‹ Essais de critique religieuseChapitre 44 sur 55 · LE CULTE DE LA NULLITÉ · texte numérisé non relu

LE CULTE DE LA NULLITÉ

Le polythéisme gréco-romain, auquel on a attaché le nom méprisant de paganisme, mettait au rang des dieux certains personnages dont la vie, réelle ou imaginaire, avait été consacrée au bien de l'humanité ; c'étaient Cérès qui avait enseigné l'art de cultiver le blé^ Castor et PoUux qui avaient appris à domestiquer le cheval, Bacchus, inventeur du vin. Hercule, dompteur de monstres, Orphée, initiateur de la civilisation, etc. On rendait par là un hommage de reconnaissance aux bienfaiteurs des" nations. Mais le christinnisme, bien mieux avisé, a peuplé son Olympe des êtres les plus nuls, les plus insignifiants. Il y a fait monter des légions de stylites, de solitaires, d'anachorètes, dont le seul mérite a été de se flageller, de se torturer, de vivre dans la fainéantise et la stérile contempla^ tion ; il y a assigné les places les plus éminentes à ceux qui se sont distingués par une saleté hors ligne, tel que le pouilleux Labre qui entretenait dévotement la vermine dont il était rongé.

Conséquent à ce système extravagant, il a élevé à la tête de la hiérarchie céleste, Marie, mère de Jésus, à laquelle il a voué un culte hors ligne, à tel point qu'elle a effacé le bon Dieu et est devenue la grande déesse ; c'est à elle que s'adressent toutes les ouailles dévotes ; c'est elle qu'on invoque pour obtenir les faveurs de toutgenre ; elle est proclamée reine du ciel, reine de tous les saints, et le Rosier de Marie, son organe officiel, a pris pour épigraphe : « Tout dans le monde se fait par Marie, rien sans Marie » ; c'est la déclarer toute-puissante, arbitre suprême de l'univers.

Et qu'a-t-elle fait pour mériter cette splendide apothéose ? Quelques libres-penseurs, imparfaitement dégagés de l'enseignement de l'enfance, ont conservé un reste de tendresse pour Mario, ont pour elle un sentiment d'admiration et de respect, sont disposés à l'indulgence pour ce culte. Ces gens-là cèdent, sans s'en rendre compte, au souvenir des fêtes théâtrales où ils ont vu promener

en grande pompe la statue de la Vierge, à travers les nuages d'encens et les corbeilles de fleurs. Ils se sont fait une Marie poétique, imaginaire ; ils ferment volontairement les yeux pour ne pas voir la réalité.

Pour peu qu'ils veuillent user de leur raison, ils devront se demander quel a été le personnage ainsi déifié. Nous n'avons, sur la mère de Jésus, d'autre document que les quatre Évangiles dont aucun critique sensé ne peut admettre ni l'authenticité ni la valeur historique. On ne sait donc absolument rien de certain sur cette femme. Il est évident que les chrétiens ont voulu faire rejaillir sur elle une partie de la gloire dont ils entouraient son fils, et que, à défaut de renseignements dignes de foi, ils y ont suppléé par l'imagination et la fiction.

Cette réserve étant faite, examinons le rôle de Marie dans les Évangiles.

La vertu par excellence que lui attribue l'Église, c'est la virginité et une pureté sans tache. C'est là de la fantaisie; car l'Évangile de Matthieu, après avoir raconté comment Marie a conçu et enfanté étant vierge, ajoute qu'elle accoucha à Bethléem, de Jésus, son fils premier-né, et que, jusque-là, son mari Joseph ne l'avait pas connue (Mat., 1, 25). Il déclare implicitement par là : 1° qu'après cet événement, Joseph a eu avec elle des rapports sexuels ; 2° qu'elle a eu postérieurement d'autres enfants, ce que confirment les Évangiles en parlant, à plusieurs reprises, des frères et sœurs de Jésus. Donc ces titres emphatiques de reine des vierges, de vierge des vierges, auxquels le monde dévot attache tant de prix, ne doivent pas lui appartenir.

Allons plus loin, et supposons qu'elle soit demeurée vierge. Il n'y a pas là un mérite supérieur. Bien plus, c'est une infériorité. On loue une jeune fille de sa sagesse ; mais elle n'est pas faite pour rester toujours dans cet état. Elle doit payer son tribut à la société, devenir mère de famille. La continence est un état contre nature. Les Juifs avaient raison de considérer une nombreuse famille comme un signe de bénédiction ; et la femme stérile était regardée comme un être incomplet.

