SÉNAT DE LONDRES METTRONT A MORT LEUR ROI
{Centvrie. IX, quatrain 49, vers 2.)
Elle s'applique clairement à l'arrêt par lequel le Parlement anglais a condamné à mort le roi Charles P''. Or, la premièx'e édition des Centuries est de 15oo, année de la mort de Nostradamus, et la condamnation de Charles a eu lieu en 1649. Ll ne peut y avoir de doute à l'égard des dates; la prédii-tion est irréprochable, et certes, il n'est aucune des prophéties bibliques qui réunisse des caractères aussi satisfaisants. Cependant, personne n'en a conclu que l'astrologue ûrançais ait été envoyé de Dieu ou révélateur.
LE FILS DE L HOiVlME
Parmi les titres que prend Jésus dans les Évangiles, le plus étrange est celui de Fils de l'homme : il se l'applique très souvent en parlant de lui-même à la troisième personne ; mais personne ne le lui donne. Jamais il ne le définit, et les narrateurs ne fournissent à ce sujet aucun éclaircissement. C'est au lecteur à comprendre, s'il le peut. Celui qui s'attribue la mission d'éclairer et de guider le genre humain, qui se dit envoyé de Dieu pour révéler sa loi, devrait avant tout manifester clairement sa pensée et veiller avec soin à ce que ses paroles fussent exemptes d'obscurité et d'équivoque. Ici, au contraire, il semble qu'on ait cherché à plaisir à répandre les ténèbres ; on parle pour n'être pas compris.
Tout homme est fils d'homme ; c'est là une de ces vérités qui, à force d'être vraies, en sont niaises. Qu'un homme se dise fils d"homme, cela ne nous apprend rien, pas plus que les aphorismes de M, de La Palisse. Mais Jésus prend confinuellement cette qualification de Fils de l'homme, comme lui appartenant en propre, comme un attribut essentiel qui l'élève au-dessus de l'humanité. Si ce titre ne contient que ce qu'il semble dire, pourquoi enfler la voix si prétenfieusement pour formuler une banalité insignifiante? S'il y a sous cette expression un sens profond, pourquoi ne pas le dévoiler, afin que les auditeurs sachent qu'elle est la prérogative de celui qui paraît se donner tant d'importance.
Il est à remarquer qu'on ne dit pas fils d'homme, mais fils de l'homme (avec l'arficle), ce qui semble dire que son père est un homme modèle et en quelque sorte le type de la perfection humaine. Cependant les parents de Jésus ne sont nullement présentés dans les Évangiles, comme des êtres d'un mérite supérieur. Si l'on admet, avec les premiers chapitres de ^Matthieu et de Luc, qu'il soit né miraculeusement d'une vierge sans la f3articipation d'un père humain, alors Jésus, loin d'être l'homme par excellence, présen-
tei-ait quelque chose d'anormal et de monstrueux, il serait un lionnne imparfait (1).
Plusieurs commentateurs se sont mis Tesprit à la torture pour deviner cette énigme (2). Naturellement, ils ont été portés à chercher dans l'Ancien Testament, des précédents. On y trouve des passages où la dénomination de Fils de L'homme est tout simplement synonyme d'homme (Ps. VII, 5; Job. XXV, 6). Il en est de même dans un passage du Nouveau Testament (Marc, III, 28), où il est parlé des péchés des enfants des hommes. Dans Ézéchiel, le Seigneur s'adressant au prophète lui dit à plusieurs reprises : Fils de l'homme (II, 1, 3, 6, 8; III, 1, 3, 4, 10, 17, etc.). Il y a là une espèce d'emphase; mais la dénomination n'implique rien de supérieur à la nature humaine. Daniel raconte dans ses visions, (:\\x'\\V\i comme le Fils de l'homme {quasi Filium hominis), qui venait avec les nuées du ciel, et qui s'avançait jusqu'à l'Ancien des jours; et ce dernier ((lui donna la puissance, l'honneur et le royaume, et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les langues le serviront; sa puissance est une puissance éternelle, et son royaume ne sera jamais détruit (Dan. MI, 13, 14). » L'auteur, fidèle au système qui veut qu'un prophète soit obscur, sous peine de perdre son crédit, se garde bien de nous dire quel est ce Fils de l'homme. Il est possible que les Juifs y aient vu le Messie. Si Jésus, en se disant Fils de l'homme, a voulu s'attribuer la qualité de Messie, il est inexcusable de ne pas l'avoir déclaré ouvertement et sans détour, et d'avoir employé, sans explication, une expression impropre, obscure et ridicule.
Strauss fait en vain des efforts pour donner à ce titre une signification raisonnable.
