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DE L'INSPIRATION DE LA BIBLE

Les diverses sectes chrétiennes admettent que la Bible est l'œuvre de Dieu, et que les écrivains sacrés n'ont été que des scribes, des instruments passifs, dont Dieu s'est servi pour produire le livre de l'humanité, dépôt immuable de toute vérité. Cependant, on s'est divisé, même parmi les catholiques, sur la manière dont s'est faite la collaboration de Dieu et de l'homme. Suivant quelques théologiens. Dieu serait auteur delà forme aussi bien que du fond, l'homme n'aurait fait que tenir la plume et aurait joué un rôle pareil à celui des médiums actuels, dont les organes sont mus par des esprits invisibles pour produire l'écriture spirite : c'est ce qu'ont décidé les facultés de Douai et de Louvain, qui, par leur censure de l'an 1588, ont condamné l'opinion contraire comme opposée à la vraie foi. D'autres docteurs atténuent le miracle et soutiennent que Dieu n'est pas l'auteur des paroles, que les écrivains sacrés sont livrés à euxmêmes pour la rédaction, mais que le Saint-Esprit a tellement dirigé leur esprit et leur plume, qu'il leur a été impossible de tomber dans aucune erreur. C'est à ce dernier sentiment que se rallient E. Du Pin (Dissertations préliminaires sur la Bible J et Bergier (Dictionnaire de théologie j V° Inspiration). La plupart des protestants professent pour la Bible un respect qui va jusqu'à l'adoration : pour eux, tout est sacré, jusqu'au moindre mot; c'est là que le fidèle trouve la nourriture spirituelle, la règle de sa foi et de sa conduite. Cependant l'examen, qui est le principe du protestantisme, est, de sa nature, rebelle à toute autorité, même à celle des textes, et tend à mettre tout en question. Aussi, quelques chrétiens indépendants ovX tenté successivement de réduire le plus possible les éléments divins de la Bible, et ont fait des distinctions entre les parties essentielles, venant de Dieu, et les parties secondaires, œuvre purement humaine. Parmi ces novateurs, on peut citer Holden (Fidei divinœ analysis) et Leclerc (Sentiments de quelques théologiens de Hollande, lettres 11 et 12). Leur avis a été suivi récemment par

M. Guizot, qui s'exprime ainsi dans son ouvrage intitulé Méditations sur l'essence de la religion chrétienne : « Dieu n'a point voulu enseigner aux hommes la grammaire, et pas plus la géologie, l'astronomie, la géographie et la chronologie, que la grammaire. C'est sur leurs rapports avec le Ci'éatcur, sui- leurs devoirs envers lui et entre eux, sur les règles de leur foi et de leur vie, qu'il les a éclairés d'un divin flambeau. C'est sur la religion et la morale, sur la religion et la morale seulement, non sur aucune science humaine, que porte l'inspiration des livres saints (p. 156). Ce qu'il y a, dans les livres saints, de science vraie ou fausse du monde fini, vient des hommes qui les ont écrits, et de leurs contemporains (p. 158). »

Faire une telle concession, c'est anéantir l'autorité de la Bible. Un livre divin est un livre qui, depuis le premier mot jusqu'au dernier, est l'œuvre de Dieu, où tout est absolument parfait, où tout commande le respect et l'obéissance et ne comporte aucune discussion. Si l'on admet, au contraire, qu'un livre ait des parties humaines, mêlées, confondues avec les parties divines, alors il peut contenir des erreurs ; le doute sur l'origine divine s'étend à toutes les parties, puisqu'aucun critérium ne peut servir à les discerner ; le lecteur est donc obligé de trier, de choisir, de soumettre le tout à son examen ; au lieu de prendre le livre pour guide infaillible, pour juge suprême, c'est l'homme qui juge le livre, qui, suivant ses lumières particulières, admet ce qui est bon, rejette ce qui est mauvais ou imparfait; l'élément divin n'étant marqué d'aucun signe spécial qui manifeste ostensiblement son existence, sera soumis au même contrôle que les éléments humains, dont il sera impossible de le distinguer (1).

