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DES LIVRES DIVINS

La plupart dos religions sont basées sur des livres sacrés dont Dieu lui-même serait l'auteur, et qui, grâce à cette origine surna turelle, sont considérés comme contenant la vérité absolue et immuable, prescrivant à l'homme ce qu'il doit croire et pratiquer. Pour attribuer ainsi à un écrit une autorité souveraine et indiscutable, il faut des motifs de la plus haute gravité; on ne doit pas soumettre sa raison, sans s'être assuré que c'est bien à Dieu qu'on obéit, et qu'on possède l'expression authentique de ses volontés. On devrait donc, au préalable, s'enquérir de la manière dont le livre a été composé, par quels procédés il a été mis au jour, par quels intermédiaires il nous a été transmis, et quels signes éclatants ont manifesté l'action divine. Chose étrange ! Les croyants ne s'occupent de rien de tout cela. Ils avouent, à l'égard de certains livres, qu'on ne sait ni à quelle époque, ni par qui ils ont été écrits. Pour d'autres, ils en indiquent les auteurs, mais sans pouvoir donner à cet égard la justification suffisante. Enfin ils ne font aucune difficulté de reconnaître que tous ces ouvrages ont été composés par les procédés habituels, c'est-à-dire qu'un certain homme a pris la plume ou le stylet, a écrit comme tout le monde; ils admettent que c'est Dieu qui conduisait miraculeusement sa main, mais sans qu'aucune marque extérieure dénotât cette opération surnaturelle. Mais si, dans la composition des livres prétendus divins, tout s'est passé comme quand il s'agit d'un livre ordinaire, il est évident que nous n'avons aucun motif pour suj^poser une intervention divine. La plupart des auteurs de ces livres ne paraissent pas le moins du monde se douter qu'ils soient les scribes, les instruments passifs de la divinité, et pas un mot de leurs écrits n'autorise à leur attribuer une semblable opinion. Quand même ils se seraient crus ou se seraient dits ins])irés, ce ne serait pas là une preuve de la réalité derins})iration. Un écrivain enthousiaste peut s'attribuer, sans juste raison, une inspiration divine; bien des fous se sont regardés comme des inter[)rêtcs

de Dieu; des fourbes peuvent frauduleusement se donner une telle mission. L'opinion que ces auteurs pouvaient avoir d'un commerce avec la divinité^ n'a donc aucun poids, et il faut chercher ailleurs les motifs qui ont pu servir à proclamer certains livres œuvre divine. Ces motifs, on les chercherait en vain dans des considérations sérieuses. Les clergés ayant tout intérêt à s'appuyer sur des manifestations divines qui consacrent et légitiment leur autorité, ont dû chercher des titres qui les accréditent comme représentants de Dieu. Des livres attribués à des personnages d'une sainteté éminente ont d'abord été invoqués comme les guides les plus sûrs en matière do foi; puis le caractère de ces livres a grandi de plus en plus, et l'on a fini par les considérer comme dictés par Dieu même. Ce mouvement a été produit par l'enseignement ii-réfléchi, par la piété ardente, par le mysticisme qui ne raisonne pas et qui même a horreur de la logique, et enfin par le concours des prêtres qui ont dû favoriser tout ce qui fortifiait leurs prérogatives. Une fois l'habitude prise, les croyances se transmettent; les élèves répètent servilement ce qu'ils ont entendu dire, vénèrent ce qu'on leur a appris à vénérer, et admettent, sans savoir pourquoi, la divinité des livres saints. L'homme de bon sens ne peut plier devant une routine aveugle ; il réfléchit^ il examine, il interpelle l'Église et la somme de déduire les motifs de son affirmation sur la nature supérieure de ces écrits privilégiés. Les représentants de l'Église sont fort embarrassés : ils n'osent dire qu'ils croyent parce qu'ils croyent, et c'est cependant là le fond de leur pensée; ils balbutient, ils se troublent, ils éludent autant qu'ils peuvent; enfin, forcés dans leurs derniers retranchements, ils se décident à répondre d'une manière telle quelle.

Les catholiques se bornent à invoquer l'autorité infaillible de l'Église qui, en vertu des pouvoirs qu'elle fient de Dieu, a fait le triage des livres sacrés, a dressé la liste de ceux qui viennent de Dieu, et a mis au rebut les apocryphes auxquels le caractère divin a été faussement attribué. « Je ne croirais pas à l'Évangile, dit saint Augusfin, si l'Église ne m'en faisait une loi (1). »

iSlais l'autorité de l'Église elle-même, sur quoi repose-t-elle '^ Sur l'Écriture. Ainsi, c'est l'Église qui décide que tels livres sont divins, et c'est dans ces mêmes livres qu'elle puise son autorité. C'est là évidemment un cercle vicieux. Le cafiiolique, renvoyé de l'Église à l'Écriture et de l'Écriture à l'Église, ne sait pas en définitive pourquoi il se soumet à l'une et à l'autre.

Le protestant ne reconnaît à aucun homme, à aucune réunion

(1) B2)ist. fundam. G, 4.

d'hommes, la délégation des pouvoirs divins; pour lui, il n'existe qu'une autorité, c'est celle de la Bible. Quels motifs a-t-il d'attribuer à ce livre une origine divine ? Voici ce que nous dit, à ce sujet, le Catéchisme ou Manuel d'instruction chrétienne ( 2""® édition ; Genève 1863) : « Les livres dont se compose la Bible ont été écrits, en divers temps, par des hommes inspirés, c'est-à-dire dirigés par l'esprit môme de Dieu. — Quelles preuves avons-nous que la Bible a été écrite par des hommes inspirés ? — Ces preuves sont : l'excellence des enseignements qu'ils ont donnés, les miracles qu'ils ont accomplis, les pro})héties qu'ils ont faites, et les effets salutaires de la parole divine sur les âmes (p. 3). »

Cette réponse suppose que les auteurs des livres sont connus : mais c'est là une erreur })alpable. Nous n'avons pas ici à discuter la question d'authenticité des parties de la Bible auxquelles la plupart des sectes chrétiennes assignent des auteurs certains. Mais nous invoquons cette circonstance grave, que plusieurs des livres sacrés n'ont pas d'auteurs connus, et qu'on ne sait ni i)ar qui ni à quelle époque ils ont été écrits. Quelques-uns des livres de l'Ancien Testament ont pour titre un nom d'homme; mais cet intitulé désigne seulement le persoiniage principal dont les actions y sont rapportées, et n'a pas pour but d'indiquer qu'il en soit l'auteur, et les textes ne permettent pas de le lui attribuer. Ainsi, le livre appelé Josué raconte la mort et les funérailles de ce chef, et il y est parlé « des anciens qui vécurent longtemps après Josué (Jos. XXIV, 30 33). » Il est donc bien certain que Josué n'en est pas l'auteur. Il y a deux livres intitulés Premier et second livre de Samuel (ceux que les catholiques appellent Premier et second livre des Rois) : la mort de Samuel y est racontée dés le XX V^ chapitre du livre premier; personne n'osera soutenir que ce soit Samuel qui ait écrit ces livres. Les mêmes observations s'api^liquent aux livres de Job, de Tobie et de Judith. Plusieurs livres sont anonymes, et tout le monde s'accorde à dire que les auteurs en sont inconnus : tels sont les livres des Juges, des Rois, des Parai ijjomènes (ou Chroniques). Du moment que ces auteurs sont inconnus, nous ne savons rien de leur moralité, personne ne peut affirmer qu'ils aient fait des miracles. Quel motif peut-on avoir pour assignera ces livres un caractère divin, pour y reconnaître quoi que ce soit de surhumain?...

Examinons les prétendues preuves indiquées par le catéchisme protestant.

