ÉTABLISSEMENT DU SCHÉMA GÉNÉALOGIQUE
Un tableau généalogique s’appelle en latin un stemma; le mot n’a pas passé dans la langue française; c’est pourquoi nous donnons ici à la figure qui résume les rapports des manuscrits entre eux le nom de schéma dont c’est le sens.
L'établissement du schéma est incontestablement l’opération
la plus importante du classement des manuscrits. Je dois dire tout de suite que cette opération échappe en grande partie aux procédés de statistique employés jusqu'ici pour faire nos comparaisons et en noter les résultats. Notre méthode est apte à rechercher les intermédiaires : elle permet de les trouver; elle ne montre pas dans quelle direction se portent les termes extrêmes de la comparaison.
Nous avons obtenu, par exemple, un ReuMat comme celui-ci :
À < B CE=r0 An-nbia Gi= 010 A B > C = 15
nous savons que À est intermédiaire entre B et C; nous ne savons pas si la construction à adopter doit être
B (# A B C | | it NY A A RP ANC Â | | (e B ou même z A B À |
C’est affaire à la critique interne, ou à quelque constatation matérielle, de nous fixer sur ce point et de nous obliger à mettre en tête B ou C ou À ou même x.
Mais, ceci une fois admis, nous pouvons demander à notre méthode quelque lumière sur l’établissement du schéma.
Tout d’abord, si dès le premier ou les premiers groupes de manuscrits, on a trouvé le sens à donner à la figure obtenue, si, par exemple, il est établi que À est la source commune de B et
de G::
il va de soi que toutes les autres constructions dépendront de celle-là et que si l’on trouve que C est intermédiaire entre À et un manuscrit D, la figure à adopter sera nécessairement
Il a aussi été montré dans le Mémoire sur l'établissement du texte de la Vulgate(?) que le fait, pour un manuscrit, d’être reconnu comme intermédiaire entre plusieurs groupes de deux autres manuscrits, le place dans la position d’archétype, soit primaire soit secondaire, de ces groupes de manuscrits. Aïnsi, si on a obtenu les résultats :
AID C0 Au B20="10 A B > C — 15 A < C D = 0 AU CCE DD EN A C > D = 145 ARC D — 0 ARR RON) A B > D = 10
la construction d’ensemble sera
() pp. 210-220.
Mais c’est là un cas très rare. D’ordinaire l’archétype est perdu et c’est précisément sa disparition qui cause en grande partie la difficulté du classement définitif.
La lacune peut se produire dans l’intérieur même d’une famille, en d’autres termes, un archétype secondaire peut faire défaut. Par exemple, B est intermédiaire entre À et C, puis entre A et D, et, cependant C D s’accordent contre B :
BC Di=r5 Be Ge Dir 10 B Ch DI=UTS
Il faut alors essayer la construction conjecturale :
ES CRD
Cette figure explique les accords C D contre B par l’x intermédiaire. Pour qu’elle devienne définitive, il faudra que, toutes les fois où CG D sont d’accord contre B, ils le soient aussi contre A.
Mais c’est surtout en tête des traditions que doit se placer l’archétype manquant et la question se pose de savoir si on a affaire à une, à deux ou à trois familles.
La partie inférieure de la tradition, je suppose, se divise nettement en deux groupes et ces deux groupes aboutissent dans
leur partie supérieure à un manuscrit unique :
A | Rte | | B C | | D E Es PAS FGH K0elr On a adopté la figure :
parce que À était intermédiaire entre B et C; mais si la construction réelle était
(2) æ | | | B A | ou bien (3) g | | A (Ë | B
le manuscrit À serait encore intermédiaire entre B et C. Or, dans le premier cas (1) on aurait une seule famille avec archétype connu, et dans les autres (2 et 3) deux familles avec archétype perdu. Comment choisir entre les deux?
C’est ici qu'il faut recourir aux fautes communes que nous avons écartées au début de nos recherches. Si la figure (2) est la bonne, nous devrons avoir dans À C des fautes communes
en nombre assez grand pour que les leçons de B ne puissent pas être interprétées comme de simples corrections de l’archétype fautif. Si c’est la figure (3) qui doit être préférée, c’est du côté de À B que se produiront les accords sur les leçons fautives. Si, au contraire, c’est la figure (1) qui représente la réalité, les leçons de À devront expliquer les déformations de C et de B.
Il ya un autre argument encore qui devra venir corroborer le précédent. Si la figure (2) est la bonne, le nombre des accords de À et de C, non plus seulement sur les passages fautifs, mais pour l’ensemble des leçons, devra l’emporter sur le nombre des accords de À B, et si c’est la figure (3)-qui doit être préférée, cet accord plus fréquent se produira entre A et B.
Les principes de solution seront les mêmes lorsque les constructions de détail auront abouti à trois rameaux. Dans ce cas, la question sera de savoir quelle est celle des quatre figures suivantes qui devra être adoptée :
(1) æ HA Sa À CON LA NES (2) .
ASIE RU À y | | | B C (3) ï à TIRE B y
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Là encore il faudra rechercher s’il y a un certain nombre de fautes communes à B et à C (fig. 2), ou à A G (fig. 3), ou à AB (fig. 4). La figure à adopter devra aussi rendre compte du plus ou moins grand nombre des accords des manuscrits sur les passages non fautifs; c’est-à-dire que dans la figure (2) les accords de B C devront l’emporter sur ceux de AB et de A C et ainsi des autres figures, du moins en règle générale, et ceci demande quelques explications.
Supposons qu’un certain archétype À a été copié par trois manuscrits B C D :