La vertu implique un effort pour lutter contre le mal. Celui qui garde la continence, a-t-il le mérite de la lutte ? C'est suivant le tempérament. Il y a des gens d'une complexion froide, qui ne sont pas assiégés par les désirs sensuels. Tel aurait été le cas de Marie, d'après l'enseignement de l'Église qui vante et exalte sa pureté immaculée; ce qui suppose que son esprit n'avait aucune notion de ce qui concerne l'amour, que sa parfaite innocence était celle d'un

tout petit enfant qui n"a pas même idée de sexe. S'il en était ainsi^ Marie n'aui-aitpas eu plus de mérite que ces innombrables enfants qui meurent avec toute leur candeur. L y aurait eu chez elle une sorte d'arrêt de développement ; ce serait une monstruosité qui ne mérite aucun éloge.

Mais certains auteurs ecclésiastiques ont prétendu, au contraire, que Marie n'aurait pas été insensible à la volupté. Le P. Sanchez,' Jésuite, dans son traité De Matrimonio, examine doctement la question, si, lors de la coopération du Saint-Esprit, Maria semen émisent ; et il assure qu'elle a éprouvé une jouissance... modérée. Ce livre a été approuvé par le supérieur des Jésuites, qui déclare 1 avoir lu et relu avec un plaisir extrême, ce qui annonce un caractère libidineux. Cependant, il est à croire que Sanchez n'a eu pour but que de faire de la gaudriole sacrée et de s'amuser en ridiculisant la théologie de la casuistique.

Un auteur plus récent, l'évêqiîe de Belley, dans un petit livre nititulé Marie conversant avec les enfants (1840), fait dire à Marie qu'elle était douée d'un tempérament très ardent, et qu'elle a eu besoin de beaucoup defforts pour résister aux assauts de la concupiscence. Ces détails si instructifs pour les jeunes filles auxquelles ils s'adressent, où le pieux prélat les a-t-il puisés ? Il a tout simplement pris ça sous son bonnet. Mais, en supposant que ses fictions soient conformes à la réalité et que par hasard il ait rencontré juste, il s'ensuivrait que Marie, subissant la loi commune, éprouvait du penchant vers les plaisirs illicites, et que, tout en y résistant, elle concevait des scènes erotiques. Alors, adieu sa pureté immaculée superangélique. '

Arrivons aux actes de sa vie. Elle obéit avec -soumission à l'envoyé du ciel, qui lui annonce qu'elle va concevoir en restant vierge. Cette obéissance n'a rien de méritoire. Devenir mère d'un sauveur,' c'était un rôle qui devait la flatter. Mais elle est très blâmable de ne pas avoir averti son fiancé d'un événement aussi important, de l'avoir épousé étant enceinte, ce qui a inspiré à ce pauvre homme des soupçons injurieux sur sa vertu et l'intention de la renvoyer comme une coquine. Elle aurait dû lui conter toute l'alïaire, le mettre à même d'accepter ce récit miraculeux, ou de le rejeter comme une fable forgée pour pallier une chute ; et lui épargner la position ridicule d'un mari complaisant qui couvre de son nom les prouesses d un amant.

Dans saint Luc, les choses se passent tout autrement. Marie après son entretien avec l'ange Gabriel, chante le magnificat, qui

n'est qu'un assemblage de lieux communs. Passons sur ce petit essai de rhétorique.

Un peu plus loin, Jésus, âgé de douze ans, étant allé avec ses parents à Jérusalem, s'esquive, ce qui les oblige à revenir à la ville pour le chercher. Ils sont inquiets et finissent par le trouver au temple, prêchant au milieu des docteurs. Marie lui dit : « Mon fils, pourquoi as-tu agi ainsi ? Voilà ton père et moi, nous te cherchions pleins d'anxiété. » Jésus, au lieu de s'excuser^ répond : « Pourquoi me clierchiez-vous 'i Ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois dans les choses de mon père (Luc, II, 42-50)? » Ses parents ne comprirent pas cette énigme par laquelle Jésus commençait à exercer sa manière de parler pour n'être pas compris ; ce qui passe pour l'attribut caractéristique d'un prophète. Jusqu'ici, on cherche en vain les sujets d'admirer Marie.

