tabernaculi Alcuin Tolet; tabernaculi sui Theod
() pp. 349-352.
1E1nÈES
4. lavate pedes vestros T'olet; laventur pedes vestri Alcuin Theod.
5, ponamque T'heod; ponam Alcuin Tolet.
et ainsi du reste. Imaginons un manuscrit à fond espagnol, soit X, qui, par définition, serait un amalgame d’Alcuin, de Theod et de Tolet, avec des notes marginales donnant les leçons rejetées du texte; il n’y a pas de combinaisons de variantes que nous ne puissions expliquer par cet exemplaire. Si, par exemple, nous lisions elevasset dans le texte de A et la marge de B, manuscrits dérivés de X, tandis qued’autrés de ses dérivés, soit C et D donneraient levasset, leçon qui serait aussi celle de B au corps du texte; nous dirions: B C D ont conservé le texte original espagnol et À l’a remplacé par une leçon alcuinienne que B a reléguée dans la marge. Si, au contraire À C D ont levasset et B elevasset, nous dirons : À C D ont conservé la leçon originale que B a remplacée par l’alcuinienne. Si, enfin, À C D ont elevasset et B levasset, rien ne nous empêchera de dire que le manuscrit type X ayant adopté la leçon alcuinienne et rejeté l’originale en marge, c’est là que B a été chercher cette dernière tandis que À C D suivaient la leçon du texte, et ainsi de suite, aussi longtemps qu’il nous plaira. Nous sommes dans le domaine de l'imaginaire: toutes les hypothèses nous sont permises : n’avons-nous pas, en effet, mis à la base même du jeu la supposition que notre manuscrit-type X était un amalgame de toutes les formes possibles ?
Or, c’est précisément là ce qu’a fait M. Rand. D’après lui, la source de tous les manuscrits théodulfiens a été un certain exemplaire qu’il appelle 8. Ce manuscrit, perdu, naturellement, représentait le type théodulfien authentique; il dérivait au fond d’un manuscrit espagnol (— Span. Entendez par ce sigle: «a reading found in one or more (sic) of the manuscripts of the Spanish group, » or, notre Tolet est précisément une branche du groupe espagnol); enfin Théodulfe y avait introduit, soit dans le texte même, soit dans la marge, des corrections empruntées à la recension alcuinienne. Ainsi équipé, M. Rand «se met en
route avec l’apparatus » de mes 91 groupes de variantes caractéristiques et 1l expose :
Exon. 2, 14: Hub, avec Alc et Span, donne quid constituit te (que le lecteur veuille bien lire quis, pour être exact), tandis que les autres représentants de 0 donnent : quis constituit te (lisez plutôt quis te constituit, leçon des théodulfiens); l'explication est fort simple : « Ici Hub prend la variante Alc probablement dans la marge de 0.»
Exop. 2, 16, les premières mains de Hub et Span donnent ad hauriendas aquas, la seconde main de Hub et les autres représentants de 0, ainsi que Alc portent: ad hauriendam aquam. « Ici 0 a adopté Alc pour le texte, en rejetant la leçon originale en marge. C’est cette dernière que Hub a choisie. »
Exop. 2, 25 : Respexit est la leçon de Span et de Hubl, tandis que Alec Hub? et les autres représentants de 0 portent : ei respexit. «De nouveau Hub refuse de prendre Alc.» Et ainsi du reste : quinze pages plus loin nous ÿy sommes encore.
Mais qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve que Ale, Theod et Tolet expliquent toutes les variantes, comme je l’ai démontré. Cela ne prouve pas, en soi, qu’il ait existé jamais un manuscrit 8 source de toute la famille théodulfienne; cela ne prouve même pas que ce manuscrit Ô, avec sa marge, ait des chances d’avoir existé; c’est une pure et vide hypothèse, sans aucun intérêt.
Moi aussi j'ai fait une fois une hypothèse : il s’agissait du rapport de l’Amiatinus, des préalcuiniens et des alcuiniens représentés par Rorig. De mes précédentes constatations 1l semblait résulter que l’ordre de ces manuscrits devait être:
Mb Mord
Rorig
La construction est curieuse : j’ai proposé de la vérifier. La
pierre de touche était le rapport Am Rorig : ce rapport ne doit jamais se réaliser contre Mar Mord, car il prouverait la fausseté du schéma. En effet, on ne va dans cette construction de Am à Rorig que par la voie de Mar ou par celle de Mord, et si Rorig et Am s’accordaient quelquefois contre Mar Mord, c’est que la construction serait fausse. J’ai fait la recherche des rapports : il y avait huit combinaisons possibles, j'ai trouvé pour sept d’entre elles des chiffres comme 5, 6, 7, 11, 15, 38 cas, et pour la huitième, la pierre de touche : Am Rorig contre Mar Mord, un cas seulement ! C’est une belle preuve, me semble-t-il, et l'imagination ne joue ici aucun rôle. Veüt-on savoir comment M. Rand a apprécié ce résultat? Il s'amuse de ce que, en un autre endroit, j'ai appelé le chiffre À un « quasi-zéro » et déclare spirituellement : « d’un quasi-zéro, il ne peut, je le crains fort, sortir qu’un quasi-stemma. » Et donc, il condamne sans plus de facon ma construction. C’est la «règle de fer » sans phrase... pour les autres.
Je ne m’arrêterai pas davantage aux observations de M. Rand; je constate seulement qu'il n’a rien opposé de sérieux à ma méthode de classement des manuscrits. Cette méthode m'a permis d'aboutir à un canon critique dont deux années de travail et de constatations sur les textes de la Genèse et de l’Exode, aujourd’hui prêts pour l'impression, ont prouvé la justesse. L'accord des trois manuscrits Am Ottob et Tur ou de deux d’entre eux contre le troisième a donné un texte remarquablement bon et l’apparatus qui l'accompagne permet de voir toujours clairement pour quelle raison une leçon a été choisie plutôt qu’une autre. C’est là à quoi je visais en me donnant pour but une «édition d’une limpidité parfaite » (ce que M. Rand n’a pas manqué de déformer en écrivant : (un texte d’une limpidité parfaite »). Lorsque cette édition aura paru, Îles préventions, je l'espère, tomberont d’elles-mêmes. Un classement de manuscrits peut paraître juste tant que l’on n’a affaire qu’à des exempla, et ne pas résister à l’épreuve de l'établissement du texte. On verra que le nôtre a résisté à cette épreuve. Laissons donc dire ceux qu’une «règle de fer» gêne dans leurs constructions cri-
tiques: une règle, une méthode, des principes, les critiques vraiment dignes de ce nom, comme le consciencieux Jean- Jacques Griesbach dont nous avons lu plus haut la déclaration, les appellent de tous leurs vœux; il n’y a pour les repousser et pour les craindre que les partisans du système des mains libres, les émules de David Schulz.
He PC