‹ Essais de critique religieuseChapitre 39 sur 55 · LA VIERGE-MÈRE · texte numérisé non relu

LA VIERGE-MÈRE

Le christianisme fait naître d'une vierge- mère son Dieu révélateur: il a cru ainsi rehausser la dignité d'un siéminent personnage, en le plaçant, pour son origine terrestre, en dehors des lois qui régissent le commun des hommes. On trouve des prétentions semblables chez plusieurs religions antérieures au christianisme : dans la religion bhramanique, Krischna, incarnation de Vichnou, seconde personne de la Trinité, naît d'une vierge (1) ; il en est de même du fondateur du Boudhisme, Chakia-Moùni (2), et du grec Persée (3). Ainsi, sur ce point comme sur tant d'autres, le christianisme n'a fait que copier les religions appelées païennes, bien qu'il les déclare inspirées par les démons, esprits d'erreur et de perversité.

Pourquoi a-t-on voulu ainsi intervertir, pour la naissance des révélateurs. Tordre naturel? Si Dieu i-evèt la nature humaine, il doit satisfaire à toutes les conditions de l'humanité. Le faire naître sans père, c'est en faire un produit monstrueux, étranger à l'espèce humaine. Et l'on ne voit pas ce qu'il y gagne en dignité ; car, parla mère, il participe à toutes les infirmités, à toutes les misères de la race ; il descend de nombreux ancêtres parmi lesquels se trouvent nécessairement des individus fort imparfaits, des sots, des scélérats ; il ne retire donc aucune supériorité par la suppression d'un des auteurs de tout être humain.

Les chrétiens ont voulu voir, dans l'origine miraculeuse de Jésus, la réalisation d'une prophétie juive; et, selon leur habitude, ils n'en citent qu'un court extrait qui, isolé du texte, semble, au premier abord, favoriser leur système. On lit dans Isaïe : « Une vierge concevra et enfantera (VII, 14) ». Beaucoup de lecteurs se contentent

(1) Biographie Mighaud, Mythologie^ V» Krischna.

(2) L'abbé Hue, U empire chinois, t. II, p. 218.

(3) Saint Justin disait aux Gentils : « Si nous croyons que Jésus-Clirist est né d'une vierge, ne le dites-vous pas de Persée? » I Apol , c. 32.

(le cette citatiou fort claire. Mais, quand on se donne la peine délire le chapitre entier d'où est tirée cette phrase, on voit qu'il s'agit de tout autre chose. Jérusalem étant assiégée, Isaïe vient, de la part du Seigneur, trouver le roi Achaz et lui promet qu'il sera délivré de ses ennemis. Pour fixer la durée des événements, il annonce qu'une vierge, ou plutôt une jeune femme (tel est le sens du mot hébreu Aima) concevra et enfantera un fils, et qu'avant que cet enfant sache distinguer le bien du mal, les deux peuples qui lui font la guerre seront abaissés. Et, au chapitre suivant, le prophète raconte qu'il s'est mis à l'œuvre pour exécuter les promesses divines : il s'approche, en présence de témoins fidèles, de la prophétesse (la jeune femme indiquée plus haut); elle conçoit un enfant, et Isaïe annonce de nouveau qu'avant que cet enfant sache nommer son père et sa mère, on emportera les dépouilles des rois de Syrie et de Samarie. Il n'y a donc là rien de miraculeux : l'enfant dont il est question est tout simplement le fils né d'Isaïe et de sa femme, conformément aux lois ordinaires, et cet enfant ne figure, dans le récit, ((ue comme mesure de temps. Il n'y a rien qui puisse s'appliquer à futur Messie (1).

Mais dès qu'il s'agit de prophéties, les amants du surnaturel ne sont pas difficiles ; ils choisissent dans un passage ce qui leur plaît, sans s'inquiéter du surplus; on peut ainsi trouver dans la Bible tous les événements imaginables.

Chez les Juifs, l'idée du Messie s'élabora lentement : ce ne fut d'abord que l'attente d'un ordre de choses où la prospérité des fils d'Israël serait assurée ; puis on imagina un chef puissant, envoyé de Dieu pour inaugurer cette ère de gloire et de félicité. Ce Messie, objet de leurs vœux, devait réaliser les prophéties ; chacun, en chei'chant dans les Livres Saints, y prenait à son gré quelques-uns des traits pour* composer l'image du grand libérateur. Tous ces portraits étaient loin de s'accorder entre eux. Les Évangiles nous montrent avec quel arbitraire on appliquait au Messie les passages des Écritures, où il n'était nullement question de lui (Mat. II, 15, 16,17; IV, 12-16; XXI, 1-17; XXVI, 31; Jean XIX, 24,28, 32-37). Il est possible que plusieurs, à l'époque de Jésus, se soient figuré, d'après le passage d'Isaïe, que le Messie devait naître d'une vierge: toutefois, cette opinion était fort peu répandue, ainsi qu'il ressort des récits évangéliques.

\'oyons comment cette prétendue prophétie a été accomplie àl'égard

(1) Celle question esl traitée d'une manière plus étendue dans mon Examen du Christianisme, t. I, p. 271.

dô Jésus. Remai'quons d'abord qUe, sur nos quatre Évangiles^ il y en a deux, le second et le quatrième, qui ne contiennent aucune mention de la naissance miraculeuse de Jésus, qui n'y font aucune allusion, et paraissent l'ignorer complètement. Ce silence fournit une bien grave objection contre la réalité des faits : on ne s'expliquerait pas que des biographes n'eussent rien dit d'un événement aussi important, si propre à glorifier leur héros, à le marquer d'un sceau divin, à accréditer sa mission d'envoyé du Très-Haut. Ils y auraient trouvé en outre une occasion de constater, comme ils en ont l'habitude, qu'il a accompli toutes les prophéties. Ils ne manquent pas de rappeler, au nombre des caractères que doit présenter le Messie, la descendance dé David (Marc, X. 47, 48; XI, 10; et surtout XII, 35-37; Jean, VII, 42); ils s'évertuent à trouver dans la vie de Jésus une foule de traits qu'ils considèrent comme l'accomplissement de ce que les prophéties avaient annoncé du Messie. S'ils ne disent rien de la naissance d'une vierge, c'est qu'ils ignoraient ce caractère messianique, c'est qu'à l'époque où ils écrivaient, on n'avait pas encore songé à appliquer au Messie le passage d'Isaïe. Et, comme le premier Évangile est certainement antérieur au quatrième, il est donc très vraisemblable qu'à l'époque où lè premier Évangile a a été composé, on ne pensait pas encore â attribuer à Jésus une origine miraculeuse. Plus tard, ce caractère messianique ayant été imaginé par les chrétiens, il se forma parmi eux une légende SUr la naissance surnaturelle de Jésus. De là des récits qui furent ajoutés après coup au premier Évangile. Le second Évangile, qui semble avoir été calqué sur le premier, aurait été composé avant cette addition; et c'est ce qui explique pourquoi il n'y est pas question de cet incident merveilleux. Ce qui confirme cette manière de voir, c'est que, dans les premier et troisième Évangiles, après les récits de la naissance et de l'enfance, qui occupent les deux premiers chapitres, il ne se trouve plus, dans la suite des récits, aucune trace de ces événements; bien loin de là, la conduite et le langage des personnages supposent constamment qUe Jésus est né, suivant les lois ordinaires, de Joseph et de Marie.

Les Évangiles de Matthieu et de Luc offrent, sur la naissatice de Jésus, deux récits fort différents. Suivant Luc, l'ange Gabriel fut envoyé vers une vierge nommée Marie, fiancée de Joseph, et lui annonça qu'elle concevrait par l'opération du Saint-Esprit, que son fils porterait le nom de Jésus, posséderait le trône de David, etc. Dans Matthieu^ Marie étant fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu'ils aient été unis, que Marie fut enceinte par l'opération du Saint Esprit ; le narrateur ne dit rien de ce qui a précédé et amené cet

événement. Joseph sachant qu'il n'y était pour rien, et croyant Marie coupable, veut la renvoyer : mais un ange lui apparaît en songe, lui explique la cause surnaturelle de cette grossesse, lui déclare en conséquence qu'il n'ait pas à craindre de prendre Marie pour femme, et lui annonce qu'elle enfantera un fils qui sera appelé Jésus et qui sauvera son peuple. Ces doux n'^cits se concilient difficilement, comme le fait voir Strauss (Vie de Jésus, § 23). On ne s'explique pas comment Marie n'aurait pas fait part à son fiancé de la visite de l'ange et de la grossesse sui-vonuo, d'où r«lsultait un changement si grave dans sa position vis-à-vis do Joseph qui aurait pu être fort peu disposé à épouser une femme enceinte des œuvres d'autrui. Si Marie eût fait cette communication dont la probité lui faisait un devoir, elle aurait évité les soupçons injurieux de son fiancé et rendu iimtile l'apparition de l'ange à ce dernier. Il est clair que chacun des doux narrateurs ignore les faits racontés par l'autre, et qu'il y a là deux formes divergentes du thème fourni par la légende.