Dans le système de M. Guizot, l'inspiration divine serait intermittente. Un écrivain prend la plume pour retracer les annales du peuple juif : tant qu'il ne s'occupe que de leurs combats, de leurs

(1) C'est ce que reconnaissent les protestants indépendants. Voici comment l'un d'eux interpelle les éclectiques :

<i Montrez-nous donc dans la Bible ce qui est et ce qui n'est pas la parole de Dieu I Si je ne suis pas tenu de tout croire et que je ne doive pas tout rejeter, dites-moi alors avec précision jusqu'où doit aller ma foi, jusqu'où le- doute est permis. Eh bien 1 vous voilà en contestation. Vous deviez me donner la certitude et le repos, et il y a autant d'opinions que d'individus dans votre cercle respecté... Non, il n'y a ni certitude ni repos. Votre foi en l'Écriture n'est proprement qu'un vain mot. (Test la foi en vous-mêmes. Vous laissez ce qui vous déplaît, vous acceptez ce qui vous convient. »

La religion de Jésus et la théologie moderne, par le pasteur Zaalberg, traduit du hollandais par A. Réville; p. 42.

et à celle de l'homme, qu'il est impossible de disjoindre l'action divine de l'enseignement scientifique. Ainsi, dans l'histoire de la création, l'auteur de la Genèse ne procède pas comme un savant qui se contenterait de décrire la succession des phénomènes ; mais il fait agir Dieu personnellement ; il raconte les diverses phases de son action et les éloges qu'il se décerne à lui-même après chaque opération, il rapporte ses discours, ses entretiens avec Adam, Eve et le Serpent; de même pour le déluge, l'embrasement de Sodome, etc. Dieu parle à Noé, fait un serment, en donne un gage en créant Tarc-en-ciel, conclut une alliance avec l'homme et les ani maux (Gen.j VIII, IX); il descend du ciel pour explorer les travaux de la tour de Babel ; il exprime ses inquiétudes, il stipule avec Abraham, etc. Tout cela doit-il être tenu pour inspiré? Si l'on répond affirmativement, on tombe dans tous les embarras qu'on avait voulu éviter, on est exposé aux démentis qu'apportent les progrès de la science, et obligé, pour maintenir la vérité absolue des Écritures, de fermer les yeux à la lumière, de faire comme les juges qui ont condamné Galilée, de. lancer l'anathème contre tout ce qui est en contradiction avec la Bible. Si l'on répond négativement, il faut reconnaître que les auteurs sacrés ont trompé Thumanité en attribuant à Dieu une conduite et des discours qu'il n'a pas tenus, en propageant sur Dieu des idées fausses, extravagantes. Ces écrivains perdent donc par là tout droit à notre confiance et ne méritent plus d'être crus , quand ils font parler ou intervenir Dieu, c'est-à-* dire précisément quant ils revendiquent le privilège d'être ses secrétaires, ses interprètes; à plus forte raison, ne devront-ils, dans tout le reste de leurs ouvrages, être traités que comme des auteurs humains, sujets à la critique et passibles de démentis.

M. Guizot pose comme règle que « Dieu ne répand sa lumière que là où l'œil et le travail humain ne sauraient atteindre, et que, sur tout le reste, les livres parlent selon ce que pensent et peuvent comprendre les générations auxquelles ils s'adressent (p. 160). » S'il en est ainsi, il faudra reconnaître l'inspiration divine précisément dans les parties de la Bible les plus vulnérables, dans celles que la science a le plus battues en brèche. Ainsi, la science, malgré ses admirables conquêtes, n'a pu résoudre les problèmes de la naissance des astres, de la formation des étoiles et des voies lactées, de l'apparition de l'espèce humaine et de celles des espèces animales; et il y a tout lieu de croire que ses efforts échoueront contre ces énigmes. A plus forte raison, la question de l'origine première de l'univers dépasse les forces de l'esprit humain. On devra donc, là où l'œil et le travail humain ne sauraient atteindre, admettre, sur

ces divers points, les récits de la Genèse comme véridiques. Mais M. Guizot avoue qu'en fait d'astronomie, de géologie et de biologie, la Bible est un fort mauvais guide, et il s'en console en disant que Dieu n'a pas eu l'intention de nous enseigner ces sciences. Sa théorie est donc en défaut et conduit à des conséquences évidemment

fausses.

