nous savons le nombre et dont nous cherchons le nom, reparaît au chapitre xvii avec ses sept têtes et ses dix cornes, symboles de la puissance de Satan. Sur cette béte du chapitre xvii est assise une prostituée, et la description qui nous est faite de cette femme ne permet pas d'hésiter sur le nom qu'il faut lui donner. Il est dit au v. 18 que cette femme est la grande ville qui règne sur les rois de la terre ; au v. 15, que les eaux sur lesquelles elle est posée sont des peupies et une multitudey des nations et des langues; au Y. 9, qu'elle est assise en même temps sur sept collines; au Y. 6, qu'elle a bute sang des saints et des martyrs (comp. encore xyui^ 24; xix, 2). En vérité, à ceux qui refuseraient de reconnaître Rome à ces traits si clairs, nous n'aurions plus qu'à demander comment à leur sens l'Apocalypse aurait pu la désigner plus ouvertement. Que l'on nous montre donc une ville autre que Rome, assise sur sept collines, commandant à la terre entière et ayant fait couler le sang des martyrs?

Ceci posé, revenons à la bête aux sept têtes sur laquelle la prostituée est assise. On nous dit, au y. 9 du même chapitre, que les sept têtes qui signifiaient les sept collines de la Yille impériale, sont aussi sept rois, dont cinq sont déjà tombés ; qu'il en reste un et que le septième, qui doit encore venir, n'aura qu'une courte durée. Laissons un moment de côté ce qui concerne la courte apparition du septième. Ce que nous pouYons affirmer dès à présent, c'est que les cinq rois déjà tombés sont cinq

eropereaTs romains et que le sixième règne au moment où l'Apocalypse est écrite. Ainsi la bête aux sept tètes, qui supporte la prostituée ou Rome, u*est pas autre chose que l'empire romain, ayant pour tète ses empereurs.

Nous revenons enrichis de quelques notions importantes vers notre chapitre xni. Nous connaissons désormais la signification du monstre qui apparaît aux yeux terrifiés du prophète sur les grèves de Pathmos. En poursuivant la description qu'il en donne, nous serons frappés d'une confusion préméditée, mais qui pourrait nous rejeter dans l'indécision, si elle n'était pas ramenée à sa vraie signification. Nous voulons parler de la confusion qui s'opère insensiblement entre la béto, prise dans son ensemble, et l'une de ses têtes. Il est dit au v. 3, que l'une de ces têtes est blessée à mort, mais que sa plaie mortelle est guérie. Puis, au v. 12, nous voyons que cette plaie mortelle guérie était une plaie de la béte elle-même. De même au y. 14 l'être qui avait reçu un coup mortel de l'épée et qui cependant était encore en vie, est non pas la tête du v. 3, mais la bête. Mais au fond il n'est pas étonnant que la plaie faite à la tête soit aussi, et par cela même faite, à la bête, et cela nous montre seulement que l'auteur identifie volontiers la béte tout entière avec une de ses têtes : donc la puissance impériale avec un des empereurs. C'est pourquoi le nombre de la bête pourra être le nombre d*un homme. La béte sera tout à la fois l'empire et un empereur. N'est-ce pas d'ailleurs un phénomène fréquent dans l'histoire que les époques ou les institutions signalées par des événements majeurs se personnifient, pour

riiiiagiiiatibn Oë là maltitbdë. dhhë Uti iadiviâti qui léilr dbhile son libal? AU ciht^taiètdâ sièblë tbutes le^ hbri-ëut^ dé l'iUvasibU se rêsùitlënt dbns Ib hdhl d'Attila. AU ihoyëh âgé toU^ les NSiits fdits bot (lour éaleu^ Charlemagne. Les débordements et les crimes de la papéUié |)héiihënt UH cbl-pft vIVàUl daHs Àleiândi^ Borgîà, et pdur bëhlicbUp de m^ dbUl|>atHdlt>§ là tërrëUr de 93 ii'ëst pgfe t|Ue le tèjîhe de flbbespiët-he.

NoUs Hjiprbchons tbUjbUi's. QUel esl dbtife le Césdh bapA\\\<& dëpërsdUblBer la puissénfcë àhiichrêtiëUtle. sëlë- HUjUëj de l'erilpiit hëmSin? Qbélsëra, dans \a liste, peu êdiflrtHlë, H est VMl, des emtJereiiH, belUI qbl ë'ësldibrtfré ësSez ct-iiel, ttsseé iHH)lë, assez pëbécuteUr pbUr qii'ëit lui le bêtë tbùt ëhtlèbe puisse %ité cbUbëtitt-éë? RëssëK rbnà ërtdorë le chaitip de fadlhe eihrilën. PëUt-êli-é tin nodirél indice s'ttjbiiterti-t-ii àUi t)rêcédëtite poiit nbUS désigner Uh noul qUi ëfre déjà âuf iibs lèvi-es.

Si l'Apdcalyt)âe, bdthmé dh le bttiitirolgairëmërit, pi^tbytJit Uti îbUg ftVeniti des siècles de durée èilttè elle et le Tët(9U^ visible dii SeJgneUt-, hous éùHdhs ehbdi-e h cherchef ëd tâtbhnaiit ud iidtti paririi les Maîimin, les Déciu$, les Oidclétien, etc. M*is il ti'eH est t)aS «JiUsi, el «êdie, BflnS résdUdre lé qUestidU si Un t)ropbètë (juelconque a jamais ihdiquê d'avàtice lë tibbi ^l'ot)rë d'un persdndagb historique redu longtetD{)s épi^d lui, cbiitentdds^doUs d'obserVet- d'abord qUë des sept ëihpereurs . cibq sbdt déjà tdcdbés, et que l'Apocal^^JSe est écrite dans l'attente de la fiù tt-ès -prochai de des chbses. C'est od caractèhe ëottihaUd k toutes les at)dcal^t)sës ; mais nalle paH il d'est pltis clëlrëtiiëht étiodcé qu'ici. Le tmpê est proch» (i, 8 ; ttil, 10) ! Lëè ehdsës que JeaU,

le Sèftitèuf de Died, d teçues, doivent s'dccottiplif sous bKf délai $ M-^^ià^i Iv td^^t (t, 1 ; Itit, 6). Le prophète m\t même calcoler ezactemeot, d'èprèd le setis quMl donne à Daniel xii, 7 et suiv., le temps qui le sépare, lui et ses lecteurs, de la fin des (empé : cet intervalle est fixé précisément i trois ans et demi, ou quarante-deux mois, ou douze cent soixante jours (xi, 2^ 3 ; xii, 14 ; xni, 5). Ce point de vue domine et pénètre , pour ainsi dire , chaque page du livre '. Tout, en un mot, s oppose à ce que nous promenions nos regards sur la succession impériale au delà du premier siècle, et nous pouvons nous restreindre aux premiers successeurs d'Auguste.

Ot*, daiis ce premier siècle , deux noms seulement peuvent entrer en ligne de cotnpte. Les autres, en effet, ne sautaient leur être comparés sous le rapport de Pinimitié contre TËglise chrétienne. Mais l'un d'eux est exclu dès à présent du calcul : Domitien est le douzième empereur, si l^oh compte à partir de César; le onzième, k partir d'ÀiigUste. tleste donc celui que tant d'indices déjà nous faisaient soupçonner, le cinquième à partir d^Àiiguslé, reste l'empereur Néron.

Je Vévode. Nous n'avons encore qu'une haute probabilité, et II S'ôgit de comparer le résultat de nos lâlonnettténts avec le verset qui doit en être la pierre de touche \

C'est ici qu'est la sagesse! Que celui qui a de l'intelligence COMPTE LÉ NOMBRE DE LA BÈTË ; CAR c'eST LE NOMBRE DUN HOMME, ST SON NOMBRE EST 666.

> Comparez encore it, )5, it ; ïil, tt; tt, U ; xxtl, 1, \i, tO, etc.

Comparons alors, d'après Talphabet hébreu, la valeur numérique des lettres composant ces deux mots : Néron Céésar, ^^*^3 "IDp. Nous avons :

R n ÎOO S D 60

La preuve, il faut l'avouer, est victorieuse. Et puis cette solution est d'une parfaite simplicité. Si jamais homme eut le droit d'être assimilé & la bête satanique de l'Apocalypse, c'est bien celui-là. Mais, avant de clore la discussion et pour porter l'évidence i un degré réellement absolu, rappelons-nous un détail de l'exposition précédente. On se souviendra peut-être qu'en parlant d'Irénée, cet écrivain chrétien de la fin du second siècle^ nous avions rapporté d'après lui que, de son temps, tous ne fixaient pas de même le nombre de la bête, les uns lisant comme nous 666, les autres préférant 616. Irénée, quant à lui, préférait hautement le premier chiffre. Les meilleurs et les plus anciens manuscrits, disait-il, l'autorisaient seul, et même ceux qui avaient pu connaître encore l'auteur de l'Apocalypse en avaient attesté l'au-

1 Nous rappelons aax lectears qni ne connaissent pas Thébrea ce qne Ton sait assez généralement, c*e8i-è-dire qa*il n'y a pas ordinairement de voyelles dans le corps des mots hébraïques. Les voyelles longues corome Va de iVi^ron font seules exception. Du reste, nous renvoyons à la note B quelques éclaircissements relatifs an calcul établi ci-dessns.

thenticité i d'anciens maîtres ou amis de Févèque de Lyon. 4insi la variante 616 devait n'être contenue que dans des manuscrits de date moins ancienne et probablement occidentaux. Y a-t-il là un hasard, une altération arbitraire du fait de quelque copiste négligent ?

