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En effet, ce métal existe en proportion appréciable dans les grès ferrugineux du Harz, des Vosges et de la Thuringe.

Il en est de même en Norvège, où KNUTSEN (1) a dosé le manganèse dans les fleurs, les tiges et les racines de Digitale, ainsi que dans le sol. Dans les cendres de Digitale, il trouvait une teneur moyenne en Mn de plus de 0.60 %. D'autre part, le sol révélait à l’analyse une teneur de 0.20 de Mn. Par conséquent, dans les cendres de la plante, il y aurait une concentration de Mn qui semblerait indiquer que la plante met à profit ce métal qu’elle retire du sol.

L'absence de grès riche en fer et en manganèse, dans le sol helvétique, expliquerait la rareté de la Digitale pourpre en Suisse. À l’appui de cette observation, des Digitales cultivées en 1898, dans le Valais, sont devenues inactives au bout de quelques générations et elles ont même bientôt disparu.

M. le Professeur PERROT a bien voulu nous faire part de l’observation suivante. En Champagne, le sol, franchement calcaire, dépourvu de manganèse, se prête mal à la végétation de la Digitale pourpre. Lorsque celle-ci est plantée dans les jardins, elle ne tarde pas à souffrir, la corolle se décolore et Ia plante dépérit ultérieurement. Cette absence de pigments et cette végétation défectueuse sont très vraisemblablement en rapport avec l’absence de manganèse et l’alcalinité du sol.

On voit donc combien les circonstances climatériques et la nature du sol influent sur la végétation et sur la valeur des feuilles.

Dès lors, il est évident que la culture de la Digitale, dans certaines conditions, pourra être tentée avec des chances de succès.

Divers essais ont été entrepris déjà, que nous allons résumer, avant d'exposer nos expériences personnelles. Nous envisagerons successivement ce qui concerne les soins culturaux, puis l’emploi des engrais.

(1) KNUTSEN. — Ueber Manganbestimmung in norwegischer Digitalis purpurea. Pharm. Zentralhalle, 1921, 62, p. 205.

A. — Soins culturaux.

En 1919, MM. GoRis et DEMILLY (1) conseillent, pour la culture de la Digitale, de faire un semis des graines, dès l’automne, dans un terrain siliceux.

Ils recommandent, en raison de la finesse des graines, de mélanger celles-ci avec du sable blanc très fin et très sec, pour éviter d’avoir des plants trop serrés, afin de ne pas amoindrir leur vigueur.

Vers le mois d’avril, replanter en lignes espacées de 80 c/m. et disposer chaque plant à 80 c/m. de l’autre.

Se conformant à la prescription du Codex, qui dit que l’on doit récolter les feuilles de la deuxième année, les auteurs font : valoir qu’ils se trouvent dans de bonnes conditions de récolte, la graine ayant été semée à l’automne, les feuilles bonnes à récolter sont nées au printemps et se trouvent, de ce fait, toutes de seconde année.

Bien que le semis en place ait paru à BÉLA PATER réalisable, car il économise beaucoup de main-d'œuvre (2), il est cependant à noter que les graines semées directement ne germent en général pas très bien.

STOCKBERGER, en 1915, disait que l’on obtenait ainsi des résultats très inégaux (3).

C’est également l’opinion de KOCH et BUTLER (4). Ceci n’a pas échappé à BÉLA PATER qui dit qu’en transplantant de jeunes pieds, il se produit également dans les lignes des manquants inévitables.

Les graines de Digitale étant très petites, doivent être mélées à de la terre fine ou à du sable et le mélange semé dans

(1) A. Goris et J. DEMrILzrY. — La culture des plantes médicinales. Paris, 1919, p. 98.

(2) BÉLA PATER. — Ueber Digitaliskultur. Pharm. Monatschefte, 1922, 3, p. 94-97.

(3) W. W. STocKBERGER. — Drugs Plants under Cultivation. U. S. Dept Agr., Farmer’s Bull., 1915, n° 663, p. 1-39.

(4) G. P. Kocx et J. R. BuTrer. — Digitalis purpurea. Amer. Journ. of Pharm., 1919, 91, p. 211-221.

un sol prépaté c’est-à-dire dans un sol fumé, pioché et retourné de façon à supprimer les grosses mottes. Au lieu de semer à la main, BÉLA PATER avait imaginé, en 1917, d’ensemencer à l’aide d’une machine. Ceci ne lui a procuré aucune économie de graines ni de main-d'œuvre.

Après ensemencement, on peut faire un binage léger et un roulage modéré, pour rendre le sol plus consistant ; on peut aussi, comme cela a été fait en 1920, recouvrir le semis avec des aiguilles de pin.

Dans le cas de semis direct, BÉLA PATER considère l’automne (octobre) comme l’époque la plus favorable.

Personnellement, en octobre 1928, nous avons semé 60 gr. de graines de l’année sur une parcelle de 30 mètres carrés. Au bout de six semaines, quelques rares graines ont germé. L’hiver 1928-1929 a été rude et au printemps suivant, ces jeunes plants se sont développés normalement, mais leur nombre n’était réellement pas en rapport avec la quantité de graines semées.

Lorsque l’on veut semer pour repiquer ensuite, les auteurs sont d'accord pour conseiller de pratiquer le semis en hiver.

