DE L'IDENTITÉ DE JÉSUS RESSUSCITÉ
La résurrection de Jésus est un des arguments favoris dont se servent les apologistes pour prouver la divinité du christianisme. Il y a quelques années, il a été question, à Genève, d'établir un colloque, dans le genre du fameux colloque de Poissy, où ce sujet devait être débattu d'une manière contradictoire entre le rationalisme et le protestantisme. Feu notre ami H. Disdier devait être le champion du rationalisme dont la cause ne pouvait être remise en meilleures mains ; cet écrivain si regretté, dont les ouvrages se distinguent par une vaste érudition, une logique serrée, une vigoureuse dialectique, eût dignement représenté l'esprit philosophique. Après de nombreux incidents, il crut devoir refuser la lutte à cause des conditions imposées parles protestants auteurs de la proposition. Ceux-ci exigeaient que l'on commençât par reconnaître l'authenticité des évangiles, ce qui ne pouvait être accepté par leurs adversaires, cette question ayant été résolue dans un sens négatif, non seulement par les l'bres-penseurs, mais même par les docteurs les plus éminents du protestantisme libéral, tels que MM. Michel
Nicolas et Réville. On conçoit que le jugement qui devra être porté sur les faits racontés dans les évangiles, sera tout autre, selon qu'on regardera ces écrits comme des relations de témoins oculaires, ou qu'on n'y verra que des compilations faites longtemps après les événements, par des auteurs inconnus et n'offrant aucune garantie.
Nous ne nous proposons pas ici de discuter d'une manière complète la réalité de la résurrection : ce sujet a été traité par beaucoup d'auteurs; il l'a été notamment, de la manière la plus lucide et la plus péremptoire, par Strauss dans sa Vie de Jésus. Cet écrivain fait observer avec raison que, pour prouver la résurrection, il est indispensable d'établir deux faits, savoir la réalité de la mort de Jésus sur la croix, et la réalité de sa vie postérieurement à ce premier événement ; et il démontre victorieusement que les évangiles ne donneiit, sur aucun deces faits, d'éclaircissements satisfaisants.
Quant au premier point, les é v-angiles ne constatent que la défaillance de Jésus sur la croix et sa mort apparente. Strauss cite, d'après Josèphe, l'exemple d'un individu qui, ayant été crucifié et étant resté sur la croix au moins aussi longtemps que Jésus, en a été détaché, a été rappelé à la vie et guéri de ses blessures (1).
Ajoutons à cet exemple celui des convulsionnaires de Saint- Médard : plusieurs de ces fanatiques se faisaient crucifier ]:)0ur symbolyser les souffrances de l'Église ; des femmes se sont soumises plusieurs fois à cet affreux supplice qui, pour quelques-unes, a duré plus de trois heures; elles l'enduraient avec une fermeté extraordinaire, et dans cet état elles conservaient toute leur liberté d'esprit et s'entretenaient avec les personnes de l'assemblée. II existe, à cet égard, un témoignage très grave, c'est celui du savant La Condamine qui était très sceptique, et qui, après avoir observé scrupuleusement les faits, s'est rendu à l'évidence (2).
Il est donc reconnu qu'un homme peut être crucifié et demeurer, comme Jésus, plusieurs heures (3) sur la croix, sans succomber. Il n'est donc pas certain que Jésus, quand il a été détaché de la croix après ce laps de temps, ait été mort. S'il n'était pas mort, sa vie ultérieure, en la supposant prouvée, n'aurait rien de miraculeux, il n'y aurait pas de résurrection.
(1) Vie de Jésus, § 137.
(•2) Voir Mathieu, Histoire des miraculés et des convulsionnaires de Saint- Médard (1 vol. iii-12, 1864), p. 376 et suiv. Cet auteur cite la CorrespoMance littéraire, philosophique et critique de Grimm et Diderot.
{?>) Six heures, d'après Marc, XV, 25, 34. •
L'un des narrateurs, Mathieu rapporte un épisode qui lui est propre et qui a pour but d'éloigner le soupçon d'un enlèvement du corps: il raconte que, le lendemain de la mort, les princes des prêtres et les pharisiens vinrent trouver Pilate et lui dirent : « Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, lorsqu'il était encore en vie : Je ressusciterai le troisième jour. Commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent dérober son corps et ne disent au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts. Et ainsi la dernière erreur serait pire que la première. » Ils s'en allèrent au tombeau, ils en scellèrent la pierre et y mirent des gardes (XXVII, 64-65). Toute cette histoire est d'une invraisemblance palpable ; en la supposant véridique, on est frappé de l'insigne maladresse des ennemis du christianisme naissant. Pour se prémunir contre la supposition d'une résurrection fabuleuse, ils veulent surveiller la conservation du corps de Jésus ; ce n'est que le lendemain de l'ensevelissement, qu'ils s'avisent d'organiser leurs précautions ; et ce qu'ils trouvent de plus ingénieux, c'est de sceller l'entrée de la grotte où se trouvait le corps, et d'y poser des gardes.. Mais la première chose à faire, c'était de s'assurer si cette grotte dont on voulait rendre l'accès impossible, contenait encore le dépôt ; il fallait reconnaître le corps et en constater l'identité ; au moment où l'on scellait l'entrée, la grotte était peut-être déjà vide, le corps ayant pu être enlevé pendant la nuit ; et alors le sceau et les gardes apposés ne sont plus que de vaines formalités. Nous n'avons donc aucune garantie que le corps de Jésus ait été contenu dans la grotte au moment où l'on commençait à prendre des mesures de surveillance.
Quelques apologistes ne craignent pas d'affirmer, sans aucune preuve, que les chefs des prêtres ont dû s'assurer de la présence du corps : c'est là une assertion tout à fait gratuite, et que même dément implicitement l'évangéliste. Celui-ci énumêre avec soin tout ce qui, dans sa pensée, devait prouver la permanence du corps jusqu'au lendemain du sabbat. Si l'on eût fait plus, il n'eût pas manqué de le constater, son but étant de dissiper tous les soupçons et de rendre évidente la réalité de la résurrection. On ne peut arbitrairement suppléer à son récit en y ajoutant des faits dont il ne parle pas ; et il ressort de ce récit l'insuffisance, disons plus, la parfaite inutilité des moyens employés.
Quand même on aurait procédé, comme le commandait la prudence la plus vulgaire, à la reconnaissance du corps, cette précaution n'aurait pas encore suffi pour dissiper les doutes. Car le sépulcre appartenait à Joseph d'Arimathie, qui l'avait taillé dans le roc
(Mat. XXVII, 60). Ne s'était-il pas ménagé une issue secrète, dissimulée avec art ? En ce cas, rien n'aurait été plus facile que d'enlever le corps, malgré les gardes qui veillaient à la porte. On n'aurait donc pas encore acquis la certitude que le corps soit resté à l'abri des moyens naturels de disparition.
Il n'eût pas suffi de constater l'identité du corps ; il aurait fallu aussi vérifier la réalité de la mort. On sait combien sont incertains, même à notre époque où les sciences médicales ont fait d'immenses progrès, les symptômes qui annoncent la cessation delà vie : à plus forte raison, chez les Juifs du temps de Jésus, l'examen des hommes de l'art, quand même il eût eu lieu, aurait encore été précaire et n'aurait pu donner une certitude complète. Le moyen infaillible aurait consisté dans une mutilation telle que toute fonction vitale fût rendue impossible, par exemple la décapitation en public (1). Alors il n'y aurait eu besoin ni de gardes, ni de sceaux; on aurait écarté tout d'un coup les diverses suppositions qui peuvent jeter des nuages sur le fait à prouver, telles que contrefaçon du sceau, subornation des gardes, entrée subreptice dans le caveau, etc. Toute la population de la ville, en voyant trancher la tête, aurait été parfaitement assurée de la réalité de la mort.
Mais, au lieu de concevoir ce qui aurait pu être, nous sommes obligés de prendre les choses comme nous les présentent les évangélistes ; et nous sommes en droit d'en conclure qu'on n'a aucune garantie, ni que Jésus fût réellement mort quand on l'a descendu de la croix, ni que son corps fût dans le sépulcre lors de l'établissement des gardes, ni qu'il n'ait pas été enlevé avant ou après cette mesure prise. Il suit de là que si, postérieurement à ces événements, nous trouvons Jésus vivant, on ne pourra en conclure qu'il soit ressuscité; car pour ressusciter, il faut commencer par mourir; ce pourra être Jésus guéri de ses blessures, grâce aux soins de quelques amis dévoués; on conçoit qu'alors il ait été obligé de mener
(1) Les hagiographes se sont montrés, dans les relations des Vies des Saints, bien plus ingénieux que les évangélistes. Par exempte, saint Nicolas se trouve, en voyage, choz un aubergiste qui attirait chez lui de jeunes garçons, les tuait, les dépeçait, en salait les morceaux, les faisait cuire et les donnait à manger à ses pratiques. Le saint, à qui Ion s'apprête à confectionner cet horrible mets, est frappé d'une illumination surnaturelle, découvre la vérité, va au saloir et rend à la vie les enfants dont les chairs y étaient empilées comme des tranches de lard. A la bonne heure. Ici personne ne contestera la réalité de la mort ; le miracle est étoflfé ; il n'y manque qu'une toute petite chose, c'est un document au moins plausible sur la réalité du fait. Xoiv Charles 'Sisa.'rd, Histoire des livres populaires, 2° édit., Paris, 18Gi ; t. II, {). 200-270. '
une vie retirée, de se dérober à la haine de ses persécuteurs ; on conçoit qu'il ne se soit montré montré à ses disciples qu'à de rares intervalles et d'une façon mystérieuse^ de manière à ne pas compromettre sa sûreté.