En aucune sorte. Les copistes occidentaux et latins» qui avaient transcrit TApocalypse, avaient deviné ou savaient par tradition le nom caché sous le fameux chiffre. Mais ils ne prononçaient pas Néron avec un n finale comme les Grecs ; ils disaient Nero comme les Latins. Il y avait donc un noun, un N hébraïque, 50 à retrancher. Nous laissons à nos lecteurs le plaisir de faire eux-mêmes la soustraction •

Le nombre de la bête, 666, désigne l'empereur Néron.

Il s'agit maintenant de confronter ce résultat avec les antres données du livre. Il faut appliquer cette clef aux différentes serrures que les autres ne pouvaient ouvrir et nous assurer qu'elle est la bonne. Quand nous rassemblions, dans la première partie, les points clairement énoncés du livre et qui pouvaient nous aider & former notre ghématria, nous laissions à dessein de côté les points obscurs de la description apocalyptique. Si notre explication est la vraie, ces points obscurs doivent être éclaircis par elle.

Arrivons tout de suite au plus obscur et au plus

— iM —

éli*afigé dé tôUs. Lé lectëtir û sâtis âôUté tétbaft{iîé, ètï suivant a¥ëc hoUs k texte prophétique, de ^dguHer trftit de 1& dë^criptiôtl de IH bétë, coiicértiatit Tutiê de 6éâ tâtë§, celle ptédiséidëût qui {('identifie ittseiisiblëttiènt avec iè âi(insii*e ëfitiér dotlt elle est Ift ëôil&etltfation.

4 Je ih Ttitie de sei têtes, » nous ést-il dit mi, 3. itnniédiAtetnetit ëphès lA tnétitidfl dti tootiâtre aux sept têteiS» « cOfnfhB Messie â rhôH; taàis telle plait mortelle fut gué- % fii, et toute là terre, étant dans Tédmii'étioti, siilvitlfll )^ bètè. » — AU Verset \f teviëtit la raênie idée. LA Jiecotidë béte, ob le fttik pit)pbéiistne) oblige leâ habitâtltâ de 1* terre I èddrer là pfemièfé bète, dmt là pluie mwtelle avait'été guérie. Évidemment le prophète tt ses YhU sons pour insister sur cette mystérieuse indication ; car, deux versets plus loin, il est de nouveau question d'images dressées k la béte, qui , après avoir reçu un coup mortel de Vépéej était cependant encore en vie. Et c'est un peu plUi bas (t. 18) qu*oh ndUB donne le iiotubt^e gfbmatrique de la bêle h la fois tuée et vivante.

te tl'eSt pas tout. AU ëhàp. ivii se retrouve, tioud le savons, Utlë ilbUvellë description dô là bêle àUl Sept têtes, sui" laquelle est assise lagt^tide Bàbylofië. Or, éu V. B, reViëUI le même pàràdoie. « La bète t\M tu éft tue^ » dit l'àUgë au pi^ephèle, « tt été et Wm plus; eepetldàUt » elle doit encut-e monleir dé rubtme pout s'en «lier k lu

» petdittoti, et là multitude is'étoUtiefa eh VdyëUt la bêlé * 4iU était w qui n'm plMj hiM ^WMié éoil. » L'eutêur tient tellemeut H être cdmpriSi mtïgné Téppàrétlté itioohérencede ses paroles, qu'il ajoute immediâtetiièttl HU avis rappelant celui dont le chiffre 666 était accompat^i. « G'eêt m^ % lioatdît U> «tJu'Ufcutttti ès^UnittUi*

» geiit et (|tti Mi de là sftgëssë. » Et ad 1. 11 le htiitièilië foi. Venant deë sëfit et allbni à lii |)ef(ilitiOil, e§t èiltidhé la bête ^tti ($tati et t/tti n'bst plus.

L'bistbiK de Néi'dtl hôné dbfliiëfà^t'ëilè le Biot dé ce tisëil de bbtttMdictioiJâ lirêmêditéës ?

Ffoaft ëbiUtlles ëh dhdit âë tépdndfë éffifiUKliVëltiëUt db la inAfllërë la pM dtitégoHqdë ; et Vfàltiletlt tidUâ igtldboris ëOldttiebt Db pblifHiit èë Sdtlstrèilrë à l'évidence des ftitë que noMs MIohs produite.

Ud ftit biétbrïtibe ibflttat^Uhble; b'ëst qUë ddbs lëâ Sti^ nêës <{m sbivil^Ht M mtiH de Vêfoh le pëUplè i^fUM d'y éMiJrë, et l'Upibion pi-esqiië gébérélé fut qu'il ëfatii pAt^ Tenu à âë héfbgiër eb Asie; ReÇb tt^-fatdràblëbiebt ëbëie les PaHbës, il n'tittendditi àssiirait là i'ublëdl' pablit)dëi (|tië ië tbbibëdt pfOpieë {tëtii* tonibëf éWf l'Oëcidebt à là tète d'dnë ài-mëé d'di-iebtàut, ehfttiër m ëflbënlië et t^ monter sar le trône du monde. Lèë bàsëMidbs fôi'tbëUës dès hi3tbriëtt& lëft plds divëts né bdUs perinetlëflt pas le moindre ddate à bet é^rd.

Sdétbtië *, pat' eiëtbplë, flbtls appt-ébd que Itingtebdps «ptès la ttibt-t de éët eibpet'ebf} il se trouva des gëbs qui bë cessaiebt d'bf bër sbb ibitlbeàU de âeiirSi que maintes ibis on tit apparaître dabs Rdbie sdb iinégë rèrêlùë de là ptétextë et bircblet- des édîts àbbbnçant quelféfob tivait encore^ i}u'il reriendrait bientôt et qbe ses ebnetnis b'Atfeient qu'à ttënÉblët. 1^ niéttië historiëb ajouté Ub peU plds bas qab danë sa jëuiiësse; c'ësl-à-ditë an plus lot sous Domitien, un inconnu, se faisant passer pour Néron, fut si bien accueilli par les Parthes, que le pbtavoir iib-

> Suétone, Nero, 67.

périal eut beaucoup de peine à obtenir son extradition.

Tacite ^ n*est pas moins positif. Au commencement de ses HiêtaireSp il nous parle aussi d'un faux Néron qui &illit entraîner les Parthes dans une guerre contre l'empire. Plus loin il raconte (ce qui est d'une importance majeure comme confirmation de notre thèse) qu'au moment où Vespasien allait mettre le siège devant Jérusalem, la Grèce et l'Asie furent terrifiées du bruit qu'on répandit que Néron arrivait. Ce bruit trouva tellement créance, qu'un esclave fugitif spécula sur une certaine ressemblance physique avec le monstrueux fils d'Agrippine pour s'adjoindre des partisans et occuper à main armée l'Ile de Cythnos, où quelque temps après il fut fait prisonnier et mis à mort par Caipurnius. Celui-ci fit promener le cadavre du prétendu Néron à travers VAsie avant de l'envoyer à Rome, tant il était nécessaire de désabuser les populations.

D'autres historiens de l'empire enregistrent des faits analogues. Dion Chrysostome ^, qui écrivait sous Trajan, nous parle de gens qui désiraient que Néron vécût encore et du grand nombre de ceux qui le croyaient encore vivant. — Dans l'abrégé de Dion Cassius, rédigé par Xiphilinus ^, nous trouvons qu'un faux Néron, dont l'historien ignorait le vrai nom, paya de sa vie, sous Tituâ", ses prétentions à lerapire. — C'est probablement le même sur lequel Zonaras *, historien byzantin, nous donne quelques détails de plus. C'était, dit-il, un Asiate

< Tacite, HisLl, S;ll, 8, 9.