D'après Marc (ch. III), les parents de Jésus, et sa mère s'y trouve, cherchaient à le faire enfermer comme fou. Ils avaient probablement raison. Mais ce n'était, de leur part, qu'un acte de prudence vulgaire.

Aux noces de Cana, le vin venant à manquer, Marie en fait la remarque à son fils qui lui répond insolemment : « Femme, qu'y a-t-il entre toi et moi (Jean, II) ? » On peut la plaindre d'avoir un fils aussi dur; mais rien ne dénote son mérite.

On la retrouve au pied de la croix. Cette scène est cruelle ; mais une foule de mères ont perdu leurs enfants, et l'on ne s'avise pas de faire d'elles des divinités. Et même, si l'on admet les récits évangéliques, Jésus avait prédit sa résurrection au bout de trois jours. Son supplice n'était donc qu'une épreuve passagère, qui devait être suivie d'une nouvelle vie pleine de gloire. Il n'y avait donc pas sujet de tant s'affliger.

Enfin, il est dit aux actes des apôtres, que les disciples de Jésus s'étant réunis après sa mort, pour choisir un successeur au traître Judas, Marie s'y trouve (ch. I, v. 14). Son nom est seulement mentionné à la suite de ceux des apôtres, et elle ne parait avoir pris aucune part à ce qui s'y est fait.

C'est tout. Il n'y a, dans cette carrière, ni grandeur, ni dévouement, ni action éclatante ; pas un trait qui dénote une supériorité quelconque; rien, en un mot, qui justifie l'immense glorification décernée à cette femme. Certes, personne n'oserait proposer pour elle un prix Monthyon. Bien plus : prenez au hasard une de ces femmes dont toute la vie a été absorbée par les soins du ménage, et qui n'ont été connues que de leur petit entourage. Il n'en est pas une qui ne vaille au moins Marie ; et celles-là lui sont supérieures.

qui, par un travail opiniàtro et par leur économie et leur bonne gestion, parviennent })éniblement à élever leurs enfants.

Quelle est donc la cause de l'engouement colossal dont on s'est épris pour Marie '^ C'est que l'Église s'est fait un dieu capricieux qui classe les hommes, non d'après leurs mérites, mais suivant ses desseins préconçus, qui abaisse les grands et les savants, et exalto les petits et les humbles. C'est ce qu'exprime saint Paul à propos des fils d'Isaac : « J'ai choisi avant qu'ils fussent nés et avant qu'ils eussent fait aucun mal ou aucun bien, afin que le décret demeurât selon son élection ; non à cause de leurs œuvres, mais à cause de l'appel ; et il fut dit : L'aîné sera assujetti au plus jeune. J'ai aimé Jacob, et j'ai haï Esaû. Je ferai miséricorde à qui il me plaira (Rom. IX). «

Marie était donc prédestinée, et elle a obéi à la loi de prédestination, comme une horloge obéit au mécanisme. Plus elle est insignifiante et sans valeur propre, plus le Dieu chrétien se plaît à la glorifier. Du néant il Télève jusqu'à la faire entrer dans sa famille. Car, d'après la liturgie, elle est la fille du Père, la mère du Fils et réponse du Saint-Esprit.

Excusez du peu !

Quand Marie eut été déifiée, on s'occupa de consolider sa position. On songea naturellement à la faire entrer dans la Sainte- Trinité où elle se serait trouvée en famille, La chose était facile : car les trois personnes divines, en se pressant un peu, auraient pu faire place à une quatrième. Mais alors, c'aurait été une quaternité, ce qui aurait dérangé la symétrie et contrarié les habitudes. On eut recours à d'autres moyens.

Marie a été déclarée le complément de la Sainte-Trinité. C'est ce que constatent les savants rédacteurs de?^ Annales de Notre-Dame dit Sacré Cœur d'Issoudun (numéro de mai 1869), qui s'appuient sur un texte de saint Hésichius, patriarche de Jérusalem, lequel devait s'y connaître. Il suit de là que, pendant l'éternité qui s'est écoulée jusqu'à la naissance de Marie, cette malheureuse Trinité était boiteuse, incomplète, ne possédait pas la plénitude de l'être, n'était pas encore Dieu. Pour combler cette lacune, il a fallu que Marie vînt à propos et donnât à la divinité ce qui lui manquait. Elle est donc un élément indispensable de la Trinité, elle prend sa place à côté de ses collègues, ses co-dieux.