Quant au second point à établ'.r, c'est-à-dire la réalité de la vie de Jésus postérieurement à son crucifiement, nous n'avons pas plus de certitude que pour le premier. A cet égard, les contradictions des évangélistes sont nombreuses et portent sur des faits essentiels, comme l'a très bien démontré Strauss auquel nous nous référons (1). La question à l'examen de laquelle nous nous bornons ici, est celle qu'indique le titre de cet article. Y a-t-il identité entre le Jésus dont les évangélistes racontent la vie et la mort, et le personnage qui, d'après eux, s'est montré à quelques personnes comme étant Jésus? Les narrateurs sont certainement persuadés de la réalité de la résurrection et font tous leurs efforts pour communiquer cette persuasion à leurs lecteurs ; et cependant c'est dans leurs récits même que nous trouvons des circonstances qui doivent faire rejeter Tidentité dont il s'agit.
Il est à remarquer d'abord que Jésus i-essuscité ne s'est point montré en public, qu'il ne s'est pas fait voir à ceux qui avaient refusé de reconnaître sa mission, à ceux auxquels il avait déclaré qu'ils ne verraient pas d'autre miracle que celui du prophète Jonas, c'est-à-dire le miracle de sa résurrection. Il a donc faussé sa parole, il a négligé d'employer le moyen le plus efficace pour confondre ses contradicteurs, pour prouver la divinité de sa révélation, pour rallier à sa cause des populations entières. C'est ce que reconnaît l'apotre Pierre prêchant devant le peuple juif : « Dieu, dit-il, la ressuscité le troisième jour et a voulu qu'il se montrât, non à tout le peuple^ mais aux témoins que Dieu avait choisis avant tous les temps, à nous qui avons bu et mangé avec lui depuisqu'il est ressuscité d'entre les morts {Act. ap., X, 40, 31) ».
Examinons maintenant les particularités des diverses apparitions.
Dans le quatrième évangile, Marie-Madeleine est la première personne à laquelle se présente Jésus ressuscité. Ayant trouvé le tombeau vide, elle se lamentait de la perte du corps de celui qu'elle avait aimé; elle était donc bien loin de songer à la possibilité d'une résurrection, ce qui, pour le dire en passant, donne un démenti aux divers passages des évangiles, d'après lesquels Jésus avait annoncé
(1) Voir Tabrégé que nous avons donné de sa dissertation, dans l'appendice à la fin de noire Examen du christianisme.
publiquement et formellement qu'il ressusciterait le troisième jour. Après que Madeleine eut confié ses chagrins à deux individus vêtus de blanc, que le narrateur appelle des anges, et qui semblent ne s'être trouvés là que pour écouter ses doléances, « elle se retourna et vit Jésus debout, .sans savoir tiéaii moins que ce fût Jésus. — Alors Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleurez- vous ? Que cherchezvous ? — Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c'est vous qui lavez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. — Jésus lui dit: Marie. — Elle se retourna et lui dit : Rabboni (maître). — Jésus lui répondit : Ne me touche:; point, car (1) je ne suis pas encore monté vers mon Père; mais allez trouver mes frères, et dites-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu (XX, 14-17) ». — Il résulte de ce récit, que Madeleine, après s'être entretenue avec deux êtres à figure humaine, qu'elle prend, on ne sait pourquoi, pour des anges, voit un autre homme qui la questionne ; non seulement elle ne le reconnaît pas d'abord pour être Jésus, mais encore elle le prend pour un particulier qui, à ce qu'il paraît, était connu d'elle pour le jardinier. Quelques instants après, elle le prend pour Jésus, et le récit ne dit pas comment s'est fait ce changement dans son esprit. Est-ce la dei'nière impression qui est la plus sûre, ou n'est-ce pas plutôt la première f Avait-elle devant elle Jésus ou le jardinier ? C'est ce qui reste incertain. Madeleine qui avait montré tant d'affection pour Jésus, qui, lors de la scène mémorable de l'onction, avait joué un rôle im})ortant, qui l'avait suivi de Galilée, avait journellement recueilli ses instructions, Madeleine pouvait-elle se méprendre un seul instant sur son identité'^ Ne devait-elle pas le reconnaître à la première vue, tressaillir au premier son de sa voix bien connue f Si, tout d'aboi'd et après un court entretien^ elle ne l'a pas reconnu pour Jésus, il y a tout lieu de croire que ce n'est pas à lui qu'elle avait affaire. Nous n'avons point à rechercher pourquoi cet homme qu'elle croit un jardinier, juge à propos de tenir le langage obscur et énigmatique que nous avons rapporté. On ne peut afïinmer que par là il ait voulu se faire passer pour Jésus. Il défend à cette femme de le toucher : cotte défense serait inexi)licable de la part de Jésus qui, au contraire, aurait mis ses amis à même de véritierson
(1) Ce car est digne tratlention ; il implique ceci : « 11 n'est pas permis de toucher un homme ([ui n'e-t pas monté au ciel ; vous pourrez me toucher quand je serai monté vers mon Père. » Le quatrième évangciiste a pour habitude de jongler avec les conjoncfiona ; il les lance au hasard, et elles retombent où ellea peuvent.
