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Car la forme régionale du suffixe -aria est -eira

4. Signalons notamment, parmi les textes cités par Godefroy pour le xiii« siècle, AuJefroi le Bâtard (Arras), Chardri (anglo-normand), Aymeri de Nar bonne (Bar-sur-Aube) .

« jument », comme le prouve le plus ancien exemple de ce sens (127 1) dans Godc^roy {v° jument. Supplément). Il semble que dans une très vaste région le terme reçut une terminaison féminine, et que l'on opposa ainsi la jnmenie — femelle du cheval, au jti tuent = bête de somme, et plus spécialement : « cheval faisant fonction de bête de somme » Godefroy, pour jumente, a un texte de l'ouest, qui paraît isolé (^Titres de la maison d'Anjou) et une série d'exemples lorrains et bourguignons beaucoup plus significatifs, si l'on songe : i** que le masculin au sens primitif est encore attesté à Dijon au milieu du xv^ siècle (ung cheval jument, 1444, dans Godefroy, SuppL); 2° que nous avons retrouvé les restes de l'aire jumente jument, précisément dans les patois des Vosges.

Un fénomène analogue — mêmes causes, mêmes effets

— se produisit aussi dans les plaines du Languedoc où le cheval et la jument étaient utilisés comme bêtes de somme : le Supplément de M. Emil Levy cite deus exemples de jumenta, jument (variante : gementa) empruntés respectivement à la coutume de Saint-Gilles (Gard) et aus archives de la catédrale de Carcassonne. Mistral donne encore jumente

— jument (exemple du poète L. d'Astros) (et même jumen, même sens, ex. de D. Sage). Mais il semble bien que le mot ait disparu des patois actuels. Il forma sans doute un ou plusieurs îlots au flanc de la zone ega avant Tarrivée de cavala ; les deus mots ont pu aussi se juxtaposer longtens en divers endroits avec des nuances différentes (comme nous l'avons vu pour egâ et cavala) .

L'ouest tendit à donner à la jument adulte le nom de la pouliche, la poutre (qui se conserva dans cette contrée avec son sens originaire jusqu'à nos jours; le Poitou a d au lieu

1. Bien entendu lorsque jument a passé au sens « cheval femelle », le genre est devenu féminin s'il ne Tétait déjà.

de t). Les exemples apparaissent surtout chez les écrivains du xvi^ siècle originaires de la région de la basse Loire (Rabelais, Ronsard, Remi Belleau, etc.). Lx poutre désigne la jeune jument, mais parfois aussi la jument tout court ' : quand du Baïf écrit « les jeunes poutres », c'est bien que poutre-à lui seul ne suffisait plus pour exprimer l'idée « jeune jument ». Cette évolution a été arrêtée par le développement de jument : Godefroy a un exemple de 1472, où jmnent a son sens actuel, dans un texte d'apparence poitevine (cf. le mot voisin pouldre, qui sert de réactif pour le sens). Dans les patois actuels de l'ouest (comme du Morvan tt du Doubs), poutjx n'a été relevé qu'avec le sens « jeune jument » ^

Avec le puissant patronage de Paris, jument a pris une extension considérable à l'époque moderne, refoulant et disloquant cavale, submergeant ego dans le Jura et l'acculant à ses derniers retranchements dans le Massif Central. Il est facile de voir qu'au point Si6 jumâ n'est pas fonétique (on aurait d^ume) ; mais les d:^iimà, dziime du voisinage ne sont pas davantage traditionnels : dans toute la région où mvala a préexisté, non seulement le sens de jument a été importé du nord-ouest, mais le mot lui-même, qui avait disparu. De même en Poitou et en Saintonge (cf jœmà^ avec ;', à Jonzac) et sans doute «dans toute la Basse-Loire. — Des avant-gardes se trouvent vers les Alpes (837, 940, 965), Notons qu'en ces trois points il s'agit de sujets jeunes, et enclins en outre au néologisme par leurs professions 5.

Il est rare que la jument n'ait pas un nom spécial. Cependant le fait s'est produit spécialement en bordure de deus aires : l'ancien mot ayant disparu sans que le terme importé

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