I. L'kxgkllknck dks ensmignimmknts contenus dans les livres PRÉTENDUS DIVINS. — Cc moycii cst extrêmement précairc ; car il su-

bordonne l'admission du caractère divin à l'appréciation individuelle que chacun peut faire de la morale contenue dans les livres qu'il s'agit de juger. Un livre dicté par Dieu doit tirer son autorité de cette origine auguste ; il faut donc quCj par le seul fait de cette origine, il s'impose à l'homme comme une loi qui ne souffre pas d'examen; car Dieu ne discute pas avec l'homme; il commande, et l'homme n'a plus qu'à obéir, Si, au contraire, l'homrne est en droit de soumettre le livre à sa propre raison, il le jugera d'après ses lumières bornées, d'après l'état plus ou moins avancé de ses connaissances, d'après ses préjugés, ses penchants; il pourra donc critiquer, blâmer une œuvre dont la nature est supposée problématique, et il pourra être conduit par son examen à rejeter le livre dont le caractère divin ne sera pas visible pour son esprit. En prononçant cette condamnation, il sera irréprochable, puisqu'il aura fait usage de sa raison qui est son seul guide. Les impressions que produira la lecture seront très diverses; tel lecteur sera émerveillé d'un passage qui, chez un autre, ne produira qu'une médiocre satisfaction, et qui même déplaira souverainement à un troisième; nous n'avons pas de pierre de touche qui puisse faire reconnaître à coup sûr l'excellence de l'ouvrage. Dieu aurait donc manqué son but qui était de promulguer une loi obligatoire pour tous les hommes ; on pourrait lui reprocher son peu de sagesse pour n'avoir pas imprimé à son œuvre des marques de supériorité telles qu'aucun esprit ne put les méconnaître.

Si nous appliquons à la Bible la règle indiquée et que nous nous livrions à un examen consciencieux et que dégagé de tous préjugés, loin d'y trouver un enseignement parfait, nous serons choqués d'une multitude d'imperfections, d'erreurs de tout genre de contradictions, de niaiseries, de turpitudes ; si l'on veut se restreindre à l'enseignement moral, on y voit des préceptes atroces, par exemple l'ordre d'exterminer les sept peuples chananéens, sans épargner un seul individu (Nomb., XXXIII, 55-56; Deut., VII, 2 : XX, 16-17); le commandement fait o tout Israélite de dénoncer et de lapider même son plus proche parent, môme sa femme ou ses enfants, si l'un d'eux lui a donné en secret le conseil d'aller vers des dieux étrangers (Deut., XIII, G-11). On y voit glorifiés les favoris de Dieu qui se couvrent de crimes, qui commettent les actions les plus infâmes, tels que Aliraham, Jacob, Moïse, Jephté, Samuel, David, Salomon, Elisée, etc. On ne peut nous objecter que nous sommes téméraires en mettant notre raison au-dessus de la raison divine. Cette objection ne pourrait être faite qu'autant qu'il aurait été d'abord bien établi que la Bible est l'œuvre de Dieu : mais, comme c'est là précisé-

ment ce qui est en question, et comme on est oblip', d'après le gîitécliismc, (rcxaminer renseignement de la Bible pour savoir .si elle vient de Dieu, on ne peut faire cet exmen qu'avec une libeitc entière, comme s'il s'agissait d'un livre liumain, et en ap})liquant les principes de morale qui découlent de la nature humaine. Or, il résulte do cette recherche que la Bible, dans plusieurs de ses parties, enseigne une morale affreuse, à tel point que les chrétiens n'oseraient ni la pratiquer, ni la professer, et que, pour pallier toutes ces monstruosités, ils sont obligés de recourir aux expédients les plus bizarres, aux sophismes, aux arguties. Malgré ces tours d'adresse^ ils sont forcés de subir comme un embarras épouvantable certains textes compi'omettants dont la lecture ne peut qu'inspirer l'horreur et le dégoût. Pour simplifier le débat, on n'a qu'à procéder à l'épreuve suivante. Qu'on mette sous les yeux d'une personne droite, honnête et de bon sens, le passage du Deutcronoiue (XIII, G-12) mentionné ci-dessus, et qu'on lui demande quelle impression elle en éprouve, si elle serait disposée à suivre le précepte atroce qui y est contenu. Elle ne manquera })as de répondre à la dernière question par une dénégation énergique; c'est déclarer implicitement qu'elle se croît plus morale que l'auteur de la Bible, et que, par conséquent, l'enseignement biblique, bien loin d'être supérieure à tout ce que les hommes auraient pu concevoir, est inférieur à la morale humaine.