identité, comme il l'a fait pour Thomas. Ce langage s'explique de la part d'un illuminé qui, pour produire le prestige, veut tenir les gens à distance et frapper leur esprit par des paroles d"oracle et des propos incohérents qui dénotent l'inspiration. Ce discours ne convient pas à Jésus qui, dans ce moment, ne pouvait dire : Je monte vers mon Père ; il n'y est pas monté alors, puisque le même évangéliste le fait apparaître postérieurement plusieurs fois à ses disciples.
Les évangélistes nous disent que Madeleine rendit compte aux apôtres de ce qu'elle avait vu ; mais ils ne reproduisent pas les termes de sa relation. Si elle leur a affirmé avoir vu Jésus, elle a commis une grave inexactitude; elle devait dire seulement qu'elle avait vu un homme ayant les traits, l'extérieur et le son de voix du jardinier, qu'elle s'est entretenue avec lui, persuadée que c'était bien au jardinier qu'elle avait affaire, et qu'ensuite elle a subitement décidé que cet homme était, non le jardinier, mais Jésus. Il y atout lieu de croire que son langage a porté les traces visibles du trouble de son esprit ; car les disciples ne la crurent point (Marc, XVI, 10); bien plus, ce qu'elle leur dit, leur parut comme une rêverie (Luc, XXIV, llj. Cependant, les disciples devaient avoir confiance dans sa moralité ; la résurrection de Jésus ne devait avoir pour eux rien d'invraisemblable, puisqu'ils avaient été témoins de résurrections opérées par lui^ et qu'il leur avait annoncé la sienne; ils devaient compter sur sa parole. Pour qu'ils aient refusé d'ajouter foi au récit de ^Madeleine, il faut qu'ils l'aient trouvé dénué de tout caractère de vraisemblance. Ce qui est d'autant plus probable, que cete femme avait été possédée de sept démons (Marc, XVI, 9; Luc, VIII, 2) ; et l'on sait maintenant que les démoniaques n'étaient autres que des aliénés. Il est bien rare que les personnes atteintes de ces affections soient parfaitement guéries ; bien que les sept démons aient été chassés par Jésus du corps de Madeleine, on peut douter que l'esprit de celle-ci ait été bien sain. Son témoignage est donc fort suspect. Ce n'est pas se montrer trop circonspect que d'imiter à cet égard la réserve des apôtres.
L'histoire des deux disciples d'Emmaûs suggère des réflexions semblables. Ils cheminaient en s'entretenant des événements qui venaient de se passer. Un homme vient se joindre à eux et se mêle à leurconversation; il leur donne des explications sur les prophéties et sur la nécessité de la mort du Christ. Quand ils sont arrivés au terme de leur voyage, cet inconnu, sur leur invitation, entre chez eux, se met à table, bénit le pain, le rompt et le leur distribue. Jusque-là ils ne reconnaissent pas cet étranger ; pendant un si loijg
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entretien, rien ne leur fait soupçonner qu'ils sont en présence d'un homme avec lequel ils auraient jju avoir précédemment des relations quelconques. Puis tout à coup il se fait en eux un changement brusque, leurs yeux s ouvrent, et ils reconnaissent Jésus quidispaparaît aussitôt (Luc, XXI\^ 13-31). Alors ils s'empressent d'aller annoncer aux autres disciples que Jésus est ressuscité et comment « ils l'ont reconnu dans la fraction du pain. »
Marc raconte une histoire qui parait être la même que celle dont nous venons de parler ; mais elle est beaucoup plus abrégée. Il se borne à dire que Jésus apparut en une autre forme à deux disciples qui allaient à une maison de campagne (XVI, 12).
