CG D E
En serait-il l’archétype? L’examen intrinsèque des leçons donne un résultat qui n’est pas douteux : F ne peut pas être Parchétype de C G et de DE, de par les groupes de variantes 11, 13, et 14, par exemple, et aussi 3, 5, 6, 9 etc. On concevrait, en effet, qu’au groupe 2, les manuscrits A B d’une des familles ayant mamie, les deux autres familles C-G et DE, donnassent amie à la suite de F, ou au groupe 12, que C G D E aient reçu de lui la leçon que je mourusse, mais, au groupe 3, C G ne pourraient pas avoir mon cuer avec À, contre mon mal de DEF et ainsi des autres cas. Ainsi F, qui est intermédiaire, n’est pas archétype; il faut, par suite, qu’il soit dérivé des deux familles, en d’autres termes, il faut retourner la figure et lui donner la forme :
et cette construction se complète tout naturellement par le résultat de la comparaison 20, entre DE F, d’après lequel D est intermédiaire entre E et F, soit :
T “A Se sn G
Rapprochons de ces résultats ceux obtenus au sujet de À B et nous obtenons le schéma général suivant :
archétype |
| | | æ y z ANS REX HIS A AE ER DU CE CPR CNE Le
dat
ee
Si le lecteur que ces arides déductions n’ont pas rebuté veut bien maintenant appliquer ce schéma aux différentes combinaisons de variantes données plus haut pour nos 30 groupes, il verra que toutes s'expliquent sans difficulté par lui: il n’y a qu'aux NoS 7, 21 et 23 qu’un manuscrit (E ou G) s’échappe de son groupe pour en rejoindre un autre, mais si l’on considère qu'il s’agit de leçons comme ceste pour elle, il chevauche pour et chevauche, ne s’en pour ne se, on conviendra que ce sont là quantités négligeables, car le premier copiste venu peut faire de ces modifications sans avoir besoin pour cela d’avoir un manuscrit différent sous les yeux. De même, les vers 191-192 sont omis dans À B et F, mais il y a là passage du même au même : Qu’ele (v. 191) à Qu’ele (v. 193), ce qui explique très facilement la coïncidence fortuite. Je crois donc avoir réussi à établir un arbre généalogique expliquant d’une façon satisfaisante les rapports que présentent entre eux les manuscrits du Lai de l'Ombre et, détail piquant, cet arbre généalogique est précisément un spécimen de la construction à trois branches que M. Bédier regrette si vivement et si justement de ne pas rencontrer dans les introductions aux éditions critiques, au moins dans l’immense majorité de ces introductions.
Reprenons maintenant l’exposé que M. Bédier a faite des rapports de ces mêmes manuscrits dans sa propre Introduction. «Si, écrit-1l (1), on essaye de classer. les manuscrits du Lai de
(:) Le Lai de l'Ombre, préface, p. xxx11 et suiv.
l'Ombre, on parvient sans grand effort à discerner les cinq groupes de faits que voici :
€ 19) Les manuscrits À et B, très voisins l’un de l’autre, s’opposent souvent aux cinq autres manuscrits, et plusieurs des leçons qu'ils ont en propre sont fautives. »
«20) Il en va de même des manuscrits C et G...»
(30) À leur tour, les manuscrits D et F, qui donnent d’aiileurs des leçons très différentes entre elles, offrent, en quelques passages, une même leçon que l’on peut tenir pour un remaniement de la leçon donnée par les cinq autres manuscrits. »
« 40) En 33 passages au moins, les manuscrits A B C G donnant une certaine leçon, les trois autres, D E F, en donnent une certaine autre... De ces 33 passages, il en est au moins quatre où la leçon À B C G, comparée à la leçon concurrente, apparaît ici comme moins bonne : c’est aux vers 511, 562-5, 573, 583. Voir nos remarques sur ces vers. »
« 52) Inversement de ces 4 passages, il en est au moins deux où la leçon D E F, comparée à la leçon concurrente, semble moins bonne : c’est aux vers 523 et 608. »
Il y a là beaucoup de points incontestables. Nous n’admettons pas, dans notre méthode, les «fautes communes » à la base du classement, mais il est évident qu'il y a des fautes dans les manuscrits et il ne l’est pas moins que les groupements AB, CG, D F établis par M. Bédier sont exacts. Cependant, sur le rapport des manuscrits D E F, nous nous séparons de lui, car la particularité essentielle de F, celle d’intermédiaire entre C G et DE, lui a échappé. Notons aussi, au N° 4, le passage de l’idée de «faute commune » à celle de leçon « moins bonne ». En somme, le groupement des manuscrits À B C G en une famille x repose sur quatre leçons qui, peut-être, sont discutables, et, de fait, en 1913, l’une d'elles (v. 583) a été conservée par M. Bédier dans le texte.
Et M. Bédier conclut :
«Si l’on tient pour bien interprétés quelques-uns des faits rangés dans ces cinq catégories,‘ ne serait-ce qu’un seul fait de
eu
chaque catégorie, et si l’on ne connaît pas de faits qui contredisent ceux-là, on pourra réputer acquis le classement des manuscrits : on admettra que À B © G remontent, par l'intermédiaire de deux manuscrits perdus, # et #, à un même manuscrit, déjà fautif, x; — que, d’autre part, D et F, par l’intermédiaire du manuscrit perdu z, et E remontent à un même manuscrit perdu, déjà fautif, y; — et que x et y sont deux dérivés indépendants l’un de l’autre, du manuscrit original O. Ce que l’on peut représenter aux yeux par le graphique que voict :
Let n (es)