‹ Essais de géographie linguistiqueChapitre 3 sur 67 · Voir ci-dessous p · texte numérisé non relu

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5. Cf. les anciennes relations intellectuelles entre l'Auvergne et Toulouse, l'adoption de Saint Caprais d'Agen comme patron par plusieurs paroisses du Puy-de-Dôme, la forme de nombreus termes empruntés au midi, etc.

4. Cf. le français régional auvergnat A/mw^e, lézard gris (patois: grisola, etc.), fuyard, bête (patois : fau),dts mots patois comme mayèro, etc. Cf. aussi p. 123

moins qu'il n'y ail eu, dans les divers lieus considérés, une raison déterminante qui expliquerait une formation indépendante et spontanée. Dans ce dernier cas l'administration de la preuve ne doit pas se faire seulement d'après des motifs d'ordre logique, mais surtout d'après un ensemble de faits concrets et d'analogies. Ainsi l'idée de « lampe » ayant été associée, trois fois au cours de son histoire, à « ver luisant » (latin cicmikla, patois chalelh >^ tsale, fr. lanterne), les émergences de « chandelle », <( lampe »... etc. pour désigner le ver luisant peuvent fort biçn être indépendantes A contraire il n'y a aucune raison d'ordre général d'appeler belette la fourmi, qui n'a pu recevoir cette désignation que dans des conditions spéciales à une région et à une époque données : donc les trois petites aires belette fourmi, du sud-est du Puy-de-Dôme, sont les débris d'une seule couche homogène postérieurement brisée

On n'observe, semble-t-il, aucun rapport entre les aires fonétiques et les aires lexicologiques. Nous contons étudier, dans une prochaine série d'essais, les questions relatives à la propagation des fénomènes fonétiques.

Nous avons relevé de nombreus cas dans lesquels s'avère l'influence de la forme du mot sur l'évolution du sens. Notons en particulier que la création des métafores est souvent aidée, sinon provoquée par des similitudes foniques, ou, en d'autres termes, qu'elle s'opère fréquemment par voie d'étimologie populaire. Ce n'est pas au hasard, ni spontanément, qu'on a appelé, par exemple, le lézard gris la miiigrola (maigrelette), grisola, pingre , etc. : c'est parce que la forme, altérée et depuis longtemps incomprise, du terme traditionnel prétait à ces attractions imagées, qui ont redonné une nouvelle vie, plus ou moins longue, au vieus mot usé.

Le langage d'une localité donnée est un ensemble bien plus complexe qu'on ne le supposait jadis . Pour s'en tenir au voca-

1 . Ci-dessous, p. 109. V. aussi pour cigale = hanneton, p. 100.

2 , Ci-dessous, p. 78.

bulaire, il y a des sujets arcaïsants, les plus âgés, les plus arriérés, les plus sédentaires, — d'autres à l'avant-garde des évolutions, les plus jeunes, les plus cultivés, ceus qui sont sortis. II y a les mélanges avec les patois voisins, du fait des intermariages ou de l'immigration: l'assimilation des éléments nouveaus varie en raison directe de la force de résistance du patois, en raison inverse du nombre et de la culture des nouveaus venus, sans conter bien d'autres facteurs. Il y a les vocabulaires spéciaus aus professions ; il y a le vocabulaire enfantin, les mots appris par l'école le vocabulaire des hommes ne recouvre pas exactement, tant s'en faut, celui des femmes. Il existe des différences individuelles, qui tiennent au degré plus ou moins affiné des facultés d'observation ou de la mémoire, au besoin de préciser plus ou moins sa pensée. — Les mêmes remarques peuvent s'appliquer, dans une certaine mesure, à la morfologie, à la sintaxe, voire à lafonétique.

Pour une région donnée, la variété lexicologique a des causes externes, géografiques et sociales, dont j'ai parlé : orographie plus ou moins accentuée, provoquant un certain isolement des localités ou des vallées. Mais il existe aussi des causes psicologiques propres aus mots eus-mémes. D'une façon générale, la variété augmente en raison du moindre usage des mots : nous verrons des applications remarquables de ce principe pour les noms des animaus de boucherie (ou bêtes de trait) opposés à ceux des mâles reproducteurs 2. Les animaus qui ne sont ni utiles, ni nuisibles, ni dangereus, à moins qu'ils ne soient excessivement abondants comme la mouche, reçoivent des désignations fort diverses (cf. le têtard, le lézard gris, le hanneton, etc,). Il en est tout autrement du serpent et surtout du loup.

Le manque de fixité dans la spécification des termes est peutêtre le fénomène qui m'a le plus surpris au début de mes enquêtes lexicologiques. Bien qu'il ait été laissé dans l'ombre

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