2 Dion Chrysost. Oral, xxi, éd. Reiske. s Joh. Xiphiiini Epitome Diooîs, Vita Titi. * Zonar. Ann. xi, 18, éd. Niebahr.

nommé Terentius Maximus, qui ressemblait à Néron par la Ggure et par son talent sur la cithare. Cet aventurier rassembla quelques partisans en Asie, mais un bien plos grand nombre lorsqu'il se rapprocha de TEuphrate. n réussit même h se faire bien venir du roi parthe Artaban» qui fit des préparatifs pour le ramener k Rome ^

Ainsi le fait est constant. La croyance en la survivance de Néron fut populaire dans Tempire, surtout en Asie. On objectera peut-être que dans l'Apocalypse il est question d'une résurrection plutôt que d'une survivance. Mais on devra reconnaître combien il était facjle à un chrétien pour qui l'idée de résurrection n'avait rien d'extraordinaire, qui voyait l'Antéchrist dans Néron, de supposer que le diable, qui l'avait suscité pour faire la guerre aux saints, saurait bien lui rendre la vie pour parvenir k ses fins. C'était après tout une bonne manière de concilier l'affirmation des personnes les mieux

> n est pea de livres da Noaveaa Testament qai emprantent aatant de lomières qae l'Apocalypse à Thistoire politiqae contemporaine. Cette concordance minntiease se soutient même dans les passages qui n'ont qu'un rapport très-indirect avec le sujet de ce travail. Ainsi dans le message •dressé à l'église chrétienne de Laodicée (ni» li et suiv.), il est parlé de Torgaeil que les Laodicéens tiraient do leurs richesses, de la présomptueuse confiance avec laquelle ils se vantaient de n'avoir besoin de personne (v. 17). Ce passage pourrait k première vue être opposé à la date que notre explication nous fait assigner à l'Apocalypse. Car il paraît que, peu d années avant la mort de Néron, Laodicée fut détruite par un tremblement de terre, et Ton pourrait objecter qu'une ville éprouvée par un pareil malheur ne^ peat pas s'enorgueillir de ses richesses quelques années après. Hé bien ! Tacite nons justifierait en deux mots que l'on dirait choisis tout exprès, Ann. XIV, S7 : Eodem anno (60) ex illustribus Asiœ urbibus Laodicœa, inmore terrœ prolapsa, nullo a nobis remedio, propriis opibus revaluit c La même année, Laodicée, l'une des illustres cités de l'Asie, «'étant » écroalée k la soîte d'an tremblement de terre, se releva avec ses seules » ressources et tans le moindre secours de notre part; »

-Uû-

r^D^gpé^ qui »|ïir paient I4 n»ort réelle (Ja Nérpft et U persi}as)on générale} qq'jl all(iit bientôt f^p«raltre, P'ftjlleurs il cfldrpit bieu ftvgc les idée^ typiqwes de ce teipps-1^ que TAntephrist pppQrÛt, CQtp)[)ie son c^le^te antagoniste, à la sifite d'yae réi^nrrectipn. ]lfai^, qqpî qu'il çn sojl, le fait est li» et si l'on tronynit fprpé le rapprochement que nous faisons de deux domaines aussi hétérogènes que r^ppc^lfpsg pt les bistoriens prpfflpes, qous ^omnips enpprç en étot de rpfpter pp .senibijfpl 4'pbjep-

tjpn- Car la crpyance i l'identîté de Nérop et dp Vanter

cbrjst et ai} rptour de cet empereur popr livrer le CPWbat suprênie an Christ et aux cbrétien^^ s'est çonserYé0 dans rÉgljse, d'abord onvertement proclamée^ puis à

l'état latent, paaj? pendant une si jppgne pérjode qu'il est inipossjble d'epvisftger cette (Croyance eon^we un

paprice passager de Topinion.

Ngns pouvons en appeler d* abord à la littérature npo-

MlypMqne chrétienne, qqj la refléta ipngterops. en p»r-

ticulier aux livres sibyllins.

Ia Grèce et Annie vénéraient depuia la haute ft^ti^

quité, sous le nom de sibylles, des prophétesses dont les prédictions aspiraient snrtoqt à forpiuler les décrets d^ la destinée sur le sort des peuples. A Jlome, eh particulier, toutes les fois qu'un sinistre augure menaçait la république, le sénat ordonnait de consulter les livres Btbyllins, soigneusen^ent gardés par les quindécemvirs. D'après Varron, le nom de sibylle signifle éfymologiquement volonté de Dieu, de Jupiter ^ Les sibylles différaient des pythies en ce que celles-ci n'étaient saisies que de

temps à wiv^ par r^i^pTit cjivûivtoira qui soptait p^r intervalles des entrailles de h terrei tandis que le^ aibylles représentaient la prophétie permanente, impersonnelle de la nature. Pour comprendre oepi, il faut ^e rappeler qqelle étroite sympathie unissait Thomme et la nature dans Tantiquité très-ropulée, et la religion des Grecs et celle des Romains fi|t Qriginqiiremont, oomPtP tous les polythéismes^ le cuHe de U nature, Ç'^t |a force de la terre, nous dit Cicéron *, qui fait parler la Pythii^ à Delphes, c'est celle de la nature qui inspire la Sihylle. lios sibylles constituaient donc une sorte d'oracle naturol et universel, que l'on pouvait opposer à |a prédiction locale, aux sacerdoces particuliers^ filles étftien^ indépendantes des formes établies, c'étaient presque des prêtresses de la religion primitiFe, et voilà ee qui nous ^pliqoe pourquoi le judaisme aleiandrin, ce fleuve où tourbillonnèrent longtemps les eaux de rhellénisme et de rhébraïsme, tout à la fois mêlées et distinctes, choisit leur nom de préférence h tout ^ntv^ pour répandue» sous le couvert d'un nom faisant autorité chez les païens, les croyanoc» juives sur les destinées finales du monde* Cet exemple fut suivi dans l'Église chrétienne. Nous croyons k peine utile d'ajouter qu'il serait souverainement injuste de condamner ces productions apocryphes au nom des lois modernes de la morale littéraire. La pollection actuelle de ces oracles ^ est un amalgame assez confus de prédictions païennes, juives et chrétiennes»

» cicéron, De Divin, i, 36, 79*

^ Sybillina Oracula ; éd. Servalius Gallaeas, ÀmsteloU. i689> ia-iP. U existe une édilioo plas moderDe dae aax soins de M,C« Aleuprffe. Faris, FirmiaDidot, 1841.

Toutefois il est possible d'assigner une origine et une date approximatives aux divers fragments dont elle se compose» et depuis les savants travaux du docteur Bleek' surtout, il n'est plus trop difficile de s'orienter dans ce dédale au premier abord inextricable. Nous devons faire observer ici que la confirmation de notre thèse, tirée d'écrits apocalyptiques et en partie contemporains de notre Apocalypse canonique, emprunte à cette circonstance un poids tout à fait remarquable.

Voici, par exemple, un oracle contemporain d^ la guerre des Romains contre les Juifs, puisqu'il considère la chute de Rome comme devant suivre de près la destruction de Jérusalem :

Alors d'Italie s'enfaira le grand roi ^

Auteur de ces choses. Perfide, il disparaîtra derrière l'Eaphrate,

Après avoir sur le sein même de sa mère

Porté une main criminelle....

Et un peu plus bas :

Qu'on reconnaisse alors la colère du Dieu des cieux ! Qnand ils auront détruit le peuple innocent des justes. Tandis qu'en Occident la gaerre furieuse se réveillera. Le fugitif à la grande lance, qui avait quitté Rome, Repassera FEuphrate avec de nombreux milliers d'hommes.

Au livre suivant se trouve une description de Néron plus claire encore ' :

* Recherches sur la formation et la combinaison des oracles silnfllins (ailem.) dans le Journal de Théologie de Schleiermacher, De Welte et Lâcke, vol. I et II.

* LiT. lY, 114 saiv.

> Liv. y, sa soiv.

Gelai qui porte 50 à sa corne S sera souverain,

Serpent terrible, sonfflant gaerre cruelle, qui un jour

Fera périr sa race tout entière, troublant tout,

Osant tout, combattant et tuant son peuple.

Et il percera Fisthme, et il frappera TÂthos,

Puis le destructeur des saints disparaîtra; mais il reviendra,

Se faisant égal à Dieu.

On voit encore çà et là dans le même livre le {xv)TpoxT^vo< dvvip, Y homme meurtrier de sa mère, revenant d*Orient et ramenant avec lui la guerre et le massacre ^.

Mais nous citerons encore en détail le plus curieux et le pins complet de ces oracles, qui identifièrent TAntechrist avec Néron de retour d'Orient ' :

Le grand roi de la grande Rome, Thomme égal à Dieu, Que Jupiter, disent-ils, et la déesse Jnnon engendrèrent, Qui sur les théâtres cherche les applaudissements en chantant

Seshymnes emmiellées, qui en a tan t tué outre sa malheureuse mère,

Partira de Babylone, terrible et impie.

La multitude et les grands Fentourent,

il en a tué beaucoup et même n'a pas épargné le sein qui Ta porté,

H a commis des adultères, né lui-même de la prostitution.

Il ira vers les rois des Mèdes et des Perses,

Qu'il a préférés à tous.

Après quoi Toracle montre ce roi impie, brûlant et saccageant Jérusalem et son temple. Mais alors le feu du ciel dévore à la fois Babylone^ la mer et l'Italie, et le poëte chante en vers énergique la désolation de Rome :

Tu resteras déserte. . .