D'un autre côté, les révélations attribuées à Dieu portent sur une foule de matières qu'on ne peut dire inaccessibles à l'esprit humain. Ainsi, la Bible contient tout un code de législation civile, des prescriptions minutieuses sur l'administration, des règles d'hygiène, notamment sur la manière d'aller à la garde-robe (Deut., XXIII, 12-14). Osera-t-on dire que l'homme aurait été incapable de trouver par lui-même une solution sur ces divers sujets ^^ Il suffirait, pour toute réponse, d'opposer l'exemple des peuples anciens qui ne connaissaient pas la Bible, et qui, néanmoins, possédaient une organisation politique, des institutions civiles et même des règles hygiéniques, et qui, sous ces divers rapports, n'étaient en rien inférieurs au peuple chéri de Dieu.

Quant à la morale et aux devoirs de l'homme envers ses semblables, on ne peut davantage prétendre que l'homme soit incapable par lui-même de trouver des règles de conduite et soit condamné à manquer de tout principe de morale, à moins qu'il ne le reçoive du ciel par une communication surnaturelle. Certes, en dehors du peuple juif, les an(Mens ont connu et pratiqué les devoirs moraux : les Confucius, les Pythagore, les Socrate, les Zenon, les Cicéron et tous les philosophes de l'antiquité, n'ont pas eu besoin d'une révélation pour enseigner cette sagesse qui leur a valu l'admiration de toutes les générations. Bien plus, l'homme qui réfléchit sur les principes et le fondement de la morale, trouve dans sa conscience et par ses efforts intellectuels, une morale bien supérieure à celle de la Bible, et est en état de juger et de condamner comme immoraux, et les héros de la Bible et le Dieu même de la Bible. Il ne lui sera pas difficile, par exemple, de surpasser en moralité la loi qui prescrit à un individu ayant reçu une communication confidentielle, d'en dénoncer l'auteur à la vindicte publique, de le faire périr, de lui porter les premiers coups, quand même il devrait se baigner dans le sang de son meilleur ami, de son frère, de son fils et même de la femme qui lui est si chère (Deut., XIII, 6-10).

Ainsi, ni la politique, ni la législation civile, ni l'hygiène,^ ni la morale ne sont des sujets à l'égard desquels l'insuffisance de l'homme rende nécessaire l'intervention divine; d'oi:i il suit que, si l'on applique la règle de M. Guizot, toutes les parties de la Bible, où il

et à celle de l'homme, qu'il est impossible de disjoindre l'action divine de l'enseignement scientifique. Ainsi, dans l'histoire de la création, l'auteur de la Genèse ne procède pas comme un savant qui se contenterait de décrire la succession des phénomènes ; mais il fait agir Dieu personnellement ; il raconte les diverses phases de son action et les éloges qu'il se décerne à lui-même après chaque opération, il rapporte ses discours, ses entretiens avec Adam, Eve et le Serpent ; de même pour le déluge, l'embrasement de Sodome, etc. Dieu parle à Noé, fait un serment, en donne un gage en créant Tarc-en-ciel, conclut une alliance avec l'homme et les ani maux (Gen.j VIII, IX); il descend du ciel pour explorer les travaux de la tour de Babel ; il exprime ses inijuiétudes, il stipule avec Abraham, etc. Tout cela doit-il être tenu pour inspirée Si l'on répond affirmativement, on tombe dans tous les embarras qu'on avait voulu éviter, on est exposé aux démentis qu'apportent les progrès de la science, et obligé, pour maintenir la vérité absolue des Écritures, de fermer les yeux à la lumière, de faire comme les juges qui ont condamné Galilée, de lancer l'anathème contre tout ce qui est en contradiction avec la Biljle. Si l'on répond négativement, il faut reconnaître que les auteurs sacréït ont trompé l'humanité en attribuant à Dieu une conduite et des discours qu'il n'a pas tenus, en propageant sur Dieu des idées fausses, extravagantes. Ces écrivains perdent donc par là tout droit à notre confiance et ne méritent plus d'être crus , quand ils font parler ou intervenir Dieu, c'est-à-' dire précisément quant ils revendiquent le privilège d'être ses secrétaires, ses interprètes; à plus forte raison, ne devront-ils, dans tout le reste de leurs ouvrages, être traités que comme des auteurs humains, sujets à la critique et passibles de démentis.

