‹ Essais de critique textuelle (ecdotique)Chapitre 26 sur 47 · NS · texte numérisé non relu

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la leçon de l’archétype doit être demandée soit à l’accord des manuscrits supérieurs contre toute la tradition inférieure, soit à l’accord de deux d’entre eux contre le troisième isolé, ’c’està-dire à A B contre C, ou à A C contre B ou à BC contre A. Il est naturel, en effet, que les fautes de transcription se produisent isolément sur chaque passage et qu’alors l’accord des deux copies non fautives donne comme résultante la leçon de l’archétype perdu. La règle serait la même si l’on était en présence d’une tradition à quatre rameaux ou plus.

Il est un cas qui participe tout à la fois du classement en deux et du classement en trois familles : c’est celui des traditions à deux rameaux dans lesquelles une des branches se subdivise dès le début en deux sous-familles aboutissant à un archétype

secondaire perdu :

Le canon est alors : B C d’accord, et représentant y perdu, n’ont pas plus de valeur ensemble que À représentant l’autre famille ; le choix est donc libre entre les deux groupes. Mais dès que l'accord se fait entre A B ou A C, la leçon résultante est obligatoire, un seul des manuscrits de la famille y suffisant, d'accord avec À, pour attester la leçon de l’archétype x. Il serait donc illicite de suivre la lecon de B seul contre À C ou de C seul contre À B. Sauf, naturellement, les cas où quelque raison intrinsèque obligerait à considérer soit B soit C comme repré-

sentant seul la leçon de y perdu, ce qui ramènerait au hbre choix entre À et y.

Il nous faut, avant de terminer ce paragraphe, revenir sur une question que nous avons touchée à son début : celle des influences possibles d’autres archétypes où même de l'original, sur les parties inférieures de la tradition. Je prendrai iei comme exemple le eas de la Vulgate. Les manuserits conservês pour l'Octateuque remontent jusqu'au va ou à la fin du vi® siècle peut-être, et ils se divisent en trois grandes familles dérivant d'un archétype unique. Toute la tradition antérieure à cet archétype, cet archétype lui-mème et toute une série d'autres témoins dépendant soit de lui, soit d'autres archétypes, sont aujourd’hui perdus, mais ont existé. L'ensemble pourrait être représenté par la figure suivante :

Original X perdu Y perdu Z perdu ES | à:

copies perdues sw copies perdues Archétype X 0 Le \ + Le | A X = ® Z

N'est-il pas probable que les manuscrits disparus ont exercé sur les manuscrits conservés certaines influences comme celles que montrent les flèches de la figure?

nr nil ee rt tot tt

Il faut admettre que dans une tradition très considérable et |

très ancienne, comme celle de la Vulgate, le fait a dù se produire quelquefois; mais il convient d'observer qu'il n'aurait pas pu être constant pour un manuserit donné sans nous obliger à

placer ce manuscrit dans une position qui aurait profondément modifié l’ordre de notre schéma. Et, pour un cas isolé, quelle peut être la mesure de l’influence ainsi exercée?

Le manuscrit T, par exemple, reçoit une leçon de l’archétype X perdu. De deux choses l’une, ou bien la leçon remplacée était mauvaise ou bien elle était bonne. Si elle était bonne, l'opération ne nous a apporté aucun profit. Mais si elle était mauvaise il faut voir de quelle nature elle était. Était-ce une faute propre à ce manuscrit contre la leçon de toute sa famille? Comme il est d'expérience qu’il n’y a guère de cas où les leçons en présence soient plus de deux, toutes les chances sont alors pour que la correction venue de X ne fasse que rétablir la leçon que donne notre propre archétype. Était-ce une faute commune à toute la famille À contre la leçon de nos familles O et G ? Le résultat est le même. C’est seulement dans le cas où la leçon corrigée est une faute propre à toute notre tradition que la correction venue de X apporte un réel profit. Mais alors, de deux choses l’une encore, ou bien cette faute de notre archétype est telle que le texte en est réellement corrompu, ou bien c’est une leçon quelconque sur laquelle on peut discuter. Dans le premier cas T nous apporte une indication intéressante dont nous ferons notre profit dans la correction conjecturale que nous appliquerons à ce passage. C’est un gain réel. Mais allons-nous pour le profit minime du second cas, nous priver de tous les avantages que nous procure l’usage du canon critique? Non assurément. Nous rejetons donc absolument la manière de voir des critiques qui, pour avoir les mains libres, prétendent trouver jusque dans les parties les plus récentes de la tradition des témoignages directement dérivés de l’original et s’en prévalent pour déclarer inutile tout l'effort dépensé en vue de la construction du schéma généalogique.

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