Ici nous faisons appel au bon sens de tout lecteur dont l'intelligence n'a pas été obscurcie par les préjugés de secte, et nous lui demanderons ce qu'il penserait, si on lui présentait un récit semblable concernant une personne de sa connaissance. Les disciples d'Emmaus ont éprouvé deux impressions très différentes et conduisant à deux jugements contraires. Pendant une série de scènes qui ont duré quelques heures, des rapports variés et prolongés avec un (piidam leur ont fait croire que c'était un homme qui s'intéressait à leur cause, mais qui leur était complètement étranger, et qu'ils voyaient pour la première fois. Puis, dans un instant fugitif, ils ont cru en lui reconnaître Jésus qui, à peine reconnu, a disparu aussitôt. Ces deux impressions sont inconciliables. Laquelle mérite plus de confiance? Évidemment la première, puisqu'elle est due à un examen prolongé auquel ont concouru tous les moyens à l'aide desquels on peut se rendre compte d'une personnalité humaine. La dernière, rapide comme un éclair, peut être due à un mouvement d'imagination, et n'a été confirmée ni par l'examen attentif des traits, ni par l'audition de la voix. C'est donc la première qui doit obtenir la préférence ; et en entendant les deux disciples raconter les choses comme les présente l'évangéliste, on n'hésiterait pas à leur dire : Non, ce n'est pas Jésus qui a voyagé avec vous, qui s'est entretenu avec vous; si c'eût été lui, vous l'auriez reconnu à la première vue, à la première parole qu'il aurait proférée ; et, de son côté, ce n'est pas comme un étranger qu'il se serait présenté à vous. Si, malgré ces considérations qui doivent faire pencher la balance du côté de la première impression, on veut à toute force les mettre toutes deux sur la même ligne, il restera deux témoignages qui se contredisent et par conséquent s'annihilent ; et l'on n'est pas autorisé à afïirmer que ce soit Jésus qui ait figuré.
Il ressort, en outre, de cette histoire une conséquence très grave et qui va jeter une vive lumière sur les relations concernant Jésus
ressuscité : c'est que, d'après les idées des évangélistes, rien n'est plus simple et plus acceptable que l'apparition d'un individu qui change de forme et de voix au point de ressembler parfaitement à un autre, et cela sans perdre son identité. Avec les gens qui croient à de telles métamorphoses, il n'y a pas de témoignage possible ; tous les faits peuvent être défigurés, travestis ; celui qui a vu Pierre, vous racontera sérieusement que c'était Paul ayant pris la figure de Pierre. Vous avez perdu votre tante, vous avez assisté à ces derniers moments, suivi ses funérailles: huit jours après, on viendra vous affirmer qu'on l'a vue se promener dans la ville; celui qui vous fait ce récit, a rencontré n'importe qui, un cuirassier par exemple, et il s'est figuré que c'était votre tante sous une autre/orme, comme Jésus revêtant l'aspect d'un jardinier ou apparaissant aux deux disciples dont parle Marc. Dès que vous avez affaire à des hommes dont la crédulité atteint des proportions aussi colossales, les narrations perdent toute leur valeur, et toutes les histoires de Jésus ressuscité s'évanouissent comme des chimères (1).
D'après Marc, quand les deux disciples auxquels Jésus avait apparu sous une autre forme, racontèrent à leurs collègues ce qui leur était arrivé, ceux-ci ne les crurent pas (XM, 3). Ce ne sont pas seulement quelques-uns des disciples qui refusent de se rendre à ce témoignage; tous sont unanimes. Et cela se conçoit, du moment que les deux disciples avaient eu soin de mentionner dans leur récit la circonstance capitale, décisive, de l'apparition sous une cadre forme. Mais l'évangéliste, qui croit aux métamorphoses, se contente parfaitement de ce même témoignage et rapporte les paroles de blâme contre ceux qui ont refusé de l'admettre. Suivant lui, Jésus apparut aux onze apôtres et commença par leur reprocher leur incrédulité et la dureté de leur cœur (Ibid., 14). Il n'aurait pas été
(1) On peut encore jnger du peu de bon sens des évangélistes par deux traits. Ils rapportent qu'ilérode, le tétrarque, entendant parler des miracles de Jésus, se figura que celui-ci pourrait bien n'être autre que Jean-Baptiste ressuscité des morts, et que c'était pour ce motif qu'on faisait des choses merveilleuses par la vertu de ce revenant (Mat. XIV, 1,2; Marc, VI, 14; Luc IX, 7). Et quand Jésus demanda à ses disciples ce que le peuple pensait de lui, ils lui répondirent : Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, d'autres Élie, Jérémie, ou quelqu'un des prophètes (Matt., XVI, 13,14; Marc, VIII, 27; Luc, IN, 19). Les évangélistes, il est vrai, n'ajoutent pas foi à ces rumeurs; mais ils les rapportent sérieusement, comme des idées, accréditées et dignes d'être prises en considération ; ils y voient l'expression de l'opinion générale. S'ils n'y eussent vu que des propos d'aliénés, ils n'en eussent pas fait mention. C'était d ne à leurs yeux une grave hypothèse que celle d'après laquelle Jésus, âgé de 33 ans, aurait été identique à un homme du même âge, décapité quelques mois auparavant.
supcrHu de nous dire si celui qui tenait ce langage, avait les traits de Jésus, et justifiait suffisamment de son identité. Mais une telle précaution ne pouvait venir à l'esprit de l'évangéliste qui met sur la même ligne les trois apparitions (à Madeleine, aux deux disciples avec une autre forme, et aux onze), et les trouve toutes également acceptables. A défaut d'explication de sa part, le doute est bien permis, et l'on ne peut se tenir pour assuré que celui qui tient aux onze le discours d'adieu, soit réellement .Jésus.