(( Cette expression, dit-il, implique quelque chose de particulier, comme le contraste de la bassesse et de la présomption de l'homme, ou de la faiblesse humaine et de la grâce divine... Il y a des passages où le mot s'accommoderait à la rigueur dans le sens d'un homme honoré de hautes révélations de Dieu, mais néanmoins humble et faible en sa qualité d'homme et soumis à toutes les conditions, nécessités et privations de la nature humaine... Les textes,
(1) Les naturalistes désignent, par le nom de pao'thénogenése, la génération par une femelle vierge : ainsi, pendant l'été, les pucerons enfantent des petits qui, sans avoir été fécondés, donnent naissance à d'autres petits, et ainsi de suite pendant quatre et cin(£ générations. En faisant naître Jésus d'une vierge, loin de le rehausser dans l'échelle des êtres on le rabaisse donc au niveau des pucerons.
(2) Voyez Si^wss^ Nouvelle Vie de Jésus, t. I, p. 295, • il se réfère à la dissertation de Baur, dans la Revue de Hiegenfeid^ III, 274-692.
considérés en eux-mêmes, pourraient encore signifier simplement que lui, l'homme mortel, a été investi par Dieu des fonctions les plus élevées. » Ce sont là des interprétations arbitraires, comme chacun pourrait en forger à sa guise pour trouver tout ce qu'il voudrait dans un texte quelconque. En réalité, quand vous dites un homme, cela veut dire un homme, et rien de plus. Que Jésus répète sans cesse qu'il est un homme, il y a là une affectation superflue, mais qui du moins devrait servir de réfutation anticipée à ceux qui plus tard ont fait de lui un Dieu.
Le Catéchisme protestant (ou Manuel cl' Instfuction chrétienne ; Genève, 1863) a cherché aussi son explication. — « D. Pourquoi Jésus est-il appelé Fils de l'homme V — R. Jésus est appelé Fils de l'homme, parce que, durant son séjour sur la terre, il s'est montré un homme semblable à nous en toutes choses, si l'on en excepte le péché (p. 17). » On n'explique pas par là pourquoi la qualité d'homme est remplacée par celle de Fils de l'homme. Et, de ce que Jésus était semblable aux autres hommes, il s'ensuit qu'il participe à la nature humaine, mais non pas qu'une qualification commune à tous, doive lui être réservé comme un titre distinctif.
Il y a plusieurs passages oi^i ce titre, bien loin de servir à faire connaître la mission de Jésus, est plutôt propre à jeter la confusion. Nous allons en citer quelques-uns.
Jésus veut savoir ce qu'on dit de lui dans le public, et il demande à ses disciples : « Que disent les hommes touchant le Fils de l'homme (Mat. XVI, 13)? » Passons sur ce style barbare. Jésus suppose que les gens, acceptant la dénomination qu'il se donne, consentent à le désigner sous le titre de Fils de Thomme ; et il veut savoir ce qu'on dit de lui, quelle nature, quelle qualité on lui attribue; il reconnaît donc que la qualité de Fils de l'homme n'est pas suffisante pour le définir et n'implique pas celle de Messie, c'est-à-dire celle qu'il voudrait qu'on lui reconnût. Les disciples répondent que les uns le prennent pour Jean-Baptiste ressuscité, d'autres pour Élie, Jérémie, ou quelqu'un des anciens prophètes (toutes versions supposant la réalité de la métempsycose). Jésus leur demande alors ce qu'ils pensent eux-mêmes. Et Pierre répond : Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant. Il résulte de là que Jésus ne s'était pas donné publiquement pour le Messie, que même il ne s'était pas exprimé formellement à cet égard vis-à-vis des apôtres qui étaient pourtant ses confidents ; il voulait qu'on le devinât. Mais, comme il avait pris ostensiblement la qualité de Fils de l'homme, elle ne devait donc pas être considérée comme l'équivalent de celle de ]\Iessie ; on ne peut donc admettre l'interprétation d'après laquelle Jésus, en se
disant Fiis de l'homme, se serait référé au passage de Daniel et se serait donné pour l'être supérieur, investi d'un pouvoir surnaturel par l'Ancien des jours. Cette explication faisant défaut, nous retombons dans l'incertitude où nous jette l'obscurité qui semble calculée dans le langage de Jésus.
