‹ Essais de critique religieuseChapitre 24 sur 55 · PRÉDICTIONS DE JÉSUS · texte numérisé non relu

PRÉDICTIONS DE JÉSUS

On trouve, dans les évangiles, la prédiction de plusieurs événements. La plupart de ces prédictions se sont trouvées en défaut (1), notamment l'annonce faite par Jésus, que, du vivant de ses comtemporains, la fin du monde viendrait, et qu'il siégerait au haut des nuées, à la droite de son père, pour juger l'humanité entière. Il est donc bien prouvé que, quand .Jésus a voulu jouer le rôle de prophète, il a échoué de la manière la plus pitoyable ; il suffit d'une prophétie fausse pour qu'on soit parfaitement fondé à lui refuser la vue claire et assurée de l'avenir, qui, d'après les croyants, est un des apanages de la divinité. Mais quelques autres prédictions se trouvent, en partie, confirmées par les faits; ce sont celles-là, bien entendu, que les croyants aiment à citer comme une preuve éclatante de l'inspiration divine. Nous allons examiner en quoi o-es consistent et si elles dénotent une prescience qui dépasse les facultés humaines.

Nous avons à faire au préalable une remarque qui s'applique à toutes les prédictions, c'est que nous n'avons aucune garantie qu'elles aient été écrites et publiées antérieurement aux événements qu'elles concernent. Non seulement l'authenticité des évangiles n'est pas prouvée, mais il résulte des travaux d'une critique judicieuse, que ces livres n'ont été écrits que dans la seconde moitié du second siècle. C'est un point capital et qu'il ne faut pas perdre de vue.

I. Persécutions contre les chrétiens. — Jésus, nous dit-on, a prédit les persécutions qui ont sévi contre son Église; aucune intelligence humaine n'aurait pu voir, si longtemps d'avance, des événements si extraordinaires.

Voici les textes principaux : « On vous livrera pour être tourmentés, on vous fera mourir, et vous serez haïs de toutes les

(1) Voir mon ouvrage intitulé : Jésus réduit à sa juste valeur., chap. vu.

iiMtioiis à (•;iuso de mon iioiii. Km rc temps (le temps qui précédera kl mine de Jérusalem), plusieurs trouveront des occasions de scandale et de chute; ils se trahiront et se haïront les uns les autres (Math. XXI\', 9, 10). Ils vous feront fouetter dans leurs synagogues, et vous serez présentés, à cause de moi, aux gouverneurs et aux rois pour leur servir de témoignage, ainsi qu'aux nations (id. X, 11-18). Vous serez en haine à tout le monde à cause de mon nom (ici. X, 22). » Dans Marc, on trouve des prédictions à [)eu près semblables (XIII, 9, 13) ; on y remarque ce passage : « Il faut auparavant que l'Évangile soit prêché à toutes les nations (XIII, 10). » On lit aussi dans Jean : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi.... Ils vous feront tous ces mauvais traitements à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent point celui qui m'a envoyé (XV, 20, 21). Ils vous chasseront des synagogues, et le temps viendra où, quiconque vous fera mourir, croira faire une chose agréable à Dieu (XVI, 2). »

Luc fait prédire par Jésus les mêmes persécutions que nous avons vues chez les deux premiers évangélistes, et il place aussi ces événements avant tout cela, c'est-à-dire avant la dernière guerre des Juifs et la ruine de Jérusalem (XXI, 12, 13). Enfin, on remarque chez Luc ce passage : « Vous serez trahis et livrés par vos pères et vos mères, par vos frères, par vos parents, par vos amis, plusieurs de vous seront mis à mort, et vous serez haïs de tout le monde à cause de mon nom. Cependant, il ne se perdra pas un cheveu de votre tète (id. v. 16-18). »

Signalons d'abord l'étrange contradiction qui se trouve dans ce dernier passage : Jésus prédit à ses apôtres que plusieurs d'entre eux seront mis à mort, et, en même temps, il leur assure qu'il ne tombera pas un cheveu de leur tête. En prédisant ainsi le pour et le contre, on est bien sûr d'avoir raison, quoi qu'il arrive.