Mais aloi's, par amour pour la régularité, on senfit le besoin d'éliminer un des anciens. L'exclusion tomba sur le Saint-Esprit qui, depuis son aventure avec Marie, était resté dans l'ombre, et dont le culte était bien négligé. C'était un personnage gênant et

inutile. Ainsi, j'ai vu, dans la basilique de Saint-Denis, première travée à gauche en entrant par la porte royale, une peinture murale où est représentée la Sainte-Trinité. Les trois membres occupent les sommets des angles d'un triangle régulier. En haut est le Père, avec sa barbe grise, tenant dans sa main droite, la boule s\Tnbolique. A droite est le Fils armé de sa croix. A gauche est Marie. Quant au Saint-Esprit, il brille par son absence. Il a le sort des dieux détrônés, réduit, comme le vieux Saturne, à aller chercher un refuge dans quelque Latium.

Les Jésuites, qui forment l'avant-garde de l'Église^ ont adopté une formule significative. Les lettres écrites par eux ou par leur élèves, portent en tète les trois initiales J. M. J., c'est-à-dire Jésus, Marie, Joseph. C'est là la Trinité perfectionnée. Le Père lui-même n'est plus qu'un Géronte décrépit, et on le flanque à la porte. Marie y resplendit, et elle introduit son mari Joseph dont nous allons parler tout à l'heure.

Il y a, pour les catholiques, un attribut essentiel de la divinité. Ils tiennent à manger leur Dieu et à rendre aussi fréquents que possible ces festins de théophagie. Soit : on mangeait Jésus, on mangera Marie. Cette découverte est due au docteur allemand Oster- Avald qui certifie la co-présence de Marie dans l'eucharistie, comme conséquence de l'allaitement de Jésus. Ainsi, rien ne manque à sa gloire et à son bonheur. Quel plaisir d'être mangé 100,000 fois, chaque matin !... On assure que, depuis ce perfectionnement du dogme, plusieurs dévotes trouvent à l'hostie une saveur délicieuse. Des goûts et des couleurs...

Joseph nous offre encore un exemple éclatant du culte de la nullité. On a fait de lui un saint de première classe; le pape Pie IX, par sa bulle du 19 mars 1871, l'a déclaré patron de l'Église universelle ; on lui a confectionné un cœur, à l'instar des sacrés cœurs de Jésus et de Marie : les pères maristes ont publié une foule d'écrits en son honneur, ont célébré les nombreux miracles dus à son crédit dans le ciel, et ont même propagé l'emploi du cordon de saint Joseph, auquel sont attachées des vertus prodigieuses, notamment d'imprégner ceux qui le portent, d'un arôme efficient de chasteté. On ne le donne pas aux frères des Écoles chrétiennes, afin de ne pas les priver du mérite de résister aux tentations.

Eh bien, ce Joseph, qu'a-t-il fait pour obtenir de tels honneurs^ pour être, ou à peu près, déifié comme sa femme?...

Consultons, à ce sujet, les saintes Écritures. D'abord nous y voyons que Joseph est le modèle des maris débonnaires, crédules et... déçus. Étant fiancé de Marie, il s'aperçoit qu'elle est enceinte.

Sachant fort bien qu'il n'était pour rien dans la chose et ne voulant pas endosser la paternité dont il était menacé, il résolut de lâcher sa promise. Mais il eut un songe ou, si vous aimez mieux, un rêve : car c'est tout un. Il vit un ange qui le rassura en lui certifiant que c'était le Saint-Esprit qui avait fait la besogne. Tout homme un peu sensé, même parmi les plus mystiques, sait que, dans le sommeil, l'imagination crée des chimères ; et les orthodoxes eux-mêmes admettent que, si certains songes sont dus à Tinspiration céleste, il n'y a aucun moyen de les distinguer d'avec ceux qui sont dus à la folle du logis.

Mais le brave Joseph ne fait pas de ces distinctions-là. Pour lui, tout rêve est une voix divine. Il croit dur comme fer ce que lui a dit l'ange qu'il a rêvé; dès lors, il est sûr de son affaire. Voilà bien un parfait imbécile. Donc on a eu raison d'en faire un saint et un quasidieu, en attendant un avancement encore plus élevé.