Le tombeau t'environne, tu as bu le poison.

I Allasion à la première lettre da nom de Néron, qai en grec Tant 50. * Par exemple, liv. v, i05 et saiv.; ibid., 363. 3 LW. V» 14S saiv.

Chez toi sont les adultères et les yices contre natare. Ville impie, ville mauvaise» ta mourras misérable ! Malheur, malheur à toi, ville souillée de la terre latine ! Bacchante qui joues avec tes vipères, tu t'assiéras veuve sous tes

collines, Et il n'y aura plus que le Tibre pour te pleurer, la prostituée !

Le huitième livre de la collection nous présente un oracle plus moderne. D'après le v. 148^ Rome doit tomber quand elle comptera le nombre d'années contenu dans son nom grec, c'est-à-dire 948 ans. Cela indique par conséquent la fin du second siècle. Là encore ' le retour de Néron, la destruction de Rome, le renouvelle* ment du monde et l'inauguration du règne du Christ sont présentés comme liés les uns aux autres.

Qu'on ne se récrie pas en nous voyant alléguer ces singuliers oracles. Les livres sibyllins jouèrent un grand rôle dans Tancienne Eglise et furent pris tout à fait au sérieux. Âthénagore , Justin , Théophile , Clément d'Alexandrie et, plus tard, Lactance invoquèrent formellement ces prédictions. Même au cinquième siècle Augustin ^ les regarde encore comme propres à rabaisser l'orgueil paien; Jérôme, Sozomène, d'autres encore continuent à les citer.

Du reste, les sibylles ne sont pas seules, dans la famille apocalyptique, à consacrer la légende de Néron l'Antéchrist. U Ascension d*Esaïe, apocalypse connue d'Origène et peut-être même de Justin Martyr, ce qui la ferait remonter à la première moitié du second siècle, enseigne '

1 Ut. vin, 169 et saiv.

> Ad?. Faastnm xv, t6. Toutefois il les met bien aa-dessoas des lirrea canoDÎques.

' AsceMîo Jesaiœ iv, i et suif.

que Berial (ou Bélial), le prince de ce inonde, descendra de son firmament lors de la fin du monde» sous la forme du roi impie, meurtrier de sa mère. La sainte Eglise lui sera livrée, il pervertira tout et fera tout ce qu'il voudra. On lui sacrifiera, on le nommera Dieu. Tout sera plein de ses prodiges, son image sera érigée dans toutes les villes, et sa domination durera trois ans, sept mois, yingtsept jours. Evidemment nous avons là un parallèle du chapitre xiii de notre apocalypse canonique, et en même temps la preuve que l'on savait encore interpréter le chiffre 666 selon son vrai sens.

En dehors de la littérature apocryphe, les témoignages ne nous manquent pas davantage. Ainsi Yictorin» mort en 303, dont nous avons déji cité le nom, applique aussi à la personne de Néron la description du chapitre xui.

Enfin Gommodien, auteur africain du milieu du troisième siècle, identifie aussi TAntechrist et Néron, celui qui a fait mourir les apôtres Pierre et Paul et qui sort de l'enfer, où il avait été conservé jusqu'à ce jour \

D'ailleurs on aurait tort de croire que cette idée n'est pas sortie de la famille apocalyptique. Elle est encore attestée et souvent partagée par les Pères, tout au moins jusqu'au cinquième siècle. Ainsi Lactance nous en fournit une preuve formelle. « Ce tyran, » dit-iP, en parlant de Néron, « ayant été jeté à bas du trône impérial, dis-

' M. Scberer a publié daas la Remie de Théologie de Straaboorg (i'* série, t. VIII, p. S82 et saiv.) un fort intéressant travail sur l'Apocalypse de 66 CommodJen. Voy. la p. SS7 en preuve de ce que nous avançons.

^ DemortepeneciêUlL <

» parut tout k coup, de sorte qu'on ne put même pas dé- » couvrir le lieu de la sépulture d'une si méchante bêle. » De là vient la folle croyance de quelques-uns qui le » disent conservé vivant dans le lieu où il fut transporté r> et qui s'appuient sur la sibylle disant qu'un meurtrier de y» sa mère viendrait des frontières. Ainsi, ayant été le » premier persécuteur, il serait aussi le dernier et précéy> derait la venue de l'Antéchrist. » Nous voyons ici que la légende néronienne est en train de se dissoudre. D'ailleurs on peut observer qu'après l'action du spiritualisme alexandrin, ce fut la victoire définitive de l'Eglise sur le monde païen qui contribua le plus à enlever leur prestige aux idées apocalyptiques et millénaires. Lactance, précepteur du prince Grispus, fils de Constantin, devait être évidemment des premiers à s'émanciper de ces visions à la fois sombres et splendides, où s'était longtemps complue l'Eglise persécutée. Il ne comprend même plus très-bien la légende, puisqu'il distingue Néron de l'Antéchrist lui-même et ne fait de lui qu'un précurseur du grand ennemi. Mais ce qui démontre assez que cette croyance, tout absurde qu'elle parût aux uns, trouvait encore accès chez bien d'autres, c'est que nous voyons Sulpice'Sévère vers l'an 400 la mentionner encore trèssérieusement. «( On croit, » dit-il ^ « que Nérdn, bien » qu'il se fût percé de son glaive, fut guéri de sa blés- )!> sure, selon ce qui est écrit : Et sa plaie mortelle fut » guérie, et qu'il doit être envoyé lors de la fin des temps » pour accomplir le grand mystère. » — Chrysostome, dans ses Homélies ^, enseigne que l'adversaire, r<2vTi-

* Salp. Sév. II, %9.

3 Chrysost. Hom. ad Thessal, ii, 7 : « Ici Tapâiro veut ÎDdîqaer Néron

xs((uv(K dont il est question dans la seconde épltre aux Thessaloniciens, ch. ii, i, désigne T Antéchrist et que si Tapôtre, au v. 7, parle du mystère d'iniquité se formant déjà, cela indique l'empereur régnant alors, Néron, dans lequel le grand prédicateur voit le type de l'Antéchrist. Mous pouvons constater ici une tentative de conciliation entre la légende populaire et la raison théologique. — Jérôme, dans son commentaire sur le livre de Daniel', reconnaît Antiochus, comme la critique moderne, sous les traits du méchant roi décrit dans ce livre et il explique par le rapport typique d'Antiochus avec TAntechrist l'opinion de beaucoup de chrétiens [multi nostrorum) qui pensent que l'Antéchrist n'estautre que Méron lui-même. — Enfin Augustin clora la liste de nos témoins. Lui aussi nous parle ^ avec un étonnement £acile à concevoir de la croyance encore existante de son temps, d'après laquelle Néron, mort et ressuscité selon les uns, conservé vivant dans un lieu inconnu suivant les autres, reviendrait dans tous les cas à la fin du monde pour jouer le rôle de l'Antéchrist.

La persistance d'une telle croyance pendant plus de quatre siècles, lors même qu'elle ne trouvait plus d'aliments, ni dans les circonstances extérieures, ni dans l'exégèse contemporaine, démontre combien elle dut être répandue et fermement acceptée à l'origine, quand tout concourait à la rendre acceptable.

Nous sommes ainsi en droit d'affirmer que notre ex-

» comme type de rAntechrist. Car loi aussi yoolait se faire passer poar » Dieu. »

< Hieron. Comment, in Dan. xi, S7.

' ▲agnsUn, De Civit. Dei, xx, 19.

plication du fameux chiffre apocalyptique coïncide de la manière la plus exacte avec les croyances générales qui se rattachèrent au nom de Néron et avec les contradictions apparentes du texte canonique qui nous parle avec tant d'insistance de la bête qui était^ qui n'est plus et qui est.

Voyons si cette coïncidence se maintiendra lorsque nous appliquerons notre solution de Ténigme aux autres obscurités du livre.

Le chap. xni nous décrit les efforts sataniques du faux prophète pour faire adorer partout la bête (12-15). A la vérité tousles empereurs eurent leur apothéose après leur mort. Mais Néron se distingua tout particulièrement dans cette recherche des honneurs divins. C'est Tacite qui nous l'atteste au xvMivrede ses Annales, ch. 74. Un sénateur courtisan, Cerialis Anicius, proposa, du vivantmême de Néron, qu'on lui érigeât un temple le pi us tôt possible aux frais du trésor public. C'était selon lui un culte dû k celui qui, ayant dépassé le faite des grandeurs humaines, méritait la vénération des hommes. Cette proposition parut d'autant plus extraordinaire, ajoute l'historien, qu'en règle générale on n*accordait cas honneurs divins aux princes que lorsqu'ils avaient cessé de vivre parmi les hommes. Si le culte des empereurs morts était pour un juif ou pour un chrétien quelque chose de scandaleux au premier chef, quelle impression ne dut pas produire parmi ces rigides monothéistes la nouvelle que Néron voulait se faire adorer vivant I

Au même chapitre, v. 17, il est question de graves embarras auxquels seront condamnés tous ceux qui ne

porteront pas la marque ou le nom de la béte ; ils ne pourront plus ni vendre ni acheter, c est-è-dire qu'ils seront privés des droits les plus nécessaires. L'histoire du droit romain, la politique impériale et précisément celle de Néron nous permettent d'expliquer encore cette énigme.

