CHAPITRE VI
Détermination de la valeur des Digitales
Résultats obtenus
La valeur relative des Digitales de cueillette ou de récolte a donné lieu à de nombreuses discussions.
Certains auteurs, tels que HUCHARD, le Professeur L. PLANCHON, FOCKE, DÉJEAN, et j’ajouterai les rédacteurs du Codex de 1908, considèrent les Digitales cultivées comme des plantes, sinon inertes, du moins ayant une activité moindre que celle de la Digitale spontanée.
Par contre, TSCHIRCH, HALE, Walter STRAUB, ALESSANDRI, Béla PATER, LEONE, professent des idées opposées.
Nous avons vu, au chapitre précédent, que tous les résultats acquis à ce point de vue ne devaient être accueillis qu'avec réserve, étant donné la diversité des méthodes employées et aussi les conditions très différentes dans lesquelles ont été recueillies et préparées les feuilles destinées aux essais.
Aussi, nous sommes-nous mis soigneusement à l’abri des causes d'erreur dues à l’altération des feuilles après la récolte. Les feuilles à examiner ont été préparées dans des conditions telles qu’elles représentent bien l’activité totale de la plante fraîche. Les unes ont été séchées directement, avec des précautions particulières, les autres ont été soumises à la stabilisation par les vapeurs d’alcool suivant le procédé de MM. les professeurs PERROT et GORIS.
a) Dessiccation simple.
M. le professeur PERROT nous a conseillé d’effectuer une dessiccation aussi rapide que possible, en prenant soin d'éviter l’échauffement des feuilles.
Cet échauffement lui paraissait être la cause principale de l’altération au cours de la dessiccation, en raison des conditions favorables qu’il crée à l’action des ferments.
On verra plus loin que cette opinion est entièrement justifiée par nos expériences.
Nous avons opéré de ia manière suivante : les feuilles ont été séchées rapidement à l’ombre et à l’air libre, étendues en couche mince dans un courant d’air pendant une huitaine de jours. Elles ont été ensuite passées à l’étuve à 70° pendant une demi-heure. Elles furent alors pulvérisées, puis remises à l’étuve à la même température pendant une heure et enfermées dans des flacons parfaitement séchés au four qui furent bouchés ensuite avec des bouchons paraffinés.
Ces poudres furent ainsi conservées pour l'essai.
b) Stabilisation aux vapeurs d'alcool.
MM. les Professeurs PERROT et GORIS ont préconisé dès 1909 la stabilisation des plantes aux vapeurs d’alcool agissant à chaud sous pression pour détruire les ferments. Les produits ainsi stabilisés possèdent la composition chimique de la plante fraîche et la conservent sans altération ultérieure.
Nous avons employé la même méthode et, pour chacune de nos récoltes, nous avons préparé, en même temps que des feuilles séchées comme précédemment, des feuilles stabilisées. Au sortir de l’autoclave, les feuilles sont séchées à l’air libre, en courant d’air, pulvérisées et soigneusement renfermées dans des flacons secs (1).
(1) Nous tenons à remercier sincèrement MM. les Directeurs des Laboratoires BOULANGER-DAUSSE, qui ont bien voulu nous mettre au courant des procédés industriels de stabilisation,
MF
Résultats des essais physiologiques
Uu certain nombre d'échantillons de poudre de Digitale, provenant des feuilles préparées comme nous venons de le décrire, ont été soumis au Laboratoire de Pharmacologie de le Faculté de Médecine de Paris.
Les résultats de ces essais sont consignés dans le tableau suivant.
La valeur des échantillons est exprimée en fonction de l’étalon international dont nous exprimons la valeur par le chiffre 100.
Tableau des essais physiologiques
Valeur de l’étalon. CE OT. y LRU MN ESP 100 Plantes sauvages récoltées près de Coutances (feuilles desséchées) , : . : 3 SION Cl AN dE CR ! le : : 106 Plantes cultivées sans engrais, à Coutances
Races de Belfort Dun Coutances Feuilles de désséchéesss "00 COMM LOS REG Plantes fleuries stabilisée re et NS MENTON NE EE 0S Feuilles de desséchées:r 1: 20e. GRAS 7 RP DIS Plantes n'ayant rer pas fleuri stabilisées:, MAMMUEMENMONENS2 TPE APP) Plantes cultivées avec engrais, à Coutances Races de Belfort Dun Coutances fé te engrais a Æ Aesséch ee RS nt D 10f Feuilles de engrais Plantes fleuries tabDilieses série DT NL?
sérieun AT yRn SN TARN NE Ne ENNEET OS série 110,790 NE PRE MALE S desséchées Feuilles de ( engrais Plantes n’ayant Stabilisées WEsérieno A Ne tl IS PRIRENT pas fleuri SÉTIORTS AL, CO SR NT LT
De l'exposé des chiffres obtenus, on peut tirer les conclusions suivantes 1°) Il semble que la valeur des plantes fleuries est parfois
supérieure à la valeur des plantes non fleuries. En tous cas, elle n’est jamais sensiblement inférieure.
Des expériences nouvelles peuvent paraître nécessaires pour établir définitivement la valeur relative des unes et des autres. Actuellement, si l’on s’en tient aux chiffres obtenus dans nos expériences, il ne semble pas que la floraison diminue l’activité.
2° Des plantes sauvages provenant de Coutances ont montré une activité égale à celle de l’étalon international. Le fait est assez important à noter, étant donné qu’il est admis que les plantes des Vosges sont à peu près les seules en France qui possèdent l’activité désirée.
3° L'emploi des engrais ne paraît pas augmenter sensiblement l’activité de la drogue. Cependant, les chiffres qui, dans le tableau précédent correspondent à des plantes cultivées en présence d'engrais (séries d’engrais n°° 1, 3 et 4) montrent, sur sept séries d’essais physiologiques, cinq valeurs échelonnées de 116 à 123.
Dès lors, le résultat suivant, fort intéressant à notre avis, semble bien acquis : la culture de la Digitale, dans les conditions où nous l’avons réalisée, ne diminue pas l’activité physiologique de la plante et semble même l’augmenter légèrement.
4°) Nous avons vu que les échantillons soumis à l’analyse ont été les uns simplement desséchés avec précaution, les autres « stabilisés ». Dans un cas, l’échantillon stabilisé s’est montré nettement inférieur à l’échantillon desséché : 103 contre 116 pour des Digitales fleuries de la race de Dun, qui avaient été cultivées à Coutances sans engrais. Dans les autres cas, l’activité est extrêmement voisine, pratiquement identique pour les deux échantillons de même origine.
La stabilisation aux vapeurs d’alcool ne serait donc pas nécessaire pour l’obtention d'une matière première de bonne activité. Elle possède cependagh un avantage sur lequel nous reviendrons plus loin : elle évitera toute altération de la poudre au cours de sa conservation.