Mais ce n'est que la moindre des difficultés. On peut demander aux deux historiens sur quels documents sérieux ils se sont basés pour accepter et enregistrer comme réels de pareils faits. Aucun d'eux ne dit à quelles sources il a puisé. La nature des choses exclut tout genre de preuve. L'entrevue de Marie avec un ange a eu lieu sans témoins; ce ne peut donc être tout au plus que sur la déposition de Marie, que la scène a pu être connue. Mais, pour quiconque veut examiner de sang-froid et en se dépouillant de tout préjugé, une pareille déclaration sera tenue pour extrêmement suspecte. Si aujourd'hui une tille enceinte venait alléguer la visite d'un ange et l'opération du Saint-Esprit, non-seulement elle ne trouverait personne pour la croire, mais encore elle serait conspuée, et l'on ne manquerait pas de dire unanimement que c'est une impudente qui, pour cacher sa chute, a recours à la fourberie. Les personnes les plus bienveillantes hasarderaient peut-être une explication pour sauver sa bonne foi : c'est que, par suite de circonstances fort étranges, cette fille, dans un état de léthargie ou de somnambulisme, aurait été victime d'un viol dont elle n'aurait conservé aucun souvenir à son réveil, et que dans un rêve elle aurait cru voir et entendre un ange qui aurait assigné à sa grossesse une cause surnaturelle. Que l'on juge l'histoire de Marie comme on ferait aujourd'hui d'une histoire semblable, et tout le merveilleux s'évanouit.

Le récit de Matthieu ne supporte pas mieux l'examen. Un mari ou fiancé s'aperçoit que sa femme est enceinte, bien qu'il n'ait eu avec elle aucuns rapports conjugaux; il la croit coupable ; puis un rêve

lui apprend que son rival est le Saint-Esprit en personne. Il n'y a rien qu'on ne puisse voir en rêve : mais il faut être dénué de bon sens pour attribuer une telle explication à une manifestation divine; ceux-mémes qui croient à la possibilité de ce mode de révélation, sont obligés de reconnaître qu'il n'existe aucun moyen de discerner le songe divin, du rêve où l'esprit égaré n'enfante que des chimères. Un mari qui se contenterait de pareils éclaircissements, serait regardé, même par les personnes les plus pieuses, comme un phénomène de candeur, comme le type le mieux achevé de la niaiserie.

Les deux récits, même en les supposant authentiques, c'est-àdire émanant des auteurs dont ils portent les noms, sont donc dénués de crédibilité ; et l'on se demande comment il s'est trouvé des lecteurs assez ingénus pour ajouter foi à de telles sornettes. Du reste, la tâche assumée par les historiens présentait des difficultés insolubles. Étant donnée la prophétie d'après laquelle le Messie devait naitre d'une vierge, il s'agit d'en montrer l'accomplissement. Or, même en disposant les événements d'une manière plus ingénieuse que ne l'ont fait les évangélistes, on ne parviendra pas à prouver, quand une femme est enceinte, que sa grossesse a une cause surnaturelle. Si bien gardée que soit cette femme, on ne pourra pas démontrer que la vigilance n'a pas été un seul instant en défaut, et que la séduction qui a pénétré jusqu'à Danaë enfermée dans une tour d'airain, n'a pu se glisser en dépit de tous les obstacles. La conséquence, c'est la condamnation d'une prophétie dont la réalisation est impossible à prouver et du système chrétien, qui a fait de cette chose impossible un caractère essentiel du Messie. Il faut donc en prendre son parti: la qualité de fils de vierge ne peut se justifier.

