‹ Essais de critique textuelle (ecdotique)Chapitre 33 sur 47 · ARCHÉTYPE FAUTIF · texte numérisé non relu

ARCHÉTYPE FAUTIF

Quum ill (Septuaginta) Ptolomaeo regi Alexandriae mystica quaeque in Scripturis sanctis prodere noluerint, et maxime ea quae Christi adventum pollicebantur, ne viderentur Iudaei et alterum Deum colere : quos ille, Platonis sectator, magni idcirco faciebat quia unum Deum colere viderentur.

« De peur que les Juifs ne parussent adorer un second Dieu, eux que Ptolémée, sectateur de Platon, avait en si grande estime parce qu'ils lui apparaissaient comme adorateurs d’un Dieu unique.» Voilà qui éclaire merveilleusement notre phrase |! La faute de notre archétype a consisté à écrire quod maxime pour quos mazximi: de là les variations dans les manuscrits subséquents. Les meilleurs et les plus nombreux ont encore conservé faciebat, mais sur videbantur la confusion a été complète. Le texie de la préface Desiderit met doit donc être restitué ainsi qu'il suit :

Judaei prudenti factum dicunt esse consilio, ne Ptolomaeus, unius Dei cultor, etiam apud Hebraeos duplicem divinitatem deprehenderet, quos maximi idcirco faciebat quia in Platonis dogma cadere videbantur.

La phrase, ainsi, se tient parfaitement et présente un sens irréprochable. On notera le mot efiam qui, jusqu'ici, était peu clair et qui, désormais, prend une grande valeur: « De peur que Ptolémée, adorateur d’un Dieu unique, ne découvrit une seconde divinité, même chez ces Hébreux dont il faisait si grand cas, parce qu’ils paraissaient retomber dans la doctrine de Platon.» Enfin la question de l’idée qu'avait saint Jérôme de la doctrine platonicienne est tranchée elle aussi. Pour lui: dogma Platonis et Platonis sectator peuvent s’intervertir avec unum Deum colere et unius Dei cultor.

À notre point de vue plus spécialement critique, cette courte préface de S. Jérôme est un remarquable exemple de la fragilité des textes et de la difficulté que l’on éprouvera toujours à reconstituer exactement les originaux. Elle confirme ce que

nous a déjà appris l’étude du texte du Pentateuque : toute notre tradition dérive d’un archétype unique et fautif. Dans le cas de notre phrase la faute a consisté à changer quos en quod; c’est l'erreur première. Il semble que maximi a dû persévérer encore dans quelques manuscrits car nous le retrouvons dans l'édition de Gobelinus Laridius. Les autres erreurs ont suivi d’elles-mêmes. Qui voudrait classer nos manuscrits d’après ces erreurs aboutirait à une conception absolument fausse de la tradition du texte parce que, en présence d’une phrase incompréhensible, les copistes ont corrigé chacun de leur côté, ou à peu près, et comme ils ne pouvaient guère modifier que deux mots: faciebat et videbatur, faciebant et videbantur, rien n’était plus facile pour eux que de retomber dans les mêmes formules, sans que pour cela il y eût eu la moindre influence de l’un sur l’autre.

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