B RANCE
C’est précisément parce que de tels cas sont possibles que nous ne donnons pas ces indications de statistique comme infaillibles : elles aboutissent seulement à des probabilités qui, jointes à d’autres indices, arrivent à créer une certitude non absolue maïs morale.
En résumé, si l’on est, dans une tradition à trois rameaux, en présence d’une série de fautes communes à deux des manuscrits figurant en tête des groupes et, généralement, si ces deux manuscrits présentent entre eux des rapports plus fréquents qu’avec le troisième, il y a lieu . conclure à deux familles seulement dont l’une zemonterait à l’archétype commun, tandis que les deux autres rameaux proviendraient d’un archétype secondaire.
Au contraire, si les trois familles remontent séparément à un archétype unique :
tout d’abord les fautes communes se trouveront aussi bien
dans BC contre D, que dans B D contre C et dans C D contre B, ce qui voudra dire que la faute de l’archétype a été parfois corrigée soit dans l’une, soit dans l’autre des familles; et ensuite les accords des mêmes groupes de manuscrits auront une tendance à l’égalité, ou du moins on ne trouvera pas un chiffre fort contre deux chiffres faibles comme résultat des compa-
raisons par trois.
11.) DÉTERMINATION DU CANON CRITIQUE POUR LE CHOIX DES LEÇONS REPRÉSENTANT LE TEXTE DE L'ARCHÉTYPE
Le canon critique pour l’établissement du texte se cueille comme un fruit mûr sur le schéma généalogique une fois que celui-ci a pris sa forme définitive.
La règle essentielle, c’est que la leçon doit être demandée non à la partie inférieure, mais à la partie supérieure des traditions. Dix et même cent manuscrits, se rangeant dans cette partie inférieure, ne peuvent pas l'emporter sur un ou deux exemplaires de la même lignée plus rapprochés de l’archétype. Les manuscrits de la Vulgate, par exemple, forment, à la partie inférieure de notre schéma, les trois grandes familles alcuinienne, théodulfienne et tolétanienne : les leçons de ces familles sont des éléments du plus haut intérêt pour l’histoire du texte; elles n’ont qu’une valeur très secondaire pour son établissement. Il y a toutefois une exception à cette règle : c’est le cas dans lequel on à constaté dans un manuscrit ou une famille de tradition inférieure des traces de retouche ou d’amalgame avec quelque témoin supérieur de la tradition. Il va de soi qu’alors le manuscrit ou la famille en question participent à la valeur du témoin qu'ils représentent partiellement.
La leçon à adopter sera donc celle que donnent les manuscrits les plus rapprochés de l’archétype, mais le choix sera soumis à des règles différentes suivant que la généalogie se sera exprimée en une, deux ou trois familles et plus.
Si l’on possède l’archétype même des manuscrits conservés d’un ouvrage,
A PA A & + NET E B CG D A IN 274 | ES F4 ie
on est, quelles que puissent être la complexité et la richesse des parties inférieures de la tradition, en présence d’une seule famille. C’est la leçon de l’archétype qu’il faut suivre. Dans les cas de fautes, les leçons meilleures que peut donner la tradition ne sont que des corrections heureuses dont il est légitime de faire usage, mais en signalant la correction comme telle.
Le cas est le même, ou à peu près, si le manuscrit que le classement place en tête d’une tradition à rameau unique, sans être l’exemplaire même dont dérive toute cette tradition, en est cependant un représentant assez proche pour que l’on n'ait pas pu trouver en dehors de lui les éléments d’une division en deux familles.
x x | \ | Mans À ou encore À | | B B Æ EN DA Ke
Il faut alors suivre les leçons de À, mais aussi considérer que les erreurs propres à ce manuscrit n’ayant pas dû passer dans la tradition, on doit, dans les endroits où elles se rencontrent, demander la leçon de l’archétype réel aux manuscrits qui suivent immédiatement, soit B etc.
Si le classement a abouti à deux familles dérivées d’un archétype perdu :
HA Pos A B ARS [R
la leçon de cet archétype doit être demandée tantôt aux premiers manuscrits de l’un des rameaux, tantôt à ceux de l’autre rameau. Il va de soi, en effet, que chaque fois qu’une faute se produisait dans la transcription du premier représentant de chaque famille, la vraie leçon se transmettait par l’autre copie plus exacte sur ce point. Si les deux premières copies ont fait la même faute au même endroit, ce qui est nécessairement assez rare, on est dans le même cas que lorsqu'il y a faute de l'archétype et on n’a d’autre ressource que la correction conjJecturale.
Le fait qu’une famille est généralement meilleure que l'autre ne donne pas le droit à l’éditeur de s’appuyer uniquement sur elle pour établir le texte. Si l’on est vraiment en présence de deux familles la leçon de l’archétype a nécessairement passé quelquefois dans la famille moins favorisée et doit lui être demandée. À vrai dire, on peut imaginer.le cas d’une double tradition dont l’un des rameaux seulement serait divergent, tandis que l’autre continuerait inflexiblement la ligne de l’archétype :
Dans ce cas toutes les fautes seraient dans B et À n’en contiendrait aucune, mais ce cas est nécessairement assez rare et il n’est pas constitué par le seul fait que les leçons d’une des deux familles sont «généralement » meilleures.
Lorsque le classement a abouti à trois rameaux dérivant directement d’un archétype perdu,