Le grand prêtre dit à Jésus : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu bénit f — Jésus lui répond: Je le suis, et tu verras le Fils de l'homme assis à droite de la majesté de Dieu et venant sur les nuées du ciel, (Marc, XIV, 61, 62). » Ainsi Jésus dit en même temps : Je suis le Fils de Dieu, et tu verras le Fils de l'homme. Ces iiis sont donc deux êtres distincts; Jésus se disant Fils de Dieu dans cette circonstance, le Fils de l'homme est donc une personne dilférente, qui lui est étrangère. Tel est du moins le sens qui se l)résente naturellement. Si telle n'est pas ia pensée de Jésus, il est inexcusable de n'avoir pas dit : Je le suis, et vous me verrez ; d'avoir, dans une même phrase, parlé de lui-même, tantôt à la première, tantôt à la troisième personne. Parler pour n'être pas compris, c'est toujours là son procédé favori, et l'on peut dire, sa manie (1). Singulier moyen de montrer sa supériorité !
« De même que le Père a la vie en soij ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en soi, il lui a donné la puissance et le pouvoir de ]\X'^QY, pcu'cc qu'il est le Fils de l'homme (Jean, V, 27).^) L'écrivain sacré veut bien nons faire connaître les motifs des actions divines. Dieu octroie les plus éminentes prérogatives à celui qu'on appelle le Fils, et pourquoi ? Parce qu'il est Fils de l'homme, c'est-à-dire parce qu'il fait partie de l'humanité. Mais, à ce compte, tous les hommes devraient jouir du même privilège. Et n'oublions pas que c'est Jésus qui parle ainsi de lui-même, et qui a la prétention d'être tout à la fois le Fils (tout court) et le Fils de l'homme, et faire dériver la première qualité de la seconde; s'il n'était pas Fils d'homme, il ne serait pas Fils. 0 altitudo ! En voulant nous initier aux secrets de la sagesse divine, il nous en donne une bien triste idée.
Jésus dit aux Juifs : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi (Jean, XII, 32) ». Le quatrième évangéliste, contrairement à son habitude de poser des énigmes sans les résoudre, veut bien
(1) Il le déclare lormellement. « Pour vous (apôtres), il vous est donné de conuailrele mystère du royaume de Dieu. Mais pour ceux qui sont en dehors, tout se passe en paraboles, afin ([u'en voyant ils ne voient pas, et qu'en écoutant, ils n'entendent et no comprennent pas, de peur qu'ils ne viennent à se convertir et que leurs péchés ne leur soient pardonnes (Marc, IV, 11, IJ) ».
nous enseigner que, par ces paroles nébuleuses, Jésus désignait quel serait son genre de mort. Ses auditeurs, privés de cette explication, n'ont pu le comprendre. Il parait cependant qu'ils entendirent que Jésus faisait allusion à sa mort; car ils lui répondirent : « Nous avons appris, dans la loi, que le Christ doit demeurer éternellement. Comment donc dis-tu que le Fils de l'homme doit être élevé? Quel est ce Fils de l'homme?» La question est nette et exige une réponse précise. Mais ici, comme presque partout, l'avantage de la logique et du bon sens est, non pas du côté de Jésus, mais du côté de ses interlocuteurs. Il répond d'une manière évasive : « La lumière est encore avec vous pour un peu de temjDS ; marchez pendant que vous avez encore la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent. Celui qui marche dans les ténèbres, ne sait où il va, etc. » Ces vérités n'avaient rien de bien neuf, elles n'apprenaient rien aux auditeurs et n'avaient pas trait à la question. Yoilk un individu qui ne cesse de parler du Fils de l'homme, de sa haute mission dans le monde, de la nécessité d'obéir à sa voix : on l'interpelle pour lui demander où est ce personnage, quels sont ses titres; et, au lieu de satisfaire à ces exigences légitimes, il vous répond... que celui qui est dans les ténèbres ne voit pas clair. C'est bien la peine de descendre du ciel pour débiter de pareilles pauvretés !
L'Eglise qui sait tant de choses et qui, en vertu de son autorité infaillible, a prononcé souverainement sur tant de questions, n'a pas encore expliqué ce qu'il fallait entendre par Fils de l'homme. Jésus a grandi progressivement : appelé, dans les Évangiles, le Fils, fils de David^ fils de Dieu, Christ, Roi des Juifs, il est devenu Dieu ; d'abord inférieur à Dieu le Père, comme il avait la modestie de le reconnaître (Jean, XIV, 18), il est devenu son égal (au moins), tout en restant Fils de l'homme. Cette dernière qualification semble cependant peu en harmonie avec sa nouvelle dignité; car elle désigne, suivant le sens littéral, non pas l'Homme-Dieu, tel que l'accepte la croyance chrétienne, mais un être n'ayant qu'une origine humaine et ne s'élevant pas au-dessus de la nature humaine. N'importe. Les fidèles répètent docilement et sans chercher à comprendre, les mots Fils de Vhommej qui font d'autant plus d'effet qu'on ne sait ce qu'ils veulent dire. La foi a besoin de mystère, elle aime à se prosterner devant des absurdités et des puérilités.