BORNEMAN (1) conseille de faire l’ensemencement en serre dès la première semaine de mars. Les germinations apparaissent au bout de 9 jours, et, au bout de 3 semaines, on peut facilement les transplanter sur des plates-bandes provisoires. Quand les plants atteignent de 15 à 18 c/m. de hauteur, on peut les transplanter à nouveau, en plein champ, à 80 c/m. les uns des autres et à 1 mètre entre les rangées.

NEWCOMB (2) opère sensiblement de la même manière et recommande tout spécialement, d’éviter les mauvaises herbes

(1) J. A. BoRNEMAN. — Cultivation of Medicinal Plants. Amer. Journ. of Pharm., 1912, 84, p. 546-549.

(2) E. L. NewcomB. — The cultivation of Medicinal Plants at the Col-

lege of Pharmacy of the University of Minnesota. Amer. Journ. of Pharm. 1911, 83, p. 526-533.

E. L. NewcomMr. — Digitalis ; its Cultivation Collection and Preparation. Amer. Journ. Pharm., 1912, 84, p. 201-214.

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et de maintenir une humidité suffisante. L'auteur insiste sur l’opportunité du repiquage par un temps humide et brumeux.

Ce deuxième mode cultural semble évidemment préférable au précédent, mais il nécessite plus de main-d'œuvre.

L'augmentation du rendement est-elle en rapport de l’augmentation de travail ?

Nous ne le croyons pas.

La culture sous couche présente d’ailleurs des aléas, comme BÉLA PATER l’a constaté en 1920 : « les plantules ont poussé très vite, mais la plupart ont été rôties ».

À mesure que les plantes grandissent, on peut s’apercevoir que certaines sont trop serrées ; cela se produit surtout lorsque plusieurs graines ont germé côte à côte. Il est alors utile d’éclaircir (en mai par exemple).

Un sarclage pendant chacun des trois mois d’été a été également nécessaire.

BÉLA PATER indique un espacement de 30 c/m. sur 30 c/m. Etant donné les dimensions des feuilles, ceci nous semble un peu rapproché. Par contre, BORNEMAN, comme nous l’avons vu, indique 80 c/m. sur 1 mètre, ce qui nous semble une perte de terrain. Personnellement, nous avons repiqué le plus souvent à des intervalles de 40 à 50 c/m.

L'époque de la récolte est évidemment variable selon les régions et les terrains. En France, la floraison a lieu à partir de juin de la deuxième année. Dans les essais des auteurs déjà cités, on obtient une proportion suffisante de feuilles dès l’automne qui suit la germination.

B. — Influence des engrais.

Avant d'étudier l'influence des engrais sur la Digitale, il nous semble nécessaire de rappeler en quelques mots les constituants minéraux de la plante.

Les feuilles sèches donnent de 7,1 à 14,4 % de cendres, soit en moyenne de 10 à 11 %.

La Pharmacopée autrichienne (1906) fixe pour ces cendres

une proportion maximum de 10 %, chiffre également admis par la Pharmacopée néerlandaise de 1925. La Pharmacopée allemande (édition de 1926) élève ce maximum à 15 %, tandis que la Pharmacopée des Etats-Unis, parue la même année, sans fixer de limite pour les cendres totales, n’admet pas plus de 5 % de cendres insolubles dans les acides. |

Il a été remarqué que le limbe, séparé des pétioles, accuse une teneur en cendres plus élevée : 16,4 % d’après GRESHOFF (1) et même 18,5 % d’après VAN RIEL (2).

Sans trouver un taux aussi fort, les auteurs américains ont fréquemment obtenu plus de 10 % de cendres.

En dehors des composants habituels des cendres végétales (Si, K, Na, Mg, Ca, Fe, chlorures, sulfates, nitrates, phosphates, etc.), il est intéressant de noter la présence d’une proportion relativement élevée de manganèse. Les cendres sont souvent colorées en vert par un oxyde de manganèse, la proportion de ce métal pouvant atteindre jusqu’à 9 % du poids des cendres.

D’après FREUND, la teneur en manganèse varie de 0,819 à 3,838 % de cendres dans les Digitales de l’ Allemagne. Dans les cendres de Digitales de Norvège, KNUTSEN a trouvé 0,42 à 0,73 % de manganèse (3). Selon l’organe envisagé dans la plante, cet auteur a obtenu :

Plante sèche Cendres RE pu RE RÉ NES Mn % Cendres % Mn % | Feuilles. . . 0.052 7.02 0.75 , IRSRICURS EPS 0.047 7.69 0.62 Flantes, fleuries } Tiges. 0.016 3.93 0.42 Racines. . . 0.032 4,42 0.73 Feuilles des plantes non fleuries 0.064 9.61 0.67

(1) GRESHOrF, — Cendres de la Digitale. Pharm. Weekblad, 1902, 39, D. 881-882, et : Pharm. Journ., 1902, (2), 15, p. 601.

(2) VAN RIEL — Aschgehalte van Fol. Digitalis. Pharm. Weekblad, 1902, 39, p. 945.

(3) KNUTSEN. — Ueber Manganbestimmung in norwegischer Digi-

talis purpurea. Pharm. Zentralhalle, 1921, 62, p. 205.

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