CONFORMATION DU TEXTE DE L’ARCHÉTYPE A CELUI DE L'ORIGINAL
Le texte que nous obtenons grâce à l’usage du canon critique est celui de l’archétype des manuscrits conservés. Nous l’avons
vu, ce texte contient le plus souvent un certain nombre de fautes. La dernière opération à faire est d'apporter à ces fautes la correction conjecturale destinée à rétablir la leçon probable ou même certaine de l'original. On fera bien d'indiquer dans le texte même, par quelque signe, croix ou astérisque ou autre signe typographique adapté, le début et la fin du passage ou du mot corrigé, la faute étant rejetée dans l’apparatus. Mais dans quelle mesure corriger?
Voici un mot rare, barbare, peut-être, dans certains cas, et qui ne figure pas dans le lexique de l’auteur, tel qu’il est constitué jusqu'ici; faut-il l’écarter pour prendre un autre mot plus classique attesté par quelque partie de la tradition manuscrite, mais contre les lois du canon critique? Il faut bien se dire, avant de le faire, que si quelque éditeur ancien, travaillant sans principes critiques, avait adopté ce mot dans le texte, les lexiques de notre auteur le donneraient. C’est nous qui devons constituer le lexique.
La même remarque s'impose au sujet des particularités orammaticales. Les observations sur lesquelles s’appuient les lois de la grammaire d’un auteur sont souvent tirées de textes très inférieurs. Conformer à ces lois le texte critique que l’on établit c’est tourner dans un cercle vicieux.
Il semble donc que l’accord des manuscrits suivant les lois du canon critique logiquement établi doive l'emporter dans ces cas et autres semblables et qu’il faille réserver les corrections uniquement pour les endroits évidemment gâtés, c’est-à-dire pour les mots ou passages dont le contexte ne supporte pas le voisinage. On recourra alors aux ressources de la critique interne, de la paléographie et des autres sciences auxiliaires et ce sera le cas de suivre les indications données dans les ouvrages didactiques sur la matière tels que l’Introduction à la critique des textes latins de M. Lindsay, ou le Manuel de critique verbale de M. Havet, ou encore les Eléments de critique de l'abbé J.B. Morel (+ 1772) reproduits par l'abbé Migne à la fin du Dictionnaire de Diplomatique de Quantin.