Toutes les autres circonstances des récits évangéliques viennent augmenter cette incertitude. Ainsi, Mathieu, en racontant la seule apparition qui, d'après lui, ait eu lieu aux apôtres, dit qu'en le voyant ils l'adorèrent, mais que néanmoins quelques-uns doutèrent (XXVIII, 17). Pourquoi ce doute? Si celui qui se présentait, avait eU l'extérieur de Jésus, il aurait été à l'instant reconnu de ses apôtres qui, depuis plusieurs années, ne l'avaient pas quitté, avaient vécu dans son intimité, et avaient eu avec lui, deux jours auparavant, de longs entretiens. Celui qui apparaissait, différait donc d'aspect avec Jésus; et alors le doute éprouvé par quelques-uns des apôtres doit être partagé par les lecteurs.
Chez Luc, l'apparition de Jésus à ses apôtres est plus détaillée. Après l'avoir vu et entendu^ tous sont dans le doute ; « dans le trouble et la frayeur dont ils sont saisis, ils s'imaginent voir un esprit (XXI\', 37) ». Il leur montre ses mains et ses pieds, et leur fait observer qu'un esprit n'a ni chair ni os ; puis il mange, pour achever de prouver sa corporéité. Ces moyens de preuve n'ont rien de bien concluant. Un esprit, c'est-à-dire une substance immatérielle, n'a ni chair ni os et est impalpable ; mais un esprit est également invisible, puioqu'il n'est pas composé de molécules matérielles qui puissent réfléchir les rayons lumineux et présenter l'image d'un corps. Si, d'après les idées des apôtres, un esprit pouvait se rendre visible, il n'y a pas de raison pour refuser d'admettre qu'il puisse se rendre palpable. Leur doute et leur trouble ne peuvent s'expliquer qu'autant que le témoignage de leurs sens refusait de reconnaître Jésus dans l'individu qui leur adressait la parole.
Le quatrième évangile donne trois apparitions de Jésus à ses disciples. La première ne contient aucun détail relatif â Tidentifé. Seulement, on y fait observer que Thomas, qui ne s'y était pas ti-ouvé, refuse de se rendre au témoignage de tous ses collègues, et dit: « Si je ne vois dans ses mains les marques des clous, et si je ne mets mon doigt dans le trou des clous et ma main dans la plaie de son côté, je ne croirai point (Jean, XX, 25)». Cette persistances récuser le témoignage unanime des apôtres serait bien extraordi-
naire^ si ceux-ci avaient affirmé à Thomas qu'ils avaient vu Jésus et l'avaient parfaitement reconnu ; elle se conçoit, si les apôtres ne lui ont rendu compte que d'apparitions semblables à celle d'Emmaûs, c'est-à-dire d'un quidam n'ayant aucune ressemblance avec Jésus, mais qui néanmoins serait réputé pour être Jésus sous une autre forme. Voyons si nos soupçons vont être confirmés par^l'entrevue avec Thomas.
Ce dernier s'étant trouvé avec les disciples, Jésus vient au milieu d'eux et lui dit : « Mets ici ton doigt; considère mes mains ; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais fidèle (Jean, XX, 26-29) ». Thomas se rendit à cette épreuve. L'historien, en la rapportant, paraît la considérer comme une preuve décisive de l'identité de Jésus ; à bien l'examiner, son récit doit produire un effet tout contraire. Quand un homme a été quelque temps séparé de son meilleur ami et qu'il le retrouve sprès les plus cruelles vicissitudes, que se passe-t-il? Dès qu'il l'aperçoit, il se jette dans ses bras, lui témoigne sa joie de le revoir, s'informe de son état de santé, l'entretient des malheurs et des souffrances que cet ami a éprouvés. Jamais il ne viendra à l'idée de l'un ou de l'autre de commencer l'entrevue par la constatation des signes particuliers et non apparents, comme fait un gendarme qui confronte le porteur d'un passe-port suspect. Si pourtant les deux amis, avant d'échanger une parole affectueuse, procèdent à une telle vérification, on peut affirmer à coup sûr que des motifs graves s'élevaient contre l'identité. Le nouvel arrivant ne présentant pas l'aspect de celui dont il prenait le nom, on a dû, avant de l'accueillir amicalement, prendre des précautions pour ne pas s'exposer à être dupé par un imposteur. Ces précautions sont blessantes pour celui qvi en est l'objet; mais elles sont nécessitées par le changement physique qui s'est fait en lui et qui le rend méconnaissable, même pour ses proches. Ainsi, de l'incident par lequel commence la scène avec Thomas, nous devons conclure que, non seulement celui-ci ne reconnaissait pas Jésus à la première vue, mais même que le témoignage des sens lui faisait voir dans le survenant un étranger.
