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Ainsi pour hanneton et ver luisant (p. 104 et

par les dialcctologues, il ne saurait faire aucun doute et mérite d'être mis en valeur, car il permet d'expliquer simplement bien des faits dont on demande parfois la raison à des causes singulièrement recherchées. On trouvera dans les pages suivantes de multiples exemples, des plus tipiques : le jars arrivant à désigner le taureau (p. 8), le hanneton appelé cigale, blatte, poule, tourtereau, voire mouton (p. loi), sans parler des confusions perpétuelles entre espèces voisines comme l'abeille, la guêpe et le bourdon. Dans une prochaine série, je montrerai que les mêmes confusions existent non seulement pour les noms de plantes, mais pour certaines parties du cors et pour de nombreus objets fabriqués d'un usage courant. Quand le paysan appelle ici dwire le pot, pour désigner, quelques lieues plus loin, la marmite par le même nom, comment pourrait-il ne pas confondre et brouiller dans son langage des animaus qui lui sont aussi indifférents que le hanneton ou la cigale? Il y a, bien entendu, des raisons spéciales à chaque mot, par exemple des termes déclassés, — objet n'existant plus, comme l'outre (valeur primitive de diuire), insectes disparus ou rarissimes, comme la cigale ou la blatte dans la région, — et qui deviennent de véritables passe-partout pour suppléer aus mots défaillants. Il n'en reste pas moins que le paysan, en général, si précis pour toutes les expressions qui touchent à ses travaus, est fort peu soucieus d'exactitude lorsqu'ils s'agit de choses ou d'êtres qui ne l'intéressent guère. Il y aurait lieu de rechercher s'il existe des régions où le paysan est plus enclin à la discrimination lexicologique que dans d'autres : cette étude de psicologie sociale comparée serait fort utile à la science du langage.

Certains fénomènes qu'on avait cru propres aus argots se retrouvent dans les patois. L'étude des argots de la guerre ^ a montré que bien des désignations nouvelles étaient d'aboi^ des surnoms ou des formes explicatives. Mais le français avait-il

I. Cf. G. Esnauh; Le poilu tel quil se parle (Paris, 1919), ei A. Dauzat, L'arcrot de la ouerre (Paris, A. Colin, 2^ éd., 1920).

agi autrement pour renard ? Les noms d'animaus étudiés ciaprès nous donnent de nouveaus exemples de ce fait (pour le taureau, le bélier, le lézard, etc.). Le surnom coexiste d'abord avec le nom traditionnel (p. ex., pour « bélier », hedeau avec arét), puis finit par éliminer ce dernier si celui-ci manifeste, tel arét, des signes d'infériorité. Ainsi « faisan » et « vicaire » se sont trouvés tout prêts, en Gascogne, pour remplacer GALLUS télescopé par cattus ^ Il n'est pas jusqu'à la dérivation sinonimique, mise en lumière pour les argots par Marcel Schwob et M. Esnault, qui ne se manifeste dans l'évolution des patois : on en trouve divers exemples pour les noms d'insectes en particulier.

Enfin le degré et la nature de la résistance des parlers aux actions internes et externes varie singulièrement suivant les époques et les lieus. Tels, surtout dans le Nord, acceptent plus ou moins passivement les mutilations fonétiques et les accidents analogiques : tels autres réagissent vigoureusement, surtout dans le Midi. Sur la petite échelle de l'Auvergne, on perçoit nettement la différence entre les patois du nord et ceus du sud, plus raisonneurs, qui recréent sans cesse les formes et les mots, unifient les flexions, cherchent à comprendre. C'est là, bien plus qu'une question de race, un indice de la santé de l'organisme et de la vitalité du langage, les patois les plus attaqués par la langue littéraire atteignant peu à peu la paralisie jusqu'à l'atrofie complète des fonctions.

I. J. Gilliéron et M. Roques, Études de géographie linguistique , pp. 121 et sqs.

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