M. Guizot pose comme règle que « Dieu ne répand sa lumière que là où l'œil et le travail humain ne sauraient atteindre, et que, sur tout le reste, les livres parlent selon ce que pensent et peuvent comprendre les générations auxquelles ils s'adressent (p. 160). » S'il en est ainsi, il faudra reconnaître l'inspiration divine précisément dans les parties de la Bible les plus vulnérables, dans celles que la science a le plus battues en brèche. Ainsi, la science, malgré ses admirables conquêtes, n'a pu résoudre les problèmes de la naissance des astres, de la formation des étoiles et des voies lactées, de l'apparition de l'espèce humaine et de celles des espèces animales ; et il y a tout lieu de croire que ses efforts échoueront contre ces énigmes. A plus forte raison, la question de l'origine première de l'univers dépasse les forces de l'esprit humain. On devra donc, là où l'œil et le travail humain ne sauraient atteindre, admettre, sur

ces divers points, les récits de la Genèse comme véridiques. Mais INI. Guizot avoue qu'en fait d'astronomie, de géologie et de biologie, la Bible est un fort mauvais guide, et il s'en console en disant que Dieu n'a pas eu l'intention de nous enseigner ces sciences. Sa théorie est donc en défaut et conduit à des conséquences évidemment fausses.

D'un autre côté, les révélations attribuées à Dieu portent sur une foule de matières qu'on ne peut dire inaccessibles à l'esprit humain. Ainsi, la Bible contient tout un code de législation civile, des prescriptions minutieuses sur l'administration, des règles d'hygiène, notamment sur la manière d'aller à la garde-robe (Deut., XXIII, 12-14). Osera-t-on dire que l'homme aurait été incapable de trouver par lui-même une solution sur ces divers sujets? Il suffirait, pour toute réponse, d'opposer rexemi)le des peuples anciens qui ne connaissaient pas la Bible, et qui, néanmoins, possédaient une organisation politique, des institutions civiles et môme des règles hygiéniques, et qui, sous ces divers rapports, n'étaient en rien inférieurs au peuple chéri de Dieu.

Quant à la morale et aux devoirs de l'homme envers ses semblables, on ne peut davantage prétendre que l'homme soit incapable l)ar lui-même de trouver des règles de conduite et soit condamné à manquer de tout principe de morale, à moins qu'il ne le reçoive du ciel par une communication surnaturelle. Certes, en dehors du peuple juif, les anciens ont connu et pratiqué les devoirs moraux : les Confucius, les Pythagore, les Socrate, les Zenon, les Cicéron et tous les philosophes de l'antiquité, n'ont pas eu besoin d'une révélation pour enseigner cette sagesse qui leur a valu l'admiration de toutes les générations. Bien plus, l'homme qui réfléchit sur les principes et le fondement de la morale, trouve dans sa conscience et par ses efforts intellectuels, une morale bien supérieure à celle de la Bible, et est en état de juger et de condamner comme immoraux, et les héros de la Bible et le Dieu même de la Bible. Il ne lui sera pas difficile, par exemple, de surpasser en moralité la loi qui prescrit à un individu ayant reçu une communication confidentielle, d'en dénoncer l'auteur à la vindicte publique, de le faire périr, de lui porter les premiers coups, quand même il devrait se baigner dans le sang de son meilleur ami, de son frère, de son fils et même de la femme qui lui est si chère (Deut.j, XIII, G-10).

Ainsi, ni la politique, ni la législation civile, ni l'hygiène, ni la morale ne sont des sujets à l'égard desquels l'insuffisance de l'homme rende nécessaire l'intervention divine; d'où il suit que, si l'on applique la règle de M. Guizot, toutes les parties de la Bible, où il

est question de ces matières, devront être regardées comme purement humaines.