On distinguait dans l'empire romain le droit de cité romaine, celui par exemple que possédait l'apôtre Paul, le droit latin et enOn le droit provincial. Les citoyens romains ^ protégés par le droit de cité, étaient privilégiés en comparaison de ceux qui étaient régis par les deux autres. Parmi ces derniers, ceux qui vivaient sous le droit latin avaient encore des privilèges sur ceux qui étaient régis par le droit provincial. Aussi voit-on les empereurs accorder, soit par bienveillance, soit à titre de récompense, le droit de cité romaine à des villes ou à des districts où le droit provincial était seul en vigueur. En général les empereurs, qui durent longtemps se défier du ferment républicain, se montrèrent plus prodigues de cette extension des privilèges civils que les partisans des vieilles institutions ne Toussent voulu, et depuis Auguste, qui, tout en affichant le dessein d'arrêter cette vulgarisation du droit de cité, augmenta beaucoup le nombre des citoyens, il y eut progression marquée dans le sens de l'égalité devant la loi de tous les sujets de l'empire. Galba, le candidat de l'aristocratie soulevée contre Néron et qui , selon Suétone, fut relativement avare de l'octroi du droit de cité, l'accorda pourtant à certaines populations espagnoles et gauloises. Mais'Néron avait, avant lui, gratifié des provinces entières, comme l'Achaie, de ce droit de cité romaine; il en avait été toujours très-

prodigue» et il était naturel de penser — probablement même cela faisait partie du programme des faux Nérons, — que lors de son retour agressif contre Rome et les vieux Romains, sesennemis, il récompenserait de cette manière toutes les provinces qui Taideraient dans l'accoraplissement de ses vengeances. Cette universalité du droit de cité, qui fut longtemps le but de la politique impériale» fut enfin réalisée sous Caracalla ' .

Hais on doit concevoir que ce qui était considéré comme une grande faveur par l'immense majorité des provinciaux, fût regardé d'avance avec effroi par ceux qui, comme l'auteur de TApocalypse, voyaient dans Rome et l'empire romain la puissance du diable et de l'Antéchrist. Us préféraient sans doute le droit provincial qui, malgré les charges quil entraînait, séparait du moins ceux qu'il régissait d'une complète identité avec les sujets de la bête» à un état de choses où toutes les transactions, même les plus simples, porteraient le sceau du pouvoir satanique.

Autres éclaircissements. Le chap. xvi, au v. 12, nous dit qu'un ange tarit l'Euphrate pour frayer le chemin aux rois qui doivent venir de l'Orient et combattre aux côtés de la bête (comp. ix, 14). Il est facile de rapprocher cette indication des passages que nous avons cités plus haut, où les bords de l'Euphrate sont constamment désignés comme le lieu de refuge des faux Nérons, d'où les Antechrists reviennent, et qui nous montrent les rois

1 Comp. sar cette histoire da droit romaio , Toarrage spécial de J.-6. Heinecdus , Antiquitatum Rùmanarum jurisprudentiam tUusInmtium synUigma, rern et annoté par Haabold et Muhlenbruch. Francfort, I8U.

parthes généralement très-disposés à soutenir les prétentions de ces imposteurs.

La bête apocalyptique compte sept têtes et dix cornes (xin, 1 ; XVII, 3, 7). Nous savons ce que signifient les sept tètes. Raste à savoir ce que représentent les dix cornes.

Nous savons (xvii, 12) que ce sont aussi dix rois, qu'ils n'ont pas encore régné, mais qu'ils recevront en même temps le pouvoir et qu'ils en feront usage pour servir les intérêts de la bête (v. 14). L'imitation de Daniel vu, 24, est évidente : les dix cornes sont dix rois qui s'élèveront de ce royaume, et dans cet endroit l'apocalypse juive fait allusion au démembrement de l'empire d'Alexandre après la mort de ce conquérant. Il est donc à présumer que Jean considère ses dix rois comme devant surgir du sein de l'empire romain, sans toutefois que nous soyons tenus de retrouver ici un nombre exact et confirmé par rbistoire, car il s'agit de l'avenir et non du passé. Peutêtre l'auteur comptait-il un même nombre de nationalités englobées dans le vaste empire ^ Il ne faut pas confondre les dix rois venant de la bête avec les rois d'Orient dont il était question tout à l'heure. Au ch. xvi, 14, le prophète parle des rois du inonde entier qui doivent combattre contre Dieu. Il réunit sous cette expression générale les rois d'Orient et les rois de la bête. Chose étonnante I ceux-ci baissent et détruisent cette prostituée que portait la bête dont ils sont sortis. — Dans notre explication tout cela est naturel. Au momedt de la mort de Néron, c'est-à-dire à la date que nous assignons à l'A-

^ On peat en eiTet supposer qoMl se représentait l'empire comme se divisant en Espagne, Gaoie, Germanid, Italie, Grèce, Asie, Syrie, Palestine, Égypie, Afrique.

pocalypse, l'empire fut menacé d'une dissolution totale. La chute de Néron fut précédée de la révolte de Yindex dans les Gaules. Immédiatement après on apprit le pronundamento de Galba en Espagne. En Afrique, en C^rmanie, en Moasie, en Judée^ en Asie, les légions se donnaient tous les jours le plaisir de proclamer un nouvel empereur. Tacite le dit à sa manière, concise et profonde ' : (c Le secret était divulgué : les légions et leurs chefs D savaient désormais qu'on pouvait faire un prince » ailleurs qu*à Rome.» Ailleurs encore^, en parlant du consulat de Galba et de Vinius, le même écrivain nous dit que « cette année fut la dernière de leur » vie et presque celle de l'Etat, d II fallut toute l'énei^ie sévère de Yespasien pour resserrer les liens distendus de l'empire qui semblait s'affaisser sur lui-même. Certes un homme, aussi attentif que l'auteur de l'Apocalypse k tout ce que les temps pouvaient lui fournir de signes, devait être frappé au plus haut degré d'un pareil état de choses. On sait avec quelle rapidité relative les nouvelles se transmettaient alors dans l'empire romain '. L'auteur de l'Apocalypse put donc se persuader aisément que les provinces se soulèveraient , que chacune d'elles se donnerait un chef et que ces chefs se ligueraient avec Néron de retour pour se venger de l'ancienne cité-reine. C'est ainsi que s'expliquent les sentiments de haine furieuse qui leur sont attribués xvii, 16:

> Tacile, Hist., i, 4.

> Ibid» I, li : Annus sibi ultimus, REiPUBUCiC prope supremus.

s Ainsi Galba monta sur le trône en juin 68, et cet événement était connu en Egypte le 0 juillet. Voy. Rhein. Mwœam fur Phihl. und Gtsch. de Niebohr et Brandis, vol. Il, p. 68.

Et les dix cornes que tu as vues et la béte, ce sont les ennemis de la prostituée, ils la feront nue et déserte, ils mangeront ses chairs et la brûleront au feu.

L'un des avantages marqués de notre explication consiste dans la précision avec laquelle elle nous permet de donner une date à l'Apocalypse. Sur ce point encore la tradition a fait longtemps fausse route. Sur la foi d'Iré* née \ on a longtemps supposé qu'elle avait été écrite vers la 6n du règne de Domitien par Tapôtre Jean. L'on peut juger de la valeur de cette tradition par le livre luimême dont l'auteur ne s'attend pas à ce quQ le temple de Jérusalem soit entièrement détruit. A cette tradition se rattache la légende du martyre de l'apôtre Jean à Rome. Il aurait été plongé dans l'huile bouillante» en serait sorlî sain et sauf et aurait ensuite été déporté à Pathmos. Cette tradition, très-incohérente quand on remonte aux sources» est à peu près unanimement rejetée aujourd'hui. Pour nous, nous pouvons affirmer que l'Apocalypse fut écrite entre l'époque de la mort de Néron et celle de la destruction du temple de Jérusalem. Car les cinq premiers empereurs sont tombés» l'auteur écrit donc sous le sixième et ne parait pas prévoir la brusque succession de Galba» Othon» Vitellius etVespasien. C'est d'ailleurs le moment précis où la situation politique de l'empire correspond le mieux avec ses espérances et ses craintes. Ce qui se passait en Judée devait surexciter son patriotisme et enflammer sa haine contre Rome. Ce fut sotts Galba que Vespasien» ayant étouffé l'insurrection

> Irunëe» Àdv, Hcer. V, 30; comp. Easèbe, Hist. ecd. ni, 18.

juive dans toute la Palestine, vint mettre le siège devant Jérusalem '.