En le glorifiant, le clergé n'a-t-il pas quelque intérêt'^ Souvent des maris sont assiégés de vilains soupçons et voient avec quelque défiance les assiduités, auprès de leur femme, d'un révérend prêtre, d'un pieux confesseur. Survient une grossesse dont l'origine est énigmatique. Bah ! le Saint-Esprit n'est-il pas là pour en prendre la responsabilité ? Ce qu'il a fait une fois, il peut le répéter chaque jour, et rien n'autorise à croire que sa fécondité soit épuisée. Un rêve suffit pour dissiper tous les soupçons. Que de femmes devront rendre grâce à saint Joseph, et que de bons prêtres, même munis de son cordon, trouveront par lui leur justification !...

A partir de ce rêve mémorable, les Évangiles ne mentionnent plus ce personnage que d'une manière fugitive et insignifiante. Mais l'Église lui décerne un titre des plus augustes, celui de père nourricier de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il faisait auprès de lui l'office de bonne d'enfant ; c'est lui qui le débarbouillait, le nettoyait, changeait les langes, tout lui passait par les mains. Jadis le porte-coton était un grand officier de la couronne ; Joseph portait bien autre chose que du coton. Tout ce qui vient de l 'enfant-Dieu, est sublime. On ne saurait donc trop récompenser l'accomplissement d'une si belle tâche.

Enfin, même dans le culte rendu à Jésus, nous trouvons la preuve du penchant chrétien à adorer la nullité. Pour représenter le Sauveur, on aurait dû choisir de préférence les scènes oii il a exercé sa mission, celles où, plein de vie et de force, il captivait ses auditeurs par le charme de son éloquence.

Loin de là. On se plaît à le présenter débile et impuissant. On le dépeint poupon dans les bras de sa mère, comme pour attester son

infériorité par rapport à elle. Ou bien on le fait ressusciter petit enfant et incapable d'aucune action virile.

Ainsi on lit dans la vie du jésuite saint Stanislas Kotska, par le R. P. Bartoli, qu'un jour Kotska étant malade et alité, reçut la visite de la vierge Marie ; elle tenait dans ses bras l'enfant Jésus qu'elle déposa sur le lit, pour causer librement avec le malade. Le pauvre Jésus est donc réduit, dans cette circonstance, au rôle d'accessoire; on le traite comme un paquet dont on se débarrasse en le posant sur un meuble. Jésus, quand il est monté au ciel, était âgé de trente-trois ans ; et voilà qu'il redevient marmot pour quelques heures seulement, et il subit cette métamorphose rétrograde pour être apporté dans une chambre de malade et déposé sur un lit : Quelle chute !

Les catholiques affectionnent Jésus enfant. A Rome, sa statue qu'on appelle il Bambino (le bambin) est ornée de riches vêtements et apportée en carrosse chez les riches malades, afin de les guérir par son contact. Ces visites, auxquelles on attache une grande efficacité, se paient très cher, et, quoi qu'il arrive, on ne rend pas l'argent.

La représentation la plus ordinaire est celle du crucifix qu'on a placé partout et que beaucoup de dévots portent constamment sur eux. Cette image lugubre est celle d'un pendu, d'un cadavre nu, livide, sanguinolent. C'est un spectacle repoussant et qui inspire l'idée, non d'une divinité puissante, mais d'un misérable supplicié : c'est la mort qui est adorée.

Pour augmenter l'effet, les missionnaires ont recours à une mise en scène théâtrale. J'ai vu promener en procession un christ colossal, que vingt hommes portaient dans une position horizontale. Ce cadavre hideux était dégoûtant à voir, et bien des assistants éprouvaient des iiaut-le-cœur.

On a été plus loin. On a présenté à satiété, soit Jésus au tombeau, soit la descente de croix. Jésus alors apparaît comme une masse inerte, qui n'a presque plus rien d'humain et qui va prochainement entrer en putréfaction. Plus c'est écœurant, plus c'est divin.

C'est le culte non seulement de la nullité, mais encore de la laideur. C'est ainsi qu'on enseigne à mépriser la chair, à se détacher de toutes les affections terrestres, à se mortifier, à se rapetisser et s'enlaidir pour devenir semblable au Christ.

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