En supposant qu'un certain livre soit irréprochable, ne contienne que d'excellents préceptes, il ne s'ensuit aucunement qu'il soit divin. La morale qui s'y trouve enseignée, n'est que le résumé de ce que la sagesse humaine a élaboré depuis des siècles. Pour faire une compilation des règles généralement admises comme les meilleures, il n'y a môme pas besoin d'un génie supérieur; il ne faut que du bon sens, de la droiture et de la sagacité. Il existe dos [)etits livres populaires, dont la morale est excellente, bien rpie les auteurs n'aient eu qu'un faible mérite à les composer. Si, dans les livres plus anciens et qu'on nous présente comme divins, on trouve des préceptes salutaires, i-ien ne nous autorise à croire (|uc les auteurs de ces livres aient fait autre chose que de recueillir ce qu'il y avait de mieux dans l'enseignement de leurs devanciei's. Il n'y a aucun motif do recourir à une coopération divine. La morale est aussi ancienne que l'iiumanité; les principes de justice ont toujours eu des interprètes, (|ui n'ont eu besoin, pour les trouver, (pie d'intci'rogor leur conscience.

En général, si éminentes qualités que renferme un livre, elles sont toujours d'une nature linie: ou n'est jamais en droit d'atïirmer

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qu'elles dépassent la capacité humaine, qu'elles doivent nécessairement être le produit de la sagesse infinie.

II. Les Miracles. — Nous avons déjà fait remarquer que plu sieeurs des livres qui composent la Bible, sont d'auteurs inconnus, que personne ne peut dire que ces auteurs aient fait des miracles, et que, par conséquent, la preuve indiquée fait défaut, au moins à l'égard de ceux-là. Plusieurs autres parties de la Bible sont consi dérées comme l'œuvre d'auteurs connus : tout en réservant la question d'authenticité, il nous suffit de faire remarquer que parmi ces auteurs il en est beaucoup auxquels l'histoire sacrée ni la tradition n'attribuent de miracles. Tels sont, pour l'Ancien Testament, David, Jésus, fils de Sirach, Baruch et la plupart des petits prophètes. Sous l'alliance nouvelle, on ne cite aucun miracle des évangélistes Matthieu, Marc et Luc, des apôtres Jacques et Jude. Si donc la qualité d'écrivain inspiré a besoin de se prouver par des miracles, voilà une très grande partie de la Bible qui, dénuée de cette recommandation, devra être éliminée.

Quand même il serait prouvé que certains hommes eussent fait des miracles, il ne s'ensuivrait nullement que Dieu fût l'auteur des livres par eux écrits. Entre la prémisse et la conclusion il n'y a aucun lien logique. S'il est vrai que Dieu permette à quelques hommes d'opérer des actes contraires aux lois naturelles, nous ne pouvons savoir dans quel but il déroge ainsi à l'ordre de l'univers; le fait en lui-même ne suffit pas pour révéler les desseins de Dieu. Prétendre que c'est dans le but d'accréditer le thaumaturge comme son représentant, c'est là une supposition gratuite et que rien ne justifie. De ce que Dieu aurait accordé à un homme des faveurs spéciales, par exemple une guérison miraculeuse, on ne peut en conclure que cet homme est devenu infaillible, et que, chaque fois qu'il parlera ou qu'il écrira, il sera l'organe de Dieu. La Bible elle-même donne un démenti à cette supposition : car on y voit des thaumaturges tomber dans l'erreur et dans le crime. Nous n'en citerons que deux exemples.

Jonas, sauvé miraculeusement du ventre de la baleine, est vexé de ce que Dieu n'a pas infligé aux Ninivites le châtiment annoncé, il s'irrite contre Dieu et demande la mort (Jon. IV). — Salomon est gratifié d'une apparition de Dieu, qui lui accorde une sagesse éminente et certifie que personne avant lui ne l'avait égalé en intelligence, et que jamais personne ne l'égalera {lllRois, III) (ce qui, par parenthèse, ne laisse pour le messie, pour Jésus, qu'une place inférieure à celle du fils de David). Eh bien, ce même Salomon, mal-

gré les lumières surnaturelles qu'il avait reçues, devint orgueilleux, débauché, fratricide, idolâtre, éleva des autels à Chamos et à tous les dieux adorés par les mille femmes qui peuplaient son harem. Il n'était donc pas à l'abri de l'erreur; ses discours et sa conduite étaient de nature à entraîner les hommes vers le crime et vers les religions païennes; Dieu lui reproche de n'avoir point gardé son alliance ni les commandements qui lui avaient été donnés (III Rois, XI). L'assistance surnaturelle l'avait donc abandonné. Donc le miracle qu'il avait obtenu n'a pas empêché que, dans la composition de ses écrits, il soit resté, comme tous les hommes, réduit à ses propres ressources. Donc, en général, les miracles ne sont pas une garantie contre l'erreur et ne prouvent pas l'inspiration divine.

III. Lks Prophéties. — La plupart des livres de la Bible ne contiennent aucune prophétie. Si donc c'était là la condition essentielle de la divinité d'un livre, on serait conduit, comme par les miracles, à rejeter la majeure partie de la Bible. Si c'est par l'examen de la prophétie et de son accomplissement, qu'on doit être amené à reconnaître l'intervention divine, on devra se livrer à cette recherche avec la plus stricte sévérité et ne se rendre qu'à des preuves irrécusables. Il faudra donc s'assurer si le livre qui contient la prophétie est antérieur à l'événement, si elle est d'une clarté parfaite, si l'événement a réellement eu lieu, et si entre l'événement et la prophétie il y a une conformité exacte. Nous ne craignons pas de dire qu'en procédant ainsi, on ne pourra accei^ter aucune des prophéties bibliques ; les chrétiens qui veulent bien s'en contenter, sont aveuglés par les préventions, s'attachent à des passages vagues, obscurs, équivoques, où l'on peut trouver tout ce qu'on veut ; ils tronquent les textes, n'en prennent que ce qui leur convient, choisissent, tantôt le sens littéral, tantôt le sens allégorique, suivant que leurs solutions s'en accomodent mieux; et ce n'est qu'ainsi qu'ils parviennent à signaler des prophéties accomplies. Pour apprécier les livres qui les renferment, il ne faut pas oublier les prophéties non réalisées et par conséquent reconnues fausses. Ainsi, Jehovah assure que le culte par lui institué sera toujours pratiqué à Jérusalem selon les rites de Moïse, qu'il ne manquera jamais de descendants d'Aaron pour y exercer le souverain sacerdoce, ni de descendants de David pour y occuper le trône Israélite, que son peuple chéri possédera la Judée tant que dureront le Soleil et la Terre (Jer., XXXIII; Ps. LXXXMII). Il a été prophétisé que Jésus occuperait le ti'(')ne do David (Luc, I, 32) ; Jésus a annoncé que la fin du monde aurait lieu du vivant de ses cont^mporams. La fausseté de ces prophéties prouve que ceux qui

les ont écrites, ne jouissaient pas de l'inspiration divine; car on ne peut supposer Dieu auteur de l'erreur.

Ce que nous avons dit des miracles, s'applique également aux prophéties qui ne sont qu'une sorte de miracles. De ce qu'un homme aura prédit une chose qui se sera réalisée^ on ne peut légitimement en conclure qu'il est doué du privilège de ne jamais se tromper, de ne rien dire qui ne soit rigoureusement vrai, et qu'il a été institué pour promulguer les volontés de Dieu. Il y aurait témérité à affirmer que la prescience dont il aurait fait preuve dans une circonstance, fût un effet de l'assistance surnaturelle de Dieu ; et, en supposant qu'il ait obtenu un jour cette faveur inexplicable, il ne s'ensuivrait pas qu'il dût ensuite en être gratifié d'une manière permanente, ni que Dieu se fût engagé à diriger sa plume, chaque fois qu'il lui prendrait fantaisie d'écrire.