Que restera-t-il donc à l'inspiration divine ? Seront-ce les prophéties? Mais même à cet égard, M. Guizot reconnait qu'il y a une distinction à faire. « L'action de Dieu, dit-il, s'y déploie, mais sans supprimer l'action humaine ; le miracle y prend place au milieu du cours naturel des faits; les aspirations ambitieuses de la nation juive se mêlent aux perspectives religieuses que lui ouvrent les prophètes, etc. (p. 240). » Dans ce système, les prophéties relatives à la religion seraient les seules divines ; tandis que celles qui regardent les destinées du peuple juif, n'auraient rien que d'humain. Mais le triage indiqué est impossible. Car, dans toutes les prophéties que le christianisme applique au Messie, il est question du peuple juif, de son état politique et guerrier, des succès qui lui sont promis, des victoires de ses chefs. Par exemple les prophéties sur l'étoile qui sortira de Jacob (Nomb., XXH', 17-10), sur le sceptre qui ne sera point ôté de Juda (Gen.j XLIX, 8-12), sur les septante semaines (Dan., IX), sur le chef qui sortira de Bethléem {MichéCy V), sur l'entrée d'un chef monté sur un àne (Zftc/i.^ IX, 9), etc., concernent le peuple juif et les chefs qui doivent le gouverner, assurer sa gloire et sa prospérité. Ce n'est que par une méthode d'interprétation arbitraire, qu'on parvient à y trouver autre chose, à y voir annoncé le sauveur de l'humanité et le rénovateur de la religion. Toutes ces prophéties doivent donc être attribuées aux aspirations ambitieuses de la nation juive et non à l'inspiration divine.

Le système de M. Guizot ne peut soutenir un examen sérieux. Certes, cet éminent écrivain, rompu à toutes les manœuvres de la dialectique, n'aurait pas manqué de réponse aux objections; un théologien n'est jamais à bout d'arguments. Toutefois, nous osons croire que son plus zélé disciple ne pourrait, sans une certaine anxiété, réfléchir à la proposition que nous allons lui soumettre, et qui nous semble offrir un moyen sûr de résoudre définitivement la question. Qu'on prenne un certain nombre de théologiens éclairés et partageant la manière de voir de M. Guizot : qu'on les invite, en travaillant séparément, à extraire de la Bible tout ce qui est, suivant eux, inspiré, à faire, en un mot, ce qu'aurait dû faire Jéhovah afin de donner à sa loi la clarté qui lui manque. Nous répondons d'une chose: c'est que ces travaux, dont chacun devra contenir le parfait élixir de l'inspiration divine, dégagé de tout alliage humain, différeront dans des proportions plus ou moins fortes, et qu'il n'y aura i)as deux rédactions conformes. Nous doutons même qu'aucun ose exécuter ce programme et mettre le signe à la clef pour discerner nettement^

dans la Bible, le divin et l'humain. On doit en conclure que la prétendue pierre de touche n'a pas la valeur qu'on veut lui attribuer, et que, s'il y a des i)arties inspirées dans la Bible, elles ne jouissent pas d'une supériorité palpable, saisissante, irrécusable. Dieu s'y serait donc pris bien maladroitement en décrétant une loi dont le caractère resterait équivof|ue et })récaire, et il ne pourrait en exiger l'observation sans commettre une injustice criante; car nul n'est tenu d'obéir à une loi qui ne lui a pas été notifiée.

La tentative de M. Guizot, malgré ce qu'elle a d'illogique, doit être signalée comme un pi'ogrcs dans la secte calviniste qui, pendant longtem[)S, a professé pour la Bible une vénération superstitieuse et en quelque sorte pharisienne. Oser regarder en face le livre adoré, en discuter l'autorité, en avouer les imperfections, y signaler des erreurs, en élaguer la majeure partie comme dénuée de tout caractère divin, c'est faire acte d'indépendance; c'est là un commencement d'affranchissement auquel il fiiut applaudir. Ce premier degré d'émancipation a été de beaucoup dépassé par les protestants libéraux qui rejettent résolument l'inspiration des Écritures, et par les indépendants, tels que MM. Michel Nicolas, Reuss, Hévillo, Coqucrcl, Sclienkel, etc., qui rejettent l'authenticité de la plupart des livres sacrés et vont jusqu'à nier le miracle. Le protestantisme se rapproche de plus en })lus du rationalisme et du déisme. Encourageons les efforts de ceux qui brisent les premiers liens de de la superstition, et souhaitons que par leur marche accélérée ils ne tardent pas à rejoindre l'avant-garde des réformateurs.

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