Dans un cas pareil, c'est-à-dire quand un homme diffère entièrement, par l'aspect et par le son de voix, de l'individu qu'il dit être, la vérification est assez difficile. Le moyen que prend Thomas', c'est la constatation des marques physiques, des vestiges du crucifiement. En trouvant sur la personne soumise à son examen, ces marques que devait porter Jésus, il n'hésite pas à la reconnaître. Eh bien ! il n'a pas fait preuve de sagacité. Les signes physiques sont insuffisants pour produire une certitude parfaite; il n'est pas impossible
qu'elles se rencontrent chez un intrus. Ce qu'il devait faire, c'était d'entretenir la personne dont l'identité était problématique^ de lui rappeler des scènes auxquelles lui et Jésus avaient pris part, des causeries intimes, des circonstances connues d'eux seuls, et de s'assurer par là si cette personne avait connaissance de faits que Jésus seul était en état de rapporter. Ce n'est que par l'évocation de tous ces souvenirs d'une vie commune, qu'il serait parvenu à dissiper tous les doutes. En se contentant des marques matérielles, il s'exposait à confirmer une erreur, à accréditer une usurpation.
Il est bien peu probable, nous dit-on, qu'une personne autre que Jésus ait porté sur son corps les mêmes marques du crucifiement, ait eu, comme lui, des plaies aux mains et au côté ; mais il est encore bien plus invraisemblable qu'un mort ressuscite; et quand il s'agit d'un homme dont on suppose, dans le récit, la mort constante et avérée, quand un individu se présente comme étant ce même homme ayant subi la mort^ et que néanmoins il diffère complètement d'aspect avec celui dont il prend le nom, la défiance doit être fort grande, et l'on ne saurait trop multiplier les moyens de vérification. Tout s'accorde ici pour repousser de telles prétentions: le fait de la mort de Jésus et le témoignage des sens qui s'élève contre le survenant. C'est là une circonstance inouïe, où les motifs de dénégation ne pourraient céder qu'à un ensemble de preuves complètes, décisives. En présence de deux invi-aisemblances, le plus sage est de rester dans le doute. Thomas est loin de mériter la réputation qui lui a été faite, d'un esprit fort qui ne croit que ce qu'il voit, qui ne se rend qu'à l'évidence. Il se conduit au contraire avec légèreté. Jésus, ou celui qui prend son nom, lui reproche (et il avait ses raisons pour cela) d'être trop exigeant quant aux preuves ; il a péché, au contraire, par trop de facilité; et finalement, même après sa constatation des marques, le lecteur n'est pas édifié sur l'identité, et l'on se demande si • c'est bien Jésus qui s'est montré à Thomas et aux autres apôtres.
Le quatrième évangile rapporte une troisième apparition de Jésus aux apôtres ; elle a lieu sur le bord du lac de Tibériade. Les apôtres péchaient; il faisait jour. « Jésus parut sur le rivage, sans que ses disciples connussent que c'était Jésus (Jean, XXI, 5) » Jésus s'approche d'eux, leur indique un endroit où ils doivent jeter leurs filets, et ils obtiennent une pêche d'une abondance extraordinaire. C est alors seulement que Jean le reconnaît; le narrateur ne dit pas à quels signes, mais il insinue que la circonstance de cette pêche réputée miraculeuse a été pour lui un indice révélateur. Jean fait part de sa découverte à Pierre; ni l'un ni l'autre n'adresse la
parole à Jésus. Un peu plus tard, Jésus se met à table avec eux et leur dit : « Qu'avez-vous à manger? — et nul de ceux qui se mirent là pour manger, n'osait lui dire: Qui ètes-vous? — Car ils savaient que c'était le Seigneur {Ici., 12) )>.
\o\\k une histoire fortétrangeet qui, rapprochée des précédentes, ne fait qu'épaissir les ténèbres. Jésus, d'après le même narrateur, s'était déjà fait reconnaître d'eux, avait levé les doutes des plus récalcitrants : il se montre de nouveau, et ils ne le reconnaissent pas. Il faut croire, d'après cela, que les reconnaissances précédentes avaien été bien imparfaites, conjecturales, ou que Jésus, suivant l'habitude par lui prise depuis sa résurrection, avait revêtu une autre forme, et même une forme différente de celle sous laquelle il s'était d'abord montré. Nous retombons donc dans les embarras causés par la difficulté de distinguer un individu, quand il diffère en tout de lui-même. Malgré ce déguisement inconcevable, les disciples le reconnaissent, mais successivement. C'est Jean le premier qui perce le mystère, et c'est au coup de filet qu'il reconnaît Jésus dans un individu dont l'aspect n'est pas du tout celui de Jésus. Le lecteur peut à bon droit se montrer plus exigeant et trouver que les motifs par lesquels s'est formée en ce cas la conviction de l'apôtre, sont puérils et pitoyables. Le hasard seul pouvait être cause d'une pêche abondante ; et de ce qu'un inconnu a indiqué un bon endroit pour jeter les filets, conclure qu'il ne peut être que Jésus, c'est donner une bien pauvre idée de sa judiciaire.
Et que penser de l'entrevue de Jésus avec ses disciples? Jean dit à Pierre : C'est le Seigneur. Pierre, probablement, fait part de cette communication aux autres disciples ; et c'est sur la parole de Jean, qu'ils reconnaissent Jésus. Puisque leur première impression les avait amenés à ne voir qu'un étranger dans l'homme aux filets, pour que leur conviction changeât à son égard, il aurait fallu des raisons graves, décisives ; il ne suffisait pas de l'insinuation d'un collègue. Mais il résulte du récit, que leur opinion n'est pas bien affermie; car ils n'osent adresser la parole à cet homme qu'ils prennent pour le Seigneur. S'ils avaient eu à cet égard une certitude parfaite, comment expliquer ce silence et cette attitude réservée? Comment ! ils ont déjà eu avec Jésus des entrevues dans lesquelles ils ont pu s'entretenir à cœur ouvert, recevoir ses instructions, lui témoigner leur affection ; ils sont à la veille d'une dernière et solennelle séparation ; Jésus leur dit sèchement : «Venez dîner », sansy ajouter ni un mot d'amitié, ni une parole qui dissipe leurs doutes et les rassure sur sa métamorphose : Et eux, bien qu'ils percent ]'in-
cognito, ils restent en sa présence, interdits, silencieux ! Tout cela est inadmissible.
Ainsi les diverses scènes oi^i les évangélistes font intervenir Jésus ressuscité, contiennent des circonstances qui font révoquer en doute l'identité de sa personne. Jésus ne s'étant pas montré en dehors du cercle de ses disciples, on doit être d'autant plus exigeant quant aux preuves de la réalité de ses communications avec ceux-ci. Et malheureusement^ les narrations sont d'une insuffisance déplorable. Tantôt Jésus paraît sous une autre forme, tantôt c'est sous sa forme connue; il ne se fait reconnaître que pour se rendre méconnaissable quelques instaiits après ; ses disciples le prennent pour un autre; ils se retrouvent en sa présence et le méconnaissent de nouveau ; les déguisements et la véritable forme ne cessent de se succéder; aucune des reconnaissances n'est définitive et ne prévient les méconnaissances dans les entrevues ultérieures. Nous n'avons, en un mot, qu''une série de scènes invraisemblables, où rien ne se passe comme dans la vie réelle, où les disciples semblent être livrés à des illusions, agissent comme des gens privés de raison. Le lecteur ne peut puiser dans ces récits informes, incohérents, la certitude que Jésus se soit montré vivant après son crucifiement. Si Ton objecte l'invraisemblance immense qu'il y aurait à ce qu'un individu qui n'aurait pas été Jésus, ait pu se faire accepter comme étant Jésus par les apôtres, nous répondrons qu'une résurrection est au moins aussi invraisemblable. D'ailleurs, nous n'affirmons pas qu'un intrus se soit fait passer pour Jésus : nous ne sommes pas obligé de raconter ce qui a réellement eu lieu; il nous suffit de faire voir que les récits évangéliques sont inadmissibles, qu'ils nous fournissent les raisons les plus sérieuses pour contester l'identité de la personne présentée comme Jésus ressuscité. Nous n'avons point à remplacer un récit par un autre récit, un roman par un autre roman. Nous sommes en droit de dire aux chrétiens: Votre doctrine est fondée sur la résurrection de Jésus ; eli bien ! ses historiens s'y sont pris de manière à rendre ce fait inacceptable pour tout homme de bon sens. -t
Si maintenant on se place au point de vue du surnaturel, on peut demander pourquoi Jésus, qui devait apporter la lumière au monde, s'est plu à la metti-e sous le boisseau ; pourquoi il a refusé de se montrer ressuscité à ceux qui auraient eu besoin de ce miracle pour se convertir; pourquoi, même envers ses disciples, il s'est conduit de manière à rendre son identité problématique; pourquoi il s'est amusé à changer de forme, à illusionner ses spectateurs et à leur ouvrir ensuite les yeux (Luc XXIV^ 81), à prendre, quitter et reprendre un extérieur étranger, de manièi-e à tromper les hommes ;
pourquoi il a employé son pouvoix- miraculeux à égarer les esprits a nuire à la cause de la vérité; pourquoi, par de pitoyables métamorphoses, il s'est mis au niveau des sorcières des contes des tees; pourquoi... Mais nous allions oublier que les mystères de la sagesse divine sont impénétrables et que le plus souvent cette sagesse affecte de ressembler à la folie.