FAUSSE CONCEPTION DE L'ORIGINAL
Vulgate. L'origine première de la faute est, ou bien une erreur accidentelle d’un copiste somnolent, ou bien une conjecture d’un correcteur mal avisé qui n’a pas compris à quoi se rapportait le masculin ipse. En tout cas, cet imbécile n’est pas saint Jérôme ».
On n’est pas plus aimable !.. ni plus catégorique. Mais voyons les textes.
Il y a en critique une règle bien connue : c’est que les citations patristiques de l’Écriture doivent être recherchées plutôt dans le corps des commentaires que dans les fragments bibliques insérés. On nous cite le fragment GEN. HI, 4-IIT, 24, qui figure en tête du livre second du De Genest contra Manichaeos de saint Augustin et qui porte ipsa tuum observabit caput, et on nous dit qu’il faudrait avoir une édition critique. Mais pourquoi ne pas se reporter au commentaire?
Le voici, tel qu'il figure au chapitre XVIIT :
«Non autem inimicitiae ponuntur inter ipsum et virum, sed inter ipsum et mulierem... Quod autem inter semen diaboli et semen mulieris ponuntur inimicitiae, significatur semine diaboli perversa suggestio; semine autem mulieris, fructus boni operis quo perversae suggestioni resistit. Et ideo observat ipse plantam mulieris, ut si quando in illicita labitur delectatione, tunc illam capiat, et 1lla observat caput eius, ut in ipso initio malae suasionis excludat ».
Il ne peut en vérité y avoir ici le moindre doute. Ce n’est pas seulement une question de texte, 1lla observat, mais aussi une question de sens. Du moment, en effet, que saint Augustin entend par semen les bonnes et les mauvaises pensées, c’est le serpent qui suggère et la femme qui résiste. Il a donc évidemment lu ipsa et, puisque, dans le De Genesi ad litteram, il renvoie luimême à son interprétation du De Genesi contra Manichaeos, il faut là aussi lire 1psa avec l’éditeur du Corpus de Vienne et les manuscrits qu'il a préférés.
Saint Grégoire cite habituellement la Vulgate dans ses Mo-
ralia in Job. Cependant au livre I, chap. 36, il donne le passage qui nous occupe, SOUS la forme : ipsa tuum observabit caput, et tu calcaneum eius. C’est exactement la leçon du texte biblique inséré dans saint Augustin, De Genesi contra Manichaeos II, 1. Or le commentaire qui suit : Caput serpentis observare est initia suggestionts eius aspicere, est lui aussi emprunté au De genesti contra Manichaeos. Il n’y a donc aucune raison de jeter la suspicion sur l'édition des Morales; texte biblique et commentaire y dérivent de saint Augustin et ne font que reproduire la leçon absolument certaine de celui-ci.
Pour saint Ambroise (De fuga saeculi, VII, 43), nous possédons une édition critique dont le texte porte ipsa tibi servabit caput et tu illius calcaneum, mais on la rejette parce que de bons manuscrits, en cet endroit, donnent ipse. Ici encore, lisons le commentaire. I ne dit rien de la première partie de la citation, mais sur la seconde il s'exprime ainsi: denique servatum est serpenti, ut calcaneum mulieris et seminis etus observaret, quo noceat et venenum suum infundat. Les deux membres se répondent : le serpent cherche à nuire au talon de qui s’attaque à sa tête; or c’est au talon de la femme et de sa race qu’il vise : ut calcaneum mulierts et seminis eius obserparet; donc c’est aussi la femme qui, avec sa postérité, s’attaque à sa tête : 1psa tibi servabit caput. Le mot mulieris du commentaire s’entend si on lit ipsa comme l'édition; il n’a plus de sens si on admet la leçon pse des manuscrits cités.
Rien dans les textes examinés jusqu'ici qui se rattache à l'interprétation messianique. Mais voici saint Jérôme; or « Jérôme accentue souvent dans sa traduction le sens messianique du texte hébreu »; il l’aurait fait dans ce passage, et une preuve c’est que dans les Quaestiones hebraicae in Genesim, ad locum, dans le commentaire In Isaiam, LVIIT, 12 et dans celui In Ezechielem, XLVII, il citerait ipse.
Il est entendu que les Quaestiones hebraicae in Genesim portent ipse. Le sens du passage n’est pas pour cela proprement messianique, car saint Jérôme explique en citant S. Paul: et nostri gressus praepediuntur a colubro, et Dominus conteret Satanam sub pedibus nosrris velociter (cfr. Rom. XVI, 20). Mais les