On ne pourrait avancer contre cette estimation qu'un doute fondé sur une ambiguité de l'histoire romaine. Faut-il compter les sept empereurs à partir d'Auguste ou de César? Sans doute Auguste fut le premier qui porta le titre d'empereur avec les attributs de la monarchie, mais César eut en fait toute la réalité du pouvoir. A cela nous répondrons d'abord que, dans l'incertitude suppoposée, l'impossibilité manifeste de s'arrêter à Claude nous force d'admettre que Néron est le cinquième empereur dans le calcul apocalyptique; mais aussi que l'ère de la monarchie impériale ne commence réellement qu'avec Auguste. La dictature de César fut suivie d'un essai de retour k la république, d'un triumvirat, et le principal ne fut constitué déûnitivement, comme magistrature suprême et permanente, qu'après la bataille d'Aotium. C'est ainsi que Tacite envisage les choses. Dès les premières lignes de ses HisloireSy il déclare qu'après cette bataille l'intérêt de la paix exigea la concentration du pouvoir dans une seule main. Le premier paragraphe des Annales est surtout remarquable par la précision avec laquelle cet historien déQnit la nature des divers régimes auxquels Rome fut tour à tour soumise et dont il trace une rapide revue : « Au commencement des rois possédèrent la ville de )» Rome; puis L. Brutus établit la liberté et le consulat, m Des dictatures temporaires furent quelquefois consti- » tuées; le pouvoir des décemvirs ne devait pas dépasser

1 Tacite, HisU l\, 4.

» les deux ans, ni le droit consulaire des tribuns mili- » taîres se prolonger beaucoup. La domination de Cinna» » non plus que celle de Sy lia, ne fut très-longue; le pouvatr > (potentia) de Pompée et de Crassus passa vite entre les » mains de César; les armes de Lépide et d'Antoine » dans celles d'Auguste, et celui-ci reçut enfin comme 1» prince Yempire du monde fatigué des discordes ci- » viles. D Dans l'esprit de Tacite, César n'eut que le pouvoir de fait^ la potentia, Auguste seul eut Vimperium. La tranquillité profonde et prolongée du monde romain après le triomphe incontesté d'Auguste, succédant aux guerres civiles qui l'avaient longtemps et tout récemment encore ensanglanté, justifiait amplement ce point de vue. Le peuple le partageait lui-même. Dans ses adulations pour Othon, il le compare au dictateur César et à l'empereur Auguste '. L'historien Florus (sous Trajan) reproduit la même division de l'histoire romaine, faisant aussi dater d'Auguste la dernière période de l'empire ^. Plus loin ' il observe « qu'après le double meur- » tre de Pompée et de César le peuple romain semblait » revenu è l'état de l'ancienne liberté. r> Zonaras * apprécie les choses de la même manière, et enfin ce point de vue est confirmé par la coutume qui n'attribuait le rang et la majesté d'un empereur qu'aux princes qui au titre de César ajoutaient celui d'Auguste. — Ceci soit dit, quant è l'opinion généralement répandue dans l'empire romain. Quant à l'auteur palestin de l'Apocalypse,

> Tadte, Hist, l, 00.

^ Flonis I, Prolog.

» Ibid. IV, 3.

4 Zonaras, Ann. x, 3S.

— ii6 —

les raisons ne lui manquaient pas pour faire d^ Auguste plutôt que de César le commencement du règne de Satan. César n'était intervenu qu'assez indirectement dans les affaires de la nation juive et, d'après Josèphe, on pourrait croire que la mémoire du fameux conquérant n'était pas précisément détestée des Juifs. Ils avaient bien d'autres griefs contre Pompée qui avait emporté le temple d'assaut. César, au contraire, reconnaissant des services qu'Antipater et l'armée juive lui avaient rendus dans sa guerre contre son rival, se montra bienveillant pour eux, autorisa la reconstruction des murs de Jérusalem et respecta l'autonomie de la nation '. En revanche Auguste fut l'allié et le soutien de la dynastie impopulaire des Hérodes. A partir de son règne l'indépendance nationale fut de plus en plus menacée. Ce fut lui qui, ayant déposé Archelaùs, mit la Judée proprement dite sous la juridiction immédiate des procurateurs. Sous Tibère les Juifs furent chassés de Rome, Pilale blessa profondément leurs préjugés et leurs croyances en faisant entrer dans Jérusalem des drapeaux portant l'image de l'empereur, et en voulant affecter l'argent du temple à des travaux d'utilité matérielle. C'est lui aussi ,c'estPilate qui prononce le mot déQnitif, en suite duquel le Saint et le Juste est mis è mort conformément h la loi romaine. Caligula veut que sa statue soit érigée dans le temple de Sion . Claude chasse une seconde fois de Rome les juifs et très-probablement les chrétiens avec eux. Sous son règne d'affreux massacres ont lieu en Judée, préludes de l'insurrection générale. Néron clôt la liste. Nous voyons ainsi que l'auteur

1 Josèphe, ArU. Jud. xvf.

de TApocalypse, en sa double qualité de juif et de chrétien 9 devait rattacher à Auguste Tère de Toppositioii satanique au règue de Dieu, opposition dont il croyait voir, au moment où il écrivait, les efforts suprêmes et la concentration désespérée.

La légende néronienne est incontestable historiquement. Elle coïncide étroitement avec les prédictions apocalyptiques. Mais comment expliquer son origine et sa formation 7

Il ne suffit pas d'en appeler, comme on s est contenté de le faire jusqu'à présent, à des croyances populaires analogues. Il est très-vrai qu'en général la multitude a de la peine à croire à la mort réelle d'un homme dont le nom Ta fascinée d'une manière quelconque, surtout quand cet homme a des ennemis qu'elle déteste et s'est fait le défenseur d'une cause qu'elle aime. Selon la tradition juive, Elie n'est pas-mort. Il doit revenir avec Holse, qui n'est pas mort non plus, pour préparer les hommes, à la venue du Messie ^ Au moyen âge Frédéric Barberousse, de nos jours encore l'empereur Napoléon I*' ont été l'objet d'une croyance semblable. Sans doute ces faits, auxquels on en pourrait ajouter beaucoup d'autres, démontrent la possibilité de pareilles légendes, mais ils n'expliquent pas comment Néron a pu devenir le héros de l'une d'elles. Dans les exemples qu'on allègue, il s'agit toujours d'hommes qui ont padé haut à

' Cette croyance rabbiniqae se relroave dans l'Apocalypse Tii, 3. Les deax témoins anonymes, qui doivent prophétiser pendant les trois ans et demi déterminés, sont évidemment ces deaz héros de l'Histoire Sainte, Comp, V. 6.

la conscience des peuples ou à leur enthousiasme, di^ paraissant avec une auréole de sainteté idéale ou de gloire éblouissante. Mais Néron I

Selon nous, sa' légende s explique par la combinaison de plusieurs circonstances que nous allons retracer aussi brièyement et aussi complètement que possible.

D'abord Néron lui-même, par ses manières d'agir, par certains projets qu'il parait avoir caressés, en doit être la première cause. Cet ignoble personnage aimait À se donner les apparences d'un être fantastique et mystérieux. Au rapport de Tacite ', il agitait TOrient et surtout TEgypte par des menées secrètes, vers l'époque de son voyage en Grèce. Il cherchait toujours À se faire bien voir des Parthes. Lorsque la révolte de Galba eut pris des proportions menaçantes, il eut un moment l'idée de se réfugier chez eux, puis celle d'aller trouver Galba et de se faire donner par lui la préfecture de l'Egypte ^. Il semble que sa préoccupation principale ait été de se ménager une retraite et des amis en Orient, et nous en pouvons aisément discerner le motif. A Rome, à cette époque, les devins^ magiciens, astrologues de l'Orient jouissaient d'un grand crédit, bien qu'à chaque instant chasséspar l'autorité civile *. Âgrippineles avait consultés sur l'avenir de son (ils. Ils se trouvèrent mêlés aux intrigues qui eurent pour conséquence le mariage de Néron avec Poppœa ^ Celle-ci, d'après Josèphe, avait de l'inclination pour le judaïsme, et cette assertion est indirecte-

^ Tacite, Ann. xv, 36.

^ Suétoae, NerOy 47.

3 Valère Maxime, i, 3. —Tacite, Hist, I, %t.

* Tacite, Ann, xiv, 9. HisL*l, i2.