Jésus ne s'adresse qu'à ses apôtres ; et ce qui prouve que ses paroles n'ont pas une portée plus étendue, c'est qu'il déclare, à plusieurs reprises, que tout ce qu'il annonce recevra son exécution avant la ruine de Jérusalem, c'est-à-dire dans un délai de quelques années. On ne peut donc lui faire honneur d'avoir prédit les persécutions qui devaient frapper son Église pendant la durée de trois siècles, ni surtout d'avoir désigné d'avance les événements d'une manière circonstanciée. La question étant ainsi réduite, il s'agit seulement d'examiner si, avec une pénétration qui n'excédait pas la nature humaine, il pouvait prévoir le sort qui attendait ses apôtres. Or, Jésus trouvait une vive répulsion de la part de la majorité des Juifs ; il fut plusieurs fois menacé de mort.

obligé de fuir d'un lieu dans un autre pour échapper à ses ennemis qui, une fois entre autres, voulurent le lapider (Jean, VIII, 59). Il n'est donc pas étonnant qu'il ait prévu que sa doctrine rencontrerait, pour s'établir, de graves obstacles, que ses disciples seraient haïs, persécutés, et que quelques-uns seraient mis à mort à cause de leur apostolat. Tout cela devait^ suivant toute probabilité, avoir lieu d'après le cours naturel des choses. C'est ainsi qu'on a pu, sans être grand prophète, prédire que la Révolution française, comme Saturne, dévorerait ses enfants.

Les évangélistes qui, plus de cent ans après la mort de Jésus, ont écrit sa vie, ont recueilli, d'après les traditions, ses discours qui, après avoir passé par plusieurs intermédiaires, avaient dû nécessairement subir des altérations plus ou moins importantes ; ceux qui les avaient transmis, ont pu, même sans mauvaise intention, donner aux prédictions une certaine couleur, de manière à augmenter la conformité qu'on croyait y voir après les événements ; au moyen de ces transformations, des discours vagues peuvent devenir après coup des prédictions précises. Ainsi, aux époques où Ton peut placer avec vraisemblance la rédaction de ces évangiles, plusieurs disciples de Jésus avaient été mis à mort, tels que Etienne (Act. ap. VII) et Jacques {id. XII); Pierre et Jean avaient été emprisonnés et traduits devant la synagogue {ici. IV, XII, 4, 6); des apôtres, dont le nombre n'est pas déterminé, avaient subi le même sort {id. V, 18, 26), et ensuite avaient été fouettés (o. 40); la persécution était devenue plus générale (ïc/. VIII, IX, 12); Paul et Barnabe avaient été lapidés (XIV, 18); la persécution de Néron s'était étendue sur une plus grande échelle. Les narrateurs qui écrivaient après tous ces événements, pouvaient se donner le mérite facile de les faire prédire.

Ces prédictions, d'une date problématique, sont loin de cadrer avec les événements. Ainsi Jésus annonce que les persécutions n'auront lieu qu'après que l'Évangile aura été prêché à toutes les nations (Marc, XIII, 10). Cette condition n'a jamais été remplie, puisqu'aujourd'hui même il existe des nations qui n'ont jamais eu connaissance de l'Évangile, et que les persécutions racontées au commencement du livre des Actes des Apôtres, ont eu lieu à une époque où la prédication chrétienne n'avait pas franchi les limites de la Judée. Bien plus, les apôtres, à cette même époque, considéraient la doctrine de Jésus comme destinée exclusivement aux descendants d'Israël, et il n'a fallu rien moins qu'une manifestation surnaturelle pour faire connaître à Pierre que les Gentils, c'est-àdire tous les hommes étrangers à la race juive, étaient appelés à

recevoir la doctrine de Jésus et le salut qui y était attaché (Act. ap. X); et quand on vint le chercher pour haptiser le centurion Corneille, il annonra la vocation des Gentils comme une nouveauté résultant d'un décret tout récent de Dieu : « Vous, savez, dit-il, que les Juifs ont en abomination d'avoir quelque liaison avec un étranger, ou d'aller le ti'ouver chez lui; mais J)ieu m'a fait voir que je ne devais estimer aucun homme impur ou souilJé. C'est pourquoi, dès que vous m'avez mandé, je n'ai fait aucune difficulté de venir (;•». 28, 29). » Les apôtres ne pouvaient donc, avant la vision de Pierre, songera aller prêcher l'Évangile aux nations; ils avaient pu, par exception , admettre dans la communauté chrétienne quelques Gentils, comme l'eunuque de la reine d'Ethiopie, baptisé par Philippe (Aci. ap. VII, 27 et suiv.); ils ne faisaient en cela que suivre la tradition juive, qui permettait de naturaliser des étrangers, de faire des prosélytes (Math., XXIII, 15). Mais il y a loin de là à une prédication générale adressée à tous les peuples. La prédiction de Jésus est donc en défaut sur ce point.

Elle l'est encore en ce que, d'après lui, le caractère principal de la persécution qui devait frapper ses disciples, consistait dans des trahisons : c'était là le sort réservé à tous les apôtres. « Vous serez trahis et livrés par vos pères et vos mères, par vos frères, vos parents, vos amis (Luc, XXÎ, 16). Le frère livrera le frère à la mort, et le père le fils ; les enfants s'élèveront contre leurs pères et leurs mères, et les feront mourir (Marc, XIII, 12). » Nous ne voyons rien de semblable dans les persécutions racontées au livre des Actes des Apôtres, ni dans la persécution de Néron, ni dans les récits dignes de foi, du martyre des chrétiens des deux premiers siècles. Ce n'est que dans les légendes fort suspectes, pour ne rien dire de plus, des siècles postérieurs, qu'on voit des pères dénaturés imposer à leurs enfants l'adoration des faux dieux, et, sur leur refus, leur infliger les tourments les plus atroces (1). Mais ces trahisons domestiques qui, d'après Jésus, devaient être la règle générale et s'appliquer notamment à ses disciples immédiats, n'ont eu lieu pour aucun d'eux. Voilà donc encore notre prophète démenti par les faits.

Pour qu'une prédiction pût être regardée comme extraordinaire, il faudrait qu'elle ne se bornât pas à annoncer un de ces événements comme il s'en présente souvent, et que peut amener le cours

(1) Par exemple, sainte Barbe dont le martyre est représenté dans la basilique de Saint-Denis Godescard avoue qu'on n'a rien de certain sur sa vie. ( Vies des saints, tome XII, au 4 décembre.)

ordinaire des choses; il faudrait préciser un fait et le désigner mmutieusement par des circonstances particulières qui le distinguent et lui donnent un cachet spécial. Ici, nous ne trouvons rien de semblable. Nulle indication de temps ni de lieu, ni du genre de mort. La persécution de Xéron avait surtout quelque chose de vraiment remarquable; des hommes couverts de peaux de bètes et dévorés par des chiens, d'autres enduits de résine et allumés pour servir de flambeaux (1), voilà qui n'est pas vulgaire, et ce dont la description anticipée aurait eu quelque chose de frappant. Mais les prédictions n'en disent rien et ne sortent pas des banalités qui se trouvent dans toutes les persécutions : emprisonnement, flagellation, victimes amenées devant les gouverneurs ou magistrats et condamnées à mort ; tout cela avait lieu chaque fois qu'une secte ou un parti était en butte à la haine ou à la vengeance des princes. Le prétendu prophète n'annonce rien qui dépasse la sagacité humaine, rien qui dénote une vue surnaturelle de l'avenir.

II. Ruine de Jérusalem. Destrmctioii du Temple. — On fait honneur à Jésus d'avoir prédit la destruction du temple et la ruine de Jérusalem (Luc, XIX, 43, 44; Math., XXH', 6, 7, 15; Luc, XXI, 9-12, 20, 24; Marc, XIII, 7, 8, 14). D'après la si^tuation des esprits en Judée, on pouvait, à cette époque, prévoir une catastrophe comme imminente : les Juifs ne pouvaient se plier à la domination romaine; ils se croyaient investis par Jéhovah lui-même de la terre sacrée, et ils la considéraient comme souillée par la présence des Gentils, et surtout par les emblèmes idolAtriques qui accompagnaient l'exercice de la puissance des conquérants; ils se nourrissaient de la lecture des livres saints, qui leur promettaient la victoire sur leurs ennemis; ils attendaient la venue prochaine du Messie qui devait être leur libérateur et ouvrir pour eux une ère de gloire et de félicité. L'enthousiasme religieux et politique produisait une fermentation générale ; des soulèvements nombreux avaient eu lieu, et Pilate n'avait pu les réprimer qu'en immolant une foule de rebelles. On pouvait donc regarder comme très probable que de nouvelles collisions auraient lieu, que les patriotes Israélites feraient de nouvelles tentatives d'affranchissement, et que la nation succomberait dans cette lutte inégale.

Il est possible que Jésus ait apprécié sainement la situation, ait aperçu dans un avenir prochain la chute définitive de la nationalité juive, et ait annoncé que cette catastrophe serait le prélude

(1) Tacite, AnnaL,h. XV.

de la j)alii)g«^nésie universelle, à la suite de laquelle il se flattait d'inaugurer son royaume messiani(|ue.

Une pi'édiction ne peut avoir de valeur qu'autant qu'il est parfaitement constaté qu'elle a précédé l'événement prédit. Uril est impossible de prouver qu'aucun des trois premiers évangiles ait été com- |)()S(; avant la ruine de Jérusalem, arrivée en l'an 70. Nous n'avons donc aucune garantie que les discours qui s'y trouvent et dans lesquels Jésus prédit cet événement, aient été tenus par lui. Tout cela a })U être composé après l'évcnement : il est possible aussi que des discours vagues, dans lesquels Jésus faisait entrevoir comme prochaines de terribles calamités, aient été retouchés après les événements, de manière à présenter une conformité qui, dans l'origine, n'aui-ait pas existé; par exemple, on a pu ajouter l'annonce de pestes et de famines comme devant précéder la ruine définitive, et prédire, après coup, que les Israélites seraient passés au fil de l'épée et ennnenés captifs chez toutes les nations (Luc, XXI, ^4). Ce qui manque à tout cela, c'est une date certaine.

Quant au temple, il est dit qu'il sera détruit au point qu'il n'en restera i)as pierre sur pierre (Math. XXIV; Marc, XIII, 2). Nous nous contenterons d'appliquer à cette prédiction ce que nous venons de dire de celle qui concerne la ruine de Jérusalem. Mais il y a de plus à remarquer que les chrétiens se sont plu à étendre arbitrairement la i)rédiction sur le temple : suivant eux, Jésus aurait prédit, non seulement que cet édifice serait dfHruit, mais qu'il ne serait jamais rebâti; et cette prétendue proph(Hie, qui ne se trouve dans aucun endroit des livres saints, aurait reçu une consécration éclatante; quand l'empereur Julien, pour convaincre de fausseté la pai'ole de Jésus, tenta de faire rebâtir le temple, tentative qui échoua par suite d'un phénomène miraculeux. Ce qui se passa lors de la tentative de Julien, peut s'expliquer naturellement, comme le remarque très bien le savant M. Munck (1). Mais rien de semblable n'eut lieu, quand le kalife Omar fit bâtir en 03G, sur rem|)lacement du temple, une superbe mosquée qui existe encore aujourd'hui. Si la prophétie qu'on allègue existait réellement, elle aurait reçu par là un démenti écrasant. Il serait donc plus sage pour les chrétiens de n'en rien dire et de renoncer à invoquer l'aventure de Julien. La seule chose certaine, c'est que le temple a été détruit sous Titus, et que la prédiction de cette destruction est consignée dans trois écrits dont on ne trouve aucune ti'ace antérieure à l'événement.

(1) La Palestine, faisant partie de l'Univers piilores<jue^ 1 vol. iu-S*^. Paris. 18îi6. Pa-res 009. 614.

III. Glorification de MatHe et de Magdeleine. — Dans l'évangile de Luc, ]\Iarie, mère de Jésus, s'exprime ainsi : « Toutes les générations me diront heureuse (Luc, I, 48). » Jésus dit de la femme qui lui a huilé les pieds : « Partout où sera prêché cet évangile^ dans tout le monde, on dira ce que cette femme a fait en mémoire de moi (Math., XXVI, 13. Conf. Luc, XIV, 9). » On a prétendu qu'il y avait là une vue prophétique des honneurs rendus à ces deux femmes par le catholicisme. — Nous sommes obligé de repix)duii-e ici nos observations sur le défaut de date certaine de ces prédictions. Si, comme tout porte à le croire, les évangiles n'ont reçu leur rédaction définitive que plus de cent ans après la mort de Jésus, c'est-à-dire à une époque oii la secte chrétienne avait déjà fait des progrès considérables et s'était répandue dans beaucoup de provinces de l'empire, il n'est pas étonnant que les narrateurs aient envisagé avec un pieux respect les personnages qui avaient tenu de près au Christ, soit par la parenté, soit par des liens d'amitié, ou qui lui avaient rendu service, et qu'on ait cherché à les glorifier et à leur conférer une haute importance. On a donc fait parler Marie d'après les idées qu'on commençait à se faire, dans la société chrétienne, de la mère du Sajuveur. Mais peut-on affirmer sérieusement que le long cantique appelé Magnificat, d'où est tiré le passage que nous venons de citer, ait été récité par elle et recueilli textuellement, on ne sait par qui; que ce morceau d'éloquence ait pu se transmettre mot pour mot, en passant par divers intermédiaires, jusqu'au troisième évangéliste qui n'avait pas connu Jésus "^ Tout cela n'est possible qu'à l'aide de miracles et de l'inspiration surnaturelle reconnue par l'Église aux évangélistes. Mais pour le philosophe qui i-echerche la vérité au moyen des lumières de la critique, qui commence par mettre tout en question et n'admet que ce qui est parfaitement prouvé, le discours de Marie n'a aucune authenticité et porte l'empreinte des idées qui ne se sont introduites qu'à une époque bien postérieure. Il n'est nullement établi, nullement waisemblable que Marie, avant d'avoir enfanté Jésus, ait pr-évu la grandeur future de son enfant et ses hautes destinées, ni qu'elle ait deviné son rôle de Messie : le contraire résulte même de l'évangile de Luc, qui raconte que, quand Jésus déclara à Marie et à Joseph qu'il avait à s'occuper des affaires de son père, ils ne le comprirent pas (II, 49, 50.)

Enfin, quand même on admettrait l'authenticité des paroles dont il s'agit, quelle en serait la valeur prophétique V Quant à la première, c'est tout simplement une femme enceinte qui, enchantée de sa situation, fait éclater sa joie et s'imagine que tout le monde doit

la trouver heureuse. C'est ce qui se voit tous les jours, et de pareils transports d'allégresse ne sont point regardés comme miraculeux. Quant aux paroles prononcées par Jésus à la femme qui l'avait oiit, rappelons-nous qu'il se figurait être le Messie qui prochainement devait juger l'humanité; il se croyait donc en droit de conférer d'immenses privilèges ; il annonçait aux apôtres qu'ils siégeraient sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël (Math. XIX, 28); il pouvait, à plus forte raison, octroyer à l'oignante des prérogatives moins élevées. Il n'a point jusqu'ici jugé le monde : mais, malgré le défaut de réalisation de sa promesse, le monde peu exigeant a fait de lui un prophète et un Dieu. On ne peut en conclure que Jésus ait vu juste, puisque les choses ne se sont pas passées comme il les avait annoncées. Seulement, sa déification a jeté du lustre sur ceux qui l'ont approché.

En résumé, on voit que la prescience de Jésus se réduit à bien peu de chose, et que le Dieu des chrétiens, comme prophète, est bien inférieur à l'astrologue Nostradamus (1).

(t) Ou lit daus Nostradamus la prédiction suivante ;

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