Dans un des évangiles apocryphes, on a fait une tentative pour fournir une justification. Marie, après son accouchement, est visitée par des matrones qui reconnaissent chez elle les marques physiques de la virginité. Le Protévangile de Jacques, qui raconte cette anecdote (c. 19,20), entre à cet égard dans des détails très circonstanciés, Des docteurs catholiques ont commenté sérieusement cette vérification, comme s'il s'agissait d'un fait authentique : Riolan assure que ces matrones ont trouvé intacte la membrane hymen (1). Il est

(1) Riolan, Anthropologia, 1626, p. 387; cité par Regnard, Essais d'histoire et de critique scientifique, 186ri, p. 72.

On ne se contenta pas, pour Marie, de lui conserver sa virginité complète ; on voulut embellir le miracle en mettant toutes les circonstances de la conception et de Taccouchement en dehors des lois qui régissent les êtres humains. On la fit accoucher sans effort : /< Son corps, dit Tertullien, a été ouvert par Jésus-Christ, en telle sorte néanmoins que, comme dans la conception, il n'y a point eu effort

superflu de s'arrêter à cette question physiologique; car la science actuelle, malgré sa supériorité incontestable sur celle des sagesfemmes qui ont pu examiner Marie, avoue qu'elle ne possède aucuns signes indubitables pour reconnaître la virginité. Orfila traite cette question cœ-prqf'csso : « La membrane hymen, dit-il, se rencontre che/ la plupart des filles non déflorées. Mais on aurait tort de regarder son absence comme signe infaillible de défloration, et vice cersâ. En effet, on a observé cette membrane chez des filles déflorées, et, ce qui paraîtra plus extraordinaire, chez des femmes qui étaient sur le point d'accoucher; en sorte qu'il a fallu, pour livrer passage à la tête de l'enfant, l'inciser, lorsque les efïorts de cette tète ne la déchiraient pas. (Traité de médecine légcde, 3® éd., T. l^"", p. 149). »

Ainsi, pas de critérium ; pas de moyen certain de s'assurer de l'accomplissement de la prophétie. C'était bien la peine de déroger aux lois naturelles, d'accumuler tant de miracles en pure perte !

Les Évangiles, y compris ceux qui racontent la naissance miraculeuse de Jésus, s'accordent à dire qu'il passait pour le fils de Joseph (Luc, III, 23) ; ils parlent des frères et sœurs de Jésus (Mat., XII, 46, 47; XIII, 55; Marc, III, 31, 32; Luc, VIII, 19, 20; Jean, II, 12; VII, 3, 5, 10). Il est rapporté que son père et sa mère étaient émerveillés de ce qu'on disait de lui (Luc, II, 33); ils sont désignés, au même chapitre, comme ses parents (V. 41); et sa mère, le trouvant après trois jours de recherches, lui dit publiquement : « Voilà que ton père et moi nous te cherchions avec anxiété (V. 48). » Il

du côté de l'homme, dans l'enfantement Jésus-Christ est sorti sans violence du ventre de la Vierge [De carne Christi, c. 233). » Mais comment s'est faite la conception? C'est ici que le merveilleux se déploie dans toute sa beauté. « On annonçait avec pompe, dit de Potter, dans las églises de France, le jour de la fête de Noël, que le Verbe était entré dans le monde par Voreille de la Sainte- Vierge et qu'il en était sorti par la porte dorée, comme le rapporte saint Agobard qui critique cette cérémonie avec aig?*eur, quoique saint Augustin, saint Ephrem et saint Félix eussent enseigné, dans leurs écrits, une partie des erreurs reprochées à ce verset du chant latin (saint Agobard, De correctionne antiphon, c. 7, in Opéra, éd. Baluze, T. II, p. 89,Parisiis, 1666; Mabillon, Veterum analecta, T. II, p. 982 et 600, Paris. Î67n; Labbe, Concil. T. VI, p. 1o61. » De Potter, VEsprit de V Eglise, T. I, p. 30, note.

La conception par l'oreille, mentionnée dans le bréviaire des Maronites, a été soutenue par plusieurs autres auteurs cités par Reghellini, Examen du Christianisme et de la religion juive, Paris, 1831, T. III, p. 433. Plusieurs artistes se sont inspirés do cette tradition: dans une image conservée à Sainte-Marie-Majeure, <à Rome, la colombe qui représente le Saint-Esprit, inlroduitson bec dans l'oreille de Marie et la féconde par ce moyen.

règne sur son origine une telle notoriété, que l'on disait de lui dans sa patrie: « N'est-ce pas le fils d'un charpentier^^ Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie, et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Judasî Et ses sœurs ne sont-elles pas au milieu de nous (Mat. XIII, 55, 56; Marc, VI, 3)"^ » Et, chez Jean : « N'est-ce pas ce Jésus, ,^/.s de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère (VI, 42) ? » Cette opinion était donc celle de tous ses contemporains qui n'avaient nul motif de soupçonner que la réalité ne fût pas d'accord avec les apparences. Pendant toute la vie de Jésus, il n'a été rien fait pour combattre cette croyance. Toutes ces populations ont donc ignoré l'origine surnaturelle de Jésus, c'est-à-dire un des signes qui devaient prouver en lui l'accomplissement des prophéties et le faire reconnaître pourle Messie. On ne peut doncleur reprocher de l'avoir méconnu et rejeté. Bien plus: Jésus se disant fils et envoyé de Dieu, et ne justifiant pas de la qualité cjui, d'après l'Église, servait à caractériser le Messie, a dû être réputé usurpateur, faux prophète et sacrilège, et condamné aux peines les plus rigoureuses. Le plan divin se trouve donc extrêmement mal conçu et accuse une impéritie choquante. Du moment que le Messie devait être fils de vierge, il fallait combiner les choses de manière que Jésus fût connu de tout le monde comme satisfaisant à cette condition, il fallait partout proclamer son origine surnaturelle et démentir la paternité humaine. Dans ce système, il aurait certainement mieux valu que la viergemère restât célibataire; car un mariage avait le tort de se présenter comme une sorte de contradiction du fait qu'il s'agissait de faire admettre, et donnait lieu en outre à une foule de commentaires irrévérencieux.

Les chrétiens sont obligés d'alléguer la sagesse de Dieu, qui ne ressemble en rien à la sagesse humaine; réponse commode, au moyen de laquelle on peut attribuer à Dieu la conduite la plus déraisonnable.

Ainsi, Jésus n'est que le fiils de Joseph pour ses contemporains qui ne se doutent nullement de sa naissance suniaturelle; auetm d'eux, sauf Marie et Joseph, ne paraît avoir reçu la confidence de ce secret. Les évangélistes auraient dû nous dire à quelle époque il a été dévoilé, et comment ils en ont eux-mêmes eu connaissance. Les récits n'en disent rien ; ils se prolongent jusqu'à la mort de Jésus ; o» ne nous dit même pas si ce dernier connaissait sa véritable origine. Après sa mort, nous retrouvons sa mère dans la société des disciples, ainsi que ses frères (Act. Ap. I, 14). Mais îa société chrétienne ne tarda pas à se disperser ; les détenteurs du secret n'ont pas survécu longtemps; on n'en trouva auscuiae trace

dans les écrits apostoliques. Plus on s'éloignait des événements, plus il était difficile d'en lixer le souvenir d'une manière exacte. A défaut de témoins, Joseph et Marie auraient dû, chacun de son côté, dresser procès-verbal de ce qui lui était arrivé. Malheureusement ils n'ont pas pris cette précaution. A qui ont-ils communiqué leurs impressions"^ Comment les dépositaires les ont-ils recueillies et transmises? Quelles garanties a-t-on prises contre les chances d'altérationV Nulle réponse à ces questions si importantes: il n'existe aucun document qui nous fasse savoir » quelle époque, ni dans quelles circonstances aurait été divulgué le grand secret.

Pour tout homme qui n'a pas renoncé à faire usage de sa raison, il y a là, à part l'invraisemblance énorme du fait principal, une accumulation d'inconséquences qui doit faire repousser les narrations. Les textes, au contraire, s'expliquent avec facilité dès qu'on admet que les premier et troisième Évangiles ont été composés par des écrivains qui n'avaient aucune connaissance de la légende attribuant à Jésus une origine surnaturelle, que cette légende s'étant ultérieurement formée et répandue parmi les chrétiens, quelques dépositaires de ces Évangiles ont cru devoir la recueillir et l'ajouter aux textes pour les compléter. Ces additions se sont faites de bonne foi, mais sans discernement ; et l'on n'a pas songé à les faire concorder avec les rédactions primitives. De là cette incohérence qui dénote clairement la diversité dorigine.

Page 1