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est évidemment plus facile et moins onéreuse que la cueillette de la plante sauvage dans ses habitats dispersés. Faite à proximité des séchoirs des usines de traitement, elle permet d’obtenir des produits de meilleure qualité. Elle supprime les substitutions ou les falsifications auxquelles se prêtent es plantes de cueillette. Enfin, des conditions convenables de culture peuvent fournir des drogues plus riches en principes actifs que la plante sauvage. |
En 1913, MILLER écrivait : « Les céréales, les légumes, les plantes à fibres et autres plantes économiques qui ont été soumises à l'influence de la culture améliorante ont fourni à l’homme une richesse de produits que le laboratoire de ia nature, livré à lui-même, n’a jamais pu égaler. Pourquoi, ajoutait-il, n’en serait-il pas de même pour les plantes médicinales ? » (1).
À l’appui de cette thèse, M. DELUARD (2) étudiant l’action des rayons solaires sur la Belladone cultivée, concluait que l’on pouvait arriver, par une insolation judicieuse, à un rendement et une activité de la drogue notablement augmentés. Il citait également, à propos de la Belladone, les essais conculants d'engrais que M. BEAUSITE avait entrepris à Bagnères-de- Bigorre sur l'initiative de M. le Professeur A. GORIS.
M. MALBEC (3), étudiant l’action des engrais sur le Datura, estimait également que la richesse alcaloïdique pouvait être augmentée par l’addition au sol de certains engrais et agents catalyseurs.
Nous pourrions d’ailleurs, en dehors de ces expériences faites sur une faible échelle, rappeler les cultures industrielles
(1) F. À. Mrrrer. — Breeding Medicinal Plants. Am. Journ. of Pharm.; 1913, 85, p. 291.
(2) H. Deruarr. — De l'influence des radiations solaires sur le développement de la Belladone et sur sa teneur en alcaloïdes. Thèse Doct. Pharm., Paris, 1922.
(3) M. Mazgec. — De l'influence de quelques engrais chimiques sur la culture et le développement du Datura Stramonium. Thèse Doct. Pharm., Toulouse, 1924.
du Persil en Seine-et-Oise pour la production de l’apiol, de la Bourrache dans l'Aisne, de la Menthe dans l'Oise et le Morbihan, de la Camomille dans le Maine-et-Loire, de la Mélisse, Jusquiame, Valériane, et de nombreuses autres espèces à Houdan et à Etrechy.
Jusqu'ici, la Digitale employée a toujours été la Digitale sauvage ; celle-ci, en France, est surtout récoltée dans les Vosges, région qui fournit les plantes les plus actives. Cela n’est pas sans inconvénient. La Digitale est une des plantes qui, au cours de la dessiccation et de la conservation, s’altère le plus facilement, la perte d’activité pouvant être considérable. Divers industriels ont même dû, pour cette raison, réaliser sur place la dessiccation ou la stabilisation de leurs récoltes.
De plus, la récolte constamment en augmentation risque de dévaster les stations naturelles. On a dû, à ce point de vue, réglementer la récolte. Ainsi, en Italie, l’ordre des pharmaciens de la province de Cagliari, ému de la cueillette qui devenait destructive, proposait entre autres suggestions un roulement biennal entre les localités productives, de façon à laisser aux nouveaux plants le temps de se développer (1).
En France, M. le Professeur LAVIALLE (2), inquiet pour les mêmes raisons, demandait également, pour la protection de la Digitale des Vosges, l’institution d’un permis de récolte, et rappelait que celle-ci ne doit être faïte que du 15 juin au 31 octobre, époques extrêmes de la floraison.
Il semble donc que la culture de la Digitale aurait de grands avantages, mais, pendant longtemps, on à émis l’opinion, solidement ancrée dans l’esprit des pharmacologues, que la plante sauvage ne pouvait être en aucun cas remplacée par la plante cultivée et qu’on ne pouvait attendre de celle-ci les mêmes résultats que l’on obtenaïit avec les plantes spontanées.
(1) Per la protezione della digitale. L'Italia forestale, 1925, N° OL TRS Boll. chim. farm., Rome, 1925, 64, p. 222.
(2) Prof® P. LavraLLe. — La récolte de la digitale dans les Vosges. Journ. de Pharm. d'Alsace et de Lorraine, Juillet 1928, 55, N° 7, p. 163-16£.
Cette opinion n’a pas manqué d’être soutenue pour la Digitale et c’est conformément à cet état d'esprit que le Codex de 1908 prescrit que : « les feuilles de digitale doivent être récoltées sur la plante sauvage et croissant dans les lieux secs, pendanx la deuxième année de végétation et au moment où la plante va fleurir ».
Cette observation est d’ailleurs étayée par les travaux d’auteurs qui font autorité en ia matière.
Ainsi, HUCHARD (1) considère la Digitale cultivée comme une plante inerte.
M. le Professeur PLANCHON (2), dit dans son Traité de matière médicale : « Il est de toute nécessité de ne prendre que des plantes sauvages ; il arrive que les digitales cultivées, aujourd'hui fréquentes, sont presque inertes ».
En 1903, FOCKE (35) conclut, à la suite de très nombreux essais physiologiques, que les feuilles sauvages sont plus toxiques que les feuilles cultivées et que les feuilles de deuxième année sont plus actives que celles de première année.
