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F. Brunot, Histoire de la langue française, I

x*" siècle le groupe ^^6', du moins dans certaines contrées, était déjà réduit à g, comme en témoignent les grafies garnid, garder... de la Passion. Mais le sentiment de la correspondance des deux sons a dû se conserver longtens entre les contrées voisines : de sorte que la région parisienne, par exemple, a pu opérer le changement de l'initiale de vesp- pendant la période où elle prononçait gw. Je ne crois pas, toutefois, que l'influence du w picard de wespe ait pu se manifester, du jour où l'Ile-de-France eut réduit gw à g : l'existence du tipe gwespe dans la région parisienne serait donc antérieure au siècle.

Les textes ne nous apprennent rien de plus à ce sujet. Même sans les Gloses de Reichenau, nous, nous douterions bien que la forme avec w était implantée dans le nord-est à la fin du viii^ siècle. Grégoire de Tours (cf. Du Gange, v° vespa) cite vespa comme un mot populaire Çsaevarum muscarum quas vulgo vespas vocant), ce qui vaut la peine d'être noté : la présence du v va de soi, s'il s'agit d'un terme de l'Auvergne ou du Lyonnais (où le v persista peut-être encore des siècles) ; à peine offrirait-elle de l'intérêt s'il s'agissait d'un mot de la région de Tours. Quant au guespa de Constantin l'Africain (xi= siècle, cité par Du Gange), il ne signifie rien ici, car ce texte n'a d'attache qu'avec l'Italie.

La limite entre wespe et guespe a dû rester sensiblement fixe pendant tout le moyen âge : limite fonétique qui, comme nous le montrent les avancées actuelles subsistantes (246, 235, 128, 130, 33, 20), devait laisser au grosso modo, le territoire (au nord et à Test) à partir des départements actuels, de l'Oise, de la Marne, de la Haute-Marne, de la Haute-Saône et du Jura \

I . Dans le Supplément de Godefroy, nous trouvons avec w : wespe (Marie, FiibL), vuepe {— ivèpe, Gautier de Coincy [SoissonsJ), icaspes et

La limite médiévale entre guespe et vespe est plus difficile à délimiter. Le Midi — on pourrait multiplier les exemples de Raynouard — paraît bien n'avoir connu que vespa \ Dans le Nord, au contraire, les formes avec v sont assez rares et devaient être déjà localisées dans le Nord- Ouest, en Lorraine occidentale et en Artois : Godefroy n'en cite que deus ^ J'ajoute que les exemples des écrivains, surtout en aussi petit nombre, et spécialement quand il s'agit d'écrivains qui ont voyagé, ne sont pas probants pour un mot de ce genre : le wespe de Marie de France, qui vécut à la cour de Henri II Plantagenêt et chez qui on attendrait guespe (forme francien ne) ou vespe (forme normande), n'est pas moins surprenant que le vespre de Christine de Pisan qui demeura à la cour de Charles V (dans ce dernier cas, il peut s'agir d'une influence méridionale familiale). Plus intéressant est le nom de lieu du Calvados, La Vespière (de 1370) relevé par Godefroy : il confirme — ce que l'examen de la carte eût suffi à prouver — que les « vespa » du Cotentin et du pays de Caux formaient naguère une aire homogène qui recouvrait au moins toute la Normandie.

Les formes avec g citées par Godefroy ne nous apprennent pas grand'chose : les g ueppe de Robert Estienne, ^uespes d'Amyot, comme le surnom de guespins donné dès le xvr siècle aux Orléanais, nous attestent qu'à cette

luespes (J. d'Outremer), wesples (Fossetier, ms. de Bruxelles). Le premier est curieus, car Marie de France a généralement \q g (goJpiî, etc.).

1. On a relevé seulement un exemple unique d'un dérivé (7) guespillar dans Marcabru ; M. Emii Levi met en doute le sens « piquer, taquiner » de Raynouard. Ne serait-ce pas une variante de gaspillar ?

2. vespes {Pial. de B. de Gord.), vespres (Christine de Pisan) ; ajoutons le dérivé vespau, guêpier (Jardin de santé). Encore le premier et le troisième exemple n'ont-ils guère de valeur, chez des écrivains qui ont traduit mécaniquement le latin.

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époque l'aire du g comprenait. Paris, Orléans et Auxerre : mais, on Ta vu, elle occupait ces régions depuis quelques siècles.

Nous ne savons donc pas, d'après les documents que nous avons en ce moment, jusqu'où s'étendait guêpe dans le cours ou à la fin du moyen âge. La forme doit être relativement ancienne dans le Morvan, puisqu'elle a abouti aujourd'hui à nyêp (io6), qui suppose une palatalisation g > y, suivie d'une agglutination analogique ' . Même remarque a fortiori pour l'Indre et l'Indre-et-Loire, où la palatalisation est allée jusqu'à l'étape jèp (points 401 et 404 de V Atlas ; même forme chez Jaubert, à Loches d'après J