IV. Les effets de la parole divine sur les âmes. — Cette prétendue preuve est encore plus faible que les autres. D'une part, il y a une foule de personnes qui, en lisant la Bible sans prévention et avec le désir sincère de s'éclairer, sont choquées de ce qu'elles y trouvent d'immoral et de déraisonnable, et loin de regarder ce livre comme divin^ ne lui accordent qu'un rang très secondaire parmi les œuvres humaines. Si donc la divinité du livre dépend des effets produits sur les âmes des lecteurs, la Bible, soumise à cette épreuve, devra être condamnée. D'un autre côté, il existe un grand nombre de livres humains dont la lecture produit sur les âmes les effets les plus salutaires, sans que personne songe à déclarer ces livres œuvre de Dieu : ainsi il y a tels traités de Platon, de Cicéron, de Sénèque, qu'on ne peut lire sans être vivement touché, sans se senfir meilleur et plus disposé à faire le bien; il y a des pièces de théâtre dont la représentation produit une excellente impression, les spectateurs se passionnent pour la vertu, versent des larmes d'attendrissement; et cependant on ne s'avise pas de dire que ce soit Dieu qui les ait dictés aux auteurs. Ce critérium est donc illusoire.

Ainsi, aucun des moyens indiqués par le protestantisme ne résiste à un examen sérieux : leurs règles pour discerner les livres saints sont d'une frivolité qui va jusqu'au ridicule. Ils s'étourdissent en quelque sorte, quand ils déclarent se contenter de raisons aussi futiles ; ils sont attachés par habitude à la Bible qu'ils ont appris, dès leur enfance, à vénérer comme l'œuvre de Dieu; ils sentent que, si ce fondement de leur foi vient à s'affaisser, tout le christianisme s'écroule, et ils veulent, coûte que coûte, arrêter la ruine de l'édifice; les semblants d'arguments sur lesquels ils veulent s'étayer, ne

servent qu'à dissimuler leur impuissance qu'ils n'osent s'avouer à eux-irièmes. En définitive, leur ci-oyance est toute de foi, comme celle des ('ntholiqucs qui ne craignent pas de confesser que la raison humaine n'est pour rien dans cette question, et qui, croyant sur la parole de l'Église, se dispensent de raisonner et de réfléchir.

Ainsi, rien de plus inconsidéré que le triage fait par les protestants parmi les livres saints. Quant ils se sont sépares du catholicisme, ils ont cru devoir élaguer de la Bible plusieurs livres, Judith, les Machabées, ré|)îtrcde saint Jacques. Pour(|uoi cette distinction purement arbitraire? S'ils ont jugé que les livres éliminés manquent des caractères essentiels d'une œuvre divine, comment sont-ils assurés que ces caractères appartiennent incontestablement aux parties qu'ils ont conservées? Est-ce que l'Ecclésiaste et le Cantique des cantiques contiennent un enseignement supérieur en moralité à celui dos Machabées, produisent des effets plus salutaires sur les âmes, se recommandent par les miracles plus éclatants de leurs auteurs ou par des prophéties mieux justifiées? Nullement. On ne peut donner aucune raison plausible du rejet des uns plutôt que des autres. Tous viennent d'une même source, de la tradition qui, pendant des siècles, les reconnaissait comme également divins. Si la tradition est erronée à l'égard de quelques-uns, ce n'est plus qu'un guide trompeur dont il faut décliner résolument l'autorité; et alors il faut les traduire tous au tribunal de la raison. Mais si l'on entre dans cette voie, il n'est pas une partie de la Bible qui puisse être reconnue comme divine. Tout admettre ou tout rejeter, il n'y a pas d'autre alternative. Et dès qu'on étend l'examen jusqu'au principe de l'autorité de l'Église, on est conduit par la logique à tout rejeter. Bien plus, on reconnaît que l'idée d'un livre divin est souverainement absurde, qu'elle n'a pu s'établir et se perpétuer que par une sorte de fétichisme.

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