Cinq ans plus tard, DÉJEAN (4), étudiant des Digitales de quatre provenances principales et diverses préparations faites avec ces plantes, les unes cultivées, les autres sauvages, disait que les Digitales cultivées ont environ 1/5" de digitaline cristallisée en moins que les Digitales sauvages. En déterminant, par injections intra-veineuses dans les veines marginales de l’oreille du lapin, la toxicité comparée de ces mêmes Digitales sauvages et cultivées, il trouvait encore une toxicité plus grande chez les plantes sauvages.
Cependant TSCHIRCH (5), ciscutant la valeur relative des
(1) Hucxarr. — Nouvelles consultations médicales, 1906, p. 466.
(2) L. PLancHoN (de Montpellier). — Traité de matière médicale, II, 1906, p. 406.
(3) FocKE. — Die paysiologische \Wertbestimmung der Digitalis-blätter. Arch. der Pharm., Berlin, 1903, 241, p. 131 et 669-675.
(4) DÉJEAN. — Etude comparée de la digitale sauvage, de la digitale cultivée et des digitalines. — Thèse Doct. Pharm., Montpellier, 1908.
(5) TSCHIRCH. — Les problèmes modernes de la Pharmacognosie. A. F, À. $,, Dijon, 1911, et Bull. Sc. pharmacol., 1911, 18, p. 490.
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plantes sauvages et des plantes cultivées, considérait jadis qu’il n'y a pas de raison prédominante pour que les plantes cultivées n’acquièrent pas la même valeur que les plantes sauvages, à condition d'établir convenablement les méthodes culturales.
W. HALE professait exactement la même opinion (1).
Un des premiers auteurs qui soit partisan de la culture de la Digitale est Walther STRAUB (2), qui dit en 1917 « que des plantes cultivées lui donnent un taux de glucosides actifs au moins aussi élevé que les plantes sauvages. De plus, on observe chez ces dernières de grandes variations, tandis qu’en récoltant à l’époque de la floraison les plantes cultivées, on obtient une constance relative de la teneur en glucosides ».
En Italie, L. ALESSANDRI (3), cultivant la Digitale pourpre dans la province de Florence, obtient une drogue de valeur assez irrégulière, mais conclut néanmoins qu’il y a avantage à la cultiver.
En Transylvanie, Béla PATER (4) fit des essais de cultures qui lui donnèrent des feuilles parfaitement convenables pour l’usage thérapeutique.
Enfin Gustavo LEONE (5), cultivant aiverses variétés de Digitales au jardin botanique de Naples, obtient un produit plus riche en glucosides que la drogue commerciale.
On voit d’après les citations précédentes que l’ancien dogme de l’inefficacité de la Digitale .cultivée est bien contestable ; nous verrons par la suite les raisons qui peuvent expliquer les divergences entre les résultats obtenus.
(1) W. Hare. — The variability of Digitalis. Proceedings of amer. pharm. Assoc., 1910, 58, p. 924-928.
(2) Walter STRAUB. — Ueber Digitaliskultur. Arch. der Pharm., 1917, 255, p. 198-204.
À (3) L. ALESSANDRI. — Sur quelques essais culturaux de belladone et de
digitale. Arch. di Farmacologia sperim, 1921, 81, p. 143-144 et 145-153.
(4) BéLA PaAtER (Klausenburg). — Ueber Digitaliskultur. Pharm. Monatsheffe, juillet 1922, 8, N° 7, p. 94 à 97.
(5) G. Lronx. — Azione e valore biologico di alcune Digitali coltivate nel R. Orto botanico di Napoli. Résumé : B. 8. P., 1925, 32, p. 315-316.
ER ADS
Il y avait donc lieu de tenter la culture de la Digitale, ann de résoudre la question controversée. Il n’est pas douteux que les conditions culturales doivent avoir une influence sur la composition chimique et par conséquent sur l’activité de la drogue.
On sait, en effet, combien cette activité varie selon l’origine géographique de la plante, les conditions climatériques, la composition du sol.
Les Digitales admises unanimement comme les plus actives sont celles des Vosges et des régions qui s’en rapprochent au point de vue géographique et géologique (Harz, Forêt Noire).
Avant 1914, le Service de Santé militaire avait donné l’ordre au personnel de l'Hôpital militaire de Belfort de récolter chaque année, au moment de la floraison, des feuilles de Digitale dans la région comprise entre Belfort, Giromagny et le Ballon d’Alsace pour approvisionner de ce médicament les autres hôpitaux militaires.
J. F. SCHIRMER (1), analysant en 1897 des feuilles de Digitale des Vosges débarrassées de leur pétiole, y a dosé 0.3636 de digitaline pure et 0.5772 de digitaline brute. MADSEN (2) ne trouve dans la Digitale de Norwège que de 0.256 à 0.288 % de digitaline.
La même année, FROMME (3) titrant par la méthode chimique, des feuilles de plantes de seconde année de la région du Harz, y trouvait :
en juin 0.266 ; — en juillet 0.303 à 0.826 ; en août 0.225 à 0.315 ; —- en septembre 0.350. | dans les péfioles au mois de juillet. . . . . .. 0.104
(1) J. F. ScarrMer. — Die Folia Digitalis der Vogesen. Pharm. Zeitg, 1897, 42, p. 708.
(2) H. P. Mapsen. — Digitoxinbestimmung in norwegischen Digitalisblättern. Apoth.-Zeitg, 1897, 12, p. 787.
(3) G. FRoMME, — Folia Digitalis, Ph. G. III. — Geschäfts-Bericht von Cagsar und Lorerz, Halle a/S., 1897, p. xxv-xxx et 1898, p. XXI-XXVTIT.