ÉTABLISSEMENT DU TABLEAU DE CONCORDANCE DES MANUSCRITS
Le premier usage que nous pourrons faire de nos fiches de comparaison sera l'établissement d’un tableau de concordance des manuscrits entre eux. Ce tableau n’est pas absolument nécessaire; mais si nous prenons la peine de le faire, il nous donnera des renseignements très utiles. Il s’agit de savoir et de noter combien de fois À, puis G, puis O etc... concordent avec chacun des autres manuscrits.
Pour faire ces constatations, nous dressons un nouveau tableau à colonnes horizontales et verticales, du type de la table de Pythagore, dans lequel nous inscrivons et les sigles de nos manuscrits et les chiffres de leurs concordances. Ces dernières se constatent en rapprochant successivement de la fiche du manuscrit À celles des manuscrits GO CD XTEBMN, puis de G les fiches OCDXTEBMN, puis de O celles de CDXTEBMN etc Le résultat est un tableau comme le suivant où nous ne considérons que les 5 rapports consignés plus haut et où nous n’inscrirons dans le cas présent que les premiers chiffres, comme exemples :
AlG C
CN CRT 3 AE NUQUE Ca LENS FES O4 3 El NME
M li
En continuant la statistique on obtient la table complète. Il va de soi que, dans cet exemple, les concordances ne portant
que sur 5 cas ne peuvent pas être utiles, mais lorsqu'elles portent sur l’ensemble des groupes relevés dans un apparat positif, elles représentent très exactement l’ordre dans lequel les manuscrits se rapprochent ou s’éloignent d’un manuscrit donné. Ainsi, dans l’exemple théorique de la p. 228 du Mémoire sur l'établissement du texte de la Vulgate, les concordances des manuscrits BHKXFGOPQRT Y Z avec les manuscrits BHO R sont les suivantes:
B H O R LS BCP UMP ENTREE") Ko 46 Ki RO MO NE EE 0 XOOPS DES OLA IO ES NIMES RE GE VoG ME CES SM EUR PA 9 IPS TE PSS CENT CPS O PT OP PRESS RETEEE HS EN RO El RASE NRC INT ENS TRES PE TROT MT PT ON ON TROT RE VON ON EP RER ER DE AOL ES A NON TE CEE
On voit du premier coup d’œil que B et R, par exemple, sont aux antipodes l’un de l’autre; B H au contraire sont très voisins et leurs rapports communs sont absolument parallèles ; la situation de O n'apparaît pas aussi claire, mais d’autres comparaisons avec P et Q par exemple, l’éclairciront très probablement. Ainsi prenons-nous une idée du point de la tradition sur lequel, pour chaque manuscrit à examiner, il faut commencer les comparaisons.
7.) DÉLIMITATION DES GROUPES PAR LES CONCORDANCES ET LES VARIANTES À TÉMOINS RARES
Dans l’exemple que nous venons de donner en dernier lieu, ncus avons vu que Bet H étaient voisins ; tous deux présentent la série de concordances décroissantes: BHKXOGPQ etc. Sans doute ils forment groupe à eux deux. Mais peutêtre le groupe s’étend-t-il aussi à K X O P Q etc...? L’examen des concordances de O nous fixe à ce sujet. En effet, au lieu d’avoir encore OHB K XP Q etc, nous avons OPOBH etc. C’est l'indice d’unedivision des groupes: le premier doit se composer de B H K X et le second de OP Q. Ces déduc-
tions ne donnent qu’un résultat approximatif; aussi bien n’estce pas à elles que nous demandons notre classement; nous ne tirons de ces rapports de concordance que des indications, mais ces indications sont très importantes.
Beaucoup plus nettes sont les délimitations de groupes fournies par les variantes à témoins rares. Là nous voyons un certain nombre de sigles se répéter les uns auprès des autres, dans des cas où la variante sur laquelle on les trouve n’a qu’un petit nombre de témoins. Cette répétition est la preuve de rapports entre les manuscrits en question et elle est le meilleur indice de __ l'existence d’une famille.
Ainsi avons-nous vu, pour les manuscrits de la Vulgate, le groupe italien se dessiner avec une précision extraordinaire :
Gen. XVIII, 2, oculos + suos 515 Ital Caec Bovin Hisp (1)
5, transibitis + viam vesiram Hist 515 Ital Caec Bovin Hisp Ambros
13, uxor tua Sara 515 Ital Bovin Hisp Ambros
45, timore] terrore Mord Vall Zur 11514 Abi Caec Bovin Hisp Ambros
20, dixitgue + Abrahae 515 Mazarin Ital Gaec Bovin Hisp Ambros
26, omnem locum Ital Bovin Leg 7634
28, quinquaginta quinque Ital Hisp Ambros
29, + ait rursum Ital Bovin Hisp Ambros
Après avoir ainsi recueilli une vingtaine de ces variantes il a été extrêmement facile de constater que le groupe italien se composait des manuscrits tal Caec Bovin Hisp 515 et Ambros. C’est de cette manière qu’ont été délimitées toutes les familles des manuscrits de la Vulgate et dire, comme on l’a fait, qu’ils ont été classés uniquement sur les 91 variantes caractéristiques, c'est commettre une grave inexactitude. Les variantes caractéristiques ont servi à classer les manuscrits dans l’intérieur des familles et les familles entre elles, grâce aux comparaisons par groupes de trois dont nous allons maintenant nous occuper.
() Ces abréviations désignent les manuscrits décrits dans le Mémoire sur la Vulgate, tels que le Casinensis 515, le Vat. lat. 10510 provenant de Bovino etc.
74 ESSAIS DE CRITIQUE TEXTUELLE 8.) COMPARAISON DES MANUSCRITS PAR GROUPES DE TROIS
Il a été montré plus haut (p. 45) comment, dans tout classement de manuscrits, la recherche des intermédiaires était l'opération essentielle et comment la comparaison par trois . était le moyen de trouver ces intermédiaires. Nous reviendrons plus loin sur ces principes: nous nous contentons ici d’expliquer le fonctionnement de la comparaison.
Quels manuscrits faut-il choisir pour les comparer? Il faut prendre ceux que les tableaux de concordances par deux et les variantes à témoins rares ont fait apparaître comme voisins les uns des autres. Et comment dresser la liste des comparaisons à faire pour épuiser toutes les possibilités d’un groupe? Voici cette liste pour un groupe de huit manuscrits: ABCDEFGH; les comparaisons possibles y sont au nombre de 56: