CHAPITRE TROISIÈME
De toutes les opérations préliminaires à l’établissement d’un texte, le classement des manuscrits est la plus importante et aussi la plus délicate. Je me propose d’exposer ici plus en détail la méthode suivie dans le Mémoire sur l'établissement du texte de la Vulgate (1). Cette esquisse est avant tout pratique. Je réserve les explications sur les principes pour les chapitres où je réponds à quelques-unes des difficultés qui m'ont été faites.
Les phases du classement sont assez nombreuses. Toutes ne sont pas essentielles. Il faut, après avoir collationné les manuscrits, diviser les variantes en catégories (uniques, rares et multiples). On choisit ensuite parmi les variantes à témoins multiples, celles qui sont aptes à procurer le classement et on constitue, pour les groupes qu’elles forment, un apparat positif. Tout ceci est nécessaire. On peut alors, si le cas le demande, confectionner des fiches comparatives des manuscrits, puis des tableaux de concordance de ces mêmes manuscrits ; puis on délimite les groupes à l’aide des concordances et des variantes à témoins rares et alors reprennent les opérations essentielles : comparaison par groupes de trois ou de plus de trois, établissement du schéma de la généalogie et mise en forme du canon critique pour l'établissement du texte.
Une question préalable est celle de savoir quelle est l'étendue de texte sur lequel il faut faire porter les collations destinées à procurer le classement. Si l'ouvrage ou le morceau à éditer ne sont pas longs on prendra tout le texte. Sinon on choisira,
(2) Paris, 1922; voyez surtout les pp. 209-249.
suivant l'importance de l’ouvrage, deux, trois, quatre morceaux d’une certaine longueur et, sur ces morceaux, on collationnera le plus de manuscrits possible. Le classement terminé on ne retiendra pour la collation du texte entier que les exemplaires dont on aura constaté l'utilité.