‹ Essais de critique textuelle (ecdotique)Chapitre 11 sur 47 · COLLATION DES MANUSCRITS · texte numérisé non relu

COLLATION DES MANUSCRITS

Il n’y a guère qu’une remarque à faire sur la collation des manuscrits, mais elle est essentielle. La collation doit être aussi exacte et aussi complète que possible, sur une base invariable, cela va de soi. Il n’y a généralement pas lieu de prendre les particularités orthographiques des manuscrits récents, mais tout le reste : différences de formes, inversions, omissions, ratures, variétés de mains, doit être patiemment relevé. On s’exposerait aux plus graves mécomptes en cherchant à discerner du premier coup les variantes utiles et celles qui ne le sont pas. On n’est sûr de l’inutilité d’une variante que lorsque l’on a l’apparat complet sous les yeux. En tout cas, pour appliquer notre méthode la plus rigoureuse exactitude est nécessaire, car lorsque nous constituons l’apparat positif nous attribuons la leçon du texte qui a servi de base à tout manuscrit qui n’a pas de variante relevée sur cette leçon. On voit combien d’erreurs engendrerait une collation incomplète.

Il est toujours fort dangereux de recopier les collations ou de transposer les indications concernant les manuscrits en changeant les lettres qui les désignent. Il ÿ aura, par suite, grand intérêt à exécuter du premier coup des collations définitives et 1l faudra, pour cela, lorsque.les manuscrits seront assez nombreux, s’ingénier à trouver quelque format de papier ou quelque système qui permette de relever toutes les variantes d’un même passage sur la même feuille. Quant aux sigles des manuscrits, il est désirable qu’ils soient choisis définitivement du premier coup et qu'ils demeurent immuables : si le classement de nombreux manuscrits amène par la suite à adopter des sigles généraux pour désigner des familles, on pourra, par exemple, attri-

buer des caractères grecs à ces familles et transformer la lettre primitivement choisie pour le manuscrit, en un exposant; de cette manière on évitera les transpositions, et les erreurs dont celles-ci sont presque toujours cause.

2.) DrvisioN DES VARIANTES EN VARIANTES A TÉMOINS UNIQUE, RARES’ ET MULTIPLES

Lorsque les variantes sont recueillies, rien n’est plus facile que de faire la différence entre celles qui n’ont qu’un témoin et les autres. Les variantes à témoin unique sont inutiles pour le classement, mais elles pourront servir plus tard pour caractériser le manuscrit qui les contient.

La qualification de variante à témoins rares n’a pas toujours l’occasion d’être appliquée, car lorsque les manuscrits à comparer sont peu nombreux, il n’y a pas lieu de faire de relevé spécial pour cette catégorie. Mais si les manuscrits sont nombreux, et une douzaine est déjà un nombre, à plus forte raison quinze ou vingt, on fera bien de relever à part toutes les leçons qui n’ont, suivant le nombre total des manuscrits, que deux, trois ou quatre témoins. On ne craindra pas de prendre la peine d’en dresser une liste: c’est un travail qui parfois est bien vite payé. Par exemple on relève :

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