& Josèphe, Antiq. Jud, \x, 8.

ment confirmée par Tacite, qui nous apprend que cette princesse ne voulut pas être brûlée après sa mort selon la coatume romaine et fut déposée dans le tombeau de la famille Julienne après avoir été embaumée \ Néron lui-même, superstitieux et impie tout à la fois, comme cela arrive si souvent, avait eu recours k Tart de ces astrologues d'Orient. Suétone prétend qu'ils lui avaient prédit sa chute du trône , mais en lui promettant un retour glorieux, ceux-ci la possession du royaume de Jérusalem^ ceux-là le rétablissement complet de ses affaires, et plusieurs petits faits tendent à démontrer que Néron prenait ces prédictions tout à fait au sérieux ^. Il croyait aveuglément à son étoile, et c est même la seule chose qui explique pourquoi il négligea les plus vulgaires mesures de précaution lors du soulèvement des Gaules et d'Espagne. Il est facile de s'assurer que la résistance lui eût été très facile. <x Néron fut jeté à bas du trône, » dit Tacite ', « bien plus par des bruits et des rumeurs » que par les armes. » <x Les troupes en garnison à Rome, » ditril ailleurs ^, « attachées aux Césars depuis si long- ]> temps, furent amenées à proclamer la déchéance de » Néron par artifice, par entraînement, bien plutôt que » par leur propre inclination. » Tout nous autorise donc à penser que Néron lui-même donna lieu plus d'une fois de croire que sa chute et sa disparition seraient suivies d'un retour glorieux et terrible, et ce n'est pas une des moins curieuses particularités du point d'histoire que nous traitons en ce moment, que cette participation

1 Tacite, Ànn. vn, 6.

' SaétoDe, Nero, 34, 36, 40.

s Tacite, HisU l, 89.

« i6td., tt.

dtt monatrueia lyrao aux espérances messianiques qui refluaient de TOrienl sur rOccident. Ce n'est pas seulement l'auteur de l'Apocalypse qui fait entrer Néron dans le grand drame messianique. Néron lui-même prétendit certainement y jouer son rôle et même s'y réserver le râle principal *.

Ajoutons qae la deslinée de ce démoniaque voulul au' il lût aiijissi populaire que délesté. Expliquons-nous. U lut Abhorré {lar toul oe qu'il y avait de supérieur, dans

i U D' Iteur, é^ TabingM, émn «o Iravait intM étns 1m dvmeâm J%éohgifi$m (iS59, UI), voit 4aot ces nuUhématicieas qai meUaieot «a serfîce de Néron leur art divinatoire et leurs idées orientales, le fanx propkédsiM 4écrH dans rApMin»e UH, lâ-iJT. — Pemt4lfe Ciadrai^ii. i'nn oftté, élatgir da.vanUge l'idée du pseudo-prophétisme et comprendre 80Q8 le symbole de la seconde bête, « qai avait deux cornes comme rAgnean (Jéftw^Sbrist^, «ait pariait loniMie le Dragon <le Diidite). » 4oi« ce q«i««i- Iribuait è prqpager le coite et le pouvoir tyranniqne de la première. De feutre côté, il est i présumer que cette puissance sauoiqoe, afliée et smi- 6on.ée4e fMemiire, a*eat «»« i«ii«id«aliaée dens la vision ptyiiéuqpeiet a pris aussi un nom d*homme. Ce qui est ceruin, c*est qu'elle s'appelle dé- •ori&Ais le faux FrophéU txvi, iS ; mx, tO). Quel fut son nom â*liomniet tfpns n'^iten» tien laCtifiner en l'abaenee jd'indioatieiis préciaes. T#«itefeîs Vhypothèse qui Terrait Simon le Magicien sous les traits du faux prophète serait-elle si hasardée^ Le livre des ilctes (tid, 9-94) nons dorme irae idée deiee penoon«^ ^ni Mdce aaseï liien «vee la Aascciption 4e 1* Apocalypse. Il se disait revêtu de la tonte-puissance de Dieu et tenait toute la Samarie «nos le piestige èe tes enebeiitemenu. lean (que nous croyons raoleor de ]*Apo<»lypf») fut avec Pierre le témoin des prétenlions impiea el dea désirs enpides du Magicien. De plus Torigine et le lieu d'apparition de ce Simon eei»t«n rapport avec le cadre que le Voyimt de Pathmes ai«eigve liii-iiième k aea visions. C'est déb<n4 sur leiabkde la mer (xu, 16) qu'il voit monter les deux bètes dont Tune, l'empire, vient de la mer (xiiii), tandis que la se- «Dede (xtll» H ) vient 4% la ierre, La premièpe vient donc de rOccident, la leconde de l'Orient. Blaintenant la tradition, mélangée sans doute d'une masse d'étcraents fabuleux qui la rendent à peu près irréductible è la réalilé kiitorîqtte, le fait aller ft Bone «an JKéren et dépkyyer sea Uleols nagiqaca aouf les yeux de cet empereur. Le système qu'elle lui attribue est une sorte de syncrétisme qui légitimait, en les expliquant allégoriquement, les idolâtries dn paganisme. 11 anrait donc pu plaider la cause de la Ba$iléQldtrie on culte dea empereurs. Enfin les prodiges attribués an faux prophète dans l'Apocalypse ne sont pas sans rapport avec ceux que la légtâde attribue à Simon (Clim. Becogn, lil, 57).

Teinpire, soit par la naissanco, fioit par rwtolUgea09« soit par la joioralité. Les chrétiexis, qu'il avait atroaeiaaiit persécuté^ durent r^arder sa mort comum nu da 4$m bieuraiU auxquels on a de la peine à croire, tant Ja dé^ sillusion serait cruelle. Quant aux paiens, les familles consulaires et sénatoriales^ tous ceux qui avaient conservé ne fùt-oe qu'une ombre des antiques vjertas romaines, les philosophes et les poëtes« les épouses et les mères» ne pouvaient voir qu'un monstre hîdMx dans cet être qui poussait le crime jusqn'an colossal, assassin de son frère, de sa mère^ de ses femmes. Le nom de Sféron ne se présentait à leur imagination qu'accolé à ceJui d'igrippine» dont il avait percé le flanc et outragé la nudité, et de Po{^iiea «^ fat seule femme qu'il ait aimée, dit Suétone c. 35 — et qu'il tua d'un coup de pied au retour d'une orgie. Senèfue, Lucain, finrrhus, une foule de personnages distingués perdirent la vie sous la terreux néronienne. Pour y faire diversion, pour contenter son goût pour les rues larges et bien percées;, il fit mettre le feu aux deux tiers de sa capitale» sans égard aux glorieux souvenirs qui en peuplaient les anciennes rues et en illustraient les vieax carrefours, JNous ne parlons pas de 5es mœurs. Elles dépassent ce que Timaginalion la plus dépravée peut réver^ et il ne se cachait guère. Le Champ-de-Mars vit plus d'une fois celui qui commandait au monde et au peuple romain se vautrer dans les plus crapuleuses débauches en compagnie des courtisanes de la ville entière ^ ; et ce ne fut que le commencement. Tacite et

Saétone nous révèlent là-dessus des choses qui ne se conçoivent pas et se citent encore moins. En un mot, si jamais homme concentra et personnifia le mal de manière à en atteindre l'idéal, à devenir le type achevé du genre tyran, ce fut Néron',

Eh bieni ce monstre fut populaire. Du moins la vile multitude l'aima et le regretta heaucoup. Gela peut sembler étrange, mais cela est. Les mêmes historiens qui nous parlent de Néron avec toute l'horreur qu'il leur inspire sont forcés d'en convenir. Le fait est que Galba, qui re* présentait le vieil élément patricien en réaction contre un despotisme devenu insupportable, fut très-peu goûté du peuple de Rome *. Le fait est qu'Othon espéra se concilier la &veur populaire par les honneurs qu'il rendit à la mémoire de Néron '. Le fait est que Vitellius adopta la même tactique et s'ingénia à faire comprendre au peuple qu'il prendrait Néron pour modèle *. L'admirable tableau que fait Tacite de la situation de Rome, au moment où arrive la nouvelle de la mort de Néron, est, à lui seul, toute une révélation : *

« Les sénateurs joyeux s'emparèrent aussitôt de la » liberté reconquise, et même avec moins de prudence » que ne l'eût exigé l'absence du nouveau prince. Les

* Le mosée do Loutre possède an buste en marbre de Néron. C*est bien le regard sombre et la chevelure épaisse dont parle Tacite. Le type fondamental de la ftgnre n*est pas laid, et même au premier abord il rappelle les traits caractéristiques de la famille Julienne. Mais ces traits sont exagérés et bouffis. Un cou de taureau, un embonpoint précoce, le menton osseux et proéminent, la bouche fortement fermée^ les sourcils très-convergents et le front bas donnent k cette Ggure quelque chose de vraiment bestial.

) Suétone, Galba, IS-15.

s Saétone, Otho, 7. Tacite, Hiit. i, 78.

« Saétone, ViUUiui, il.

» chevaliers de baat rang étaient presque aussi contents » que les sénateurs. La partie honnête du peuple, les fa- » milles se rattachant aux grandes maisons, les clients et » les affranchis de ceux que le règne précédent avait con- » damnés ou bannis, étaient pleins d'espoir. Mais la vile » plèbe, accoutumée aux cirques et aux théâtres, les es- » claves de la pire espèce ou ceux que Néron soutenait » avec les richesses qu'il avait confisquées, étaient » tristes et avides de rumeurs ^ mcesti et rumarum avidi. ' i» Il est facile de voir que plus on descend l'échelle sociale, moins la joie de le savoir mort est grande. D'ailleurs la populace eût été bien ingrate, s'il en eût été autrement. Quel empereur avait jamais si bien amusé le peuple-roi ^7 Qui lui avait plus largement prodigué les jeux, les réjouissances, les dons en argent et en nature '? N'avait-il pas chaudement épousé les préjugés de la multitude contre la secte dangereuse et haïssable des chrétiens ^7 Et qu'importaient & cette classe, alors si nombreuse dans Rome d^énérée, les inf&mes débauches de rempereur7 C'était li précisément qu'elle trouvait le mieux son compte. Les

I Tadte, Hitt. i, 4.

* Tacite, Ann, xiv, ÎO. Soétone^ iVero, 93.

' Suétone, Nero, 10, 11, 33, 30. Tac, Ann. xv, 44.

* Ce qae ces pr^jagés devaient être daos la multitude ignoranle. on peut le coDceToir d*apràs ceux qa*uo Tacite nourrit contre les chrétiens. Lei terribles raffinements de cruauté qui signalèrent la persécution néronienue lai arrachent i peine qaelqaes accents de pitié pour les malheureux quMl sait innocents du crime qui leur est imputé, mais qui n*en sont pas moins à ses 7eux des coupables méritant le dernier supplice, comme leur foi est pour lui une superstition pernicieuse, eonliabilis superstitio. Quant h Suétone, il noge tout naïvement la persécution contre les chrétiens parmi les bonnes aclioDs de Néron. Pour lui les chrétiens sont une a race de gens adonnée à > nne superstition nouvelle et malfaisante. » En un mot, ce serait k n*y rien MiBprendre si de nos jours, en pleine Europe du xix* siècle, on n*avait pas ▼0 des gens fort capables montrer an moins autant d'ignorance quant aux sffaires protestantes.

tètes qui tombaient ne sortaient pas de ses rangs. La plèbe n'avait aucun souci de la terreur qui p^ait sur les hautes familles. Qui sait même si ce ne fut pas le premier titre de Néron à la popularité?'

En effet, malgré le silence que gardent sur ce point les historiens les pins rapprochés de lui, on peut s'assurer que Néron fiit de ces tyrans qui gouvernent en écrasant systématiquement Télite de la société, dont ils redoutent les lumières, la censure, Tinfluence, mais en flattant d'autant plus les appétits et les rancunes du vulgaire. La conjuration qui faillit précipiter sa chute et s'ourdit peu après le grand incendie, était formée près* que uniquement par des patriciens '. Le corps sénatorial, fut surtout Tobjet de sa malveillance. On alla jusqu'à lui attribuer le dessein de supprimer cet ordre de l'État, dernier débris des institutions républicaines, palladium inviolable de la patrie romaine '.

En résumé, autant les uns désiraient sa mort, autant les autres la redoutaient. De là à concevoir des doutes sur la réalité de cette mort, pour peu que l'événement s'y prêtât, il n'y avait pas loin. Or les circonstances qui entourèrent sa dernière heure restèrent longtemps mystérieuses. Trois ou quatre témoins au plus assistèrent à son dernier soupir. D'après son vœu formel, son corps fut brûlé tout entier, et le grand public n'eut jamais la preuve matérielle de sa mort ^.

Rappelons-nous enfin que la connaissance des espé-

< Tacite, Ann, xv, 48-60.

^ SaétODe, Nero, 37.

* Trois, suivant DioD Chrysostome, Orai., vol. Il, p. 484 et saiv., éd. Reiske ; quatre, selon Saétooe, Nero, 40.

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ranoes mMritfnîqueff des Juifd était alors très-répttiidoev colfiortétt qu'elles étaient en tous lieux par les eolodies israélite? qui les semaicffit autour de leur» conypvoirs ei dé leurs sryuagogues. Suétone et Tacite en fonlmeotion ^ Tesrpasien en sait tirer parti pour affermir son powveîy ^ C'est pourquoi la légende néronienne, même dans Tes»prit de la multitude puSenne, apposa toujours son héf os retiré en Orient. Il esf probable que Tidée d'une résurrection de Néron, réettemrent mort, fut, au contraire, d'origine chrétienne. Toutefois, il n'y a rien d^impossîble à ce que eetle idée ait été également partagée par les païens. En tout cas, les deux manières de voir se soutinrent et s'alimentèrent mutuellement. II est remar^ qusbie que ce soit de préférence en Grèce et en Asie^ c'esf-è-dtre dans tes deux provinces oh il y avait le plus de chrétiens, que la nouvelle se répand le plus aisément que Néron vit encore et va revenir:

Tout est étrange dans cette histoire. II n'est pas jus^qu^i la manière dont on est parvenu de nos jours h trouver le Vrai mot de l'Apocalypse qui n'ait aussi sés côtés très-piquants.

Ce n'est pas seulement d'hier que le soupçon d*an rapport quelconque de JNéron avec rAntechrist des premiers chrétiens s'est élevé dans l'esprit des critiques protestants. En 1781 un théologien de Zurich, Corrodi, commença dans son Histoire du Chiliasme h tourner Tat-

* Suél. Ve8pa$ien, 4. Tacite, Hist. 1, H). De plus il c'est pas à dénier que les Mages oo Mathématiciens dont nous avons parlé se servirent souvent et aillears qu'à la coor de cette mystérieuse attente comme d*nn thème à prédictions.

^ Tadte, Hitt. ii, 78 ; Saétone, Vespasien, i.

tentioD de ce côté. En 1791^ )e célèbre Eichhorn, reconnaissait également ces rapports» mais il crut simplement è une image poétique, à une allégorie. En 1820, le D' Bleek, dans le travail que nofus avons cité plus haut au sujet des Sibylles, jeta un grand jour sur la question en général, en relevant le fait que nombre de passa • ges des livres sibyllins identifiaient complètement T Antéchrist et Néron. Mais ce fut seulement en 1828, que le D' Ewald, qui commençaitalors la série des travaux qui l'ont élevé au premier rang des orientalistes de notre siècle, chercha dans son commentaire sur l'Apocalypse à tirer parti du nombre de la bête pour appuyer ce point de vue. Il ne réussit qu'à demi , tâchant de rendre préférable la variante 616 et y trouvant les deux mots César de Rome. Toutefois les deux éléments de la découverte étaient conquis, savoir : l'alphabet hébreu comme base du calcul ghématriqM et la personne de Néron comme objet de la description prophétique. Le véritable calcul fut enfin découvert en 1831 par le professeur Fritszche à Rostock. Malheureusement il le publia dans une revue théologique dont la publicité était fort restreinte ^ et il n'obtint qu'une attention médiocre. On peut même dire que cette découverte avait passé inaperçue, lorsque dans les années 1836 et 1837 la curiosité du public théologique en Allemagne fut vivement attirée par une discussion entamée entre deux écrivains, MM. Hitzig, de Zurich, et F. Benary, de Berlin. Celui-ci avait donné notre explication du chiffre 666 dans le Journal de Théologie spéculative dirigé par M. Bruno Bauer et avait fait valoir

> Ànnalsn d. ffuamm. theol. Uier, I. B. Ifl^ H. i, p. 60.

ringénieuse confirmation qu'on peut lui donner en 1« rapprochant, comme nous Ta vous fait, de la yariante 616. Alors M. Hilzig se plaignit de ce que M. Benary eût présente comme sienne une découverte dont lui, Hitzig, ré* clamait le brevet d'invention. Il prétendit qu'un candidat en théologie, assistant aux leçons qu'il donnait à Zurich en 1836 sur l'Apocalypse, avait recueilli son explication et l'avait transmise h M. Benary, lequel aurait eu le tort de s'en approprier le mérite. Ce dernier riposta vertement, d'abord dans le même recueil de Bruno Bauer où il avait inséré l'explication, puis dans la Gautte littéraire de Balle. Un troisième savant vint mettre d'accord les parties divisées. Ce fut M le professeur Reuss, de Strasbourg, qui adressa à la même Gazette (septembre 1837, n"" 62) nne réclamation de laquelle il résultait que déjà en 1835, c'est-à-dire antérieurement aux cours et aux articles précités, il avait deviné l'énigme, avait fait usage de sa découverte dans un cours public et l'avait communiquée au docteur Lùcke.

En réalité ces habiles critiques avaient trouvé à peu près en même temps, dans une indépendance réciproque, le mot que tant d'indices antérieurs dénonçaient déjà. Et ce curieux débat nous fournira notre dernier argument. Car ce n'est pas une mince preuve de la vérité de notre explication que cette simultanéité avec laquelle quatre savants contemporains, travaillant chacun de son côté, arrivent au même résultat et sont frappés de la même éridence.

Jusqu'à présent nous avons laissé la parole à la critique seule. Nous n'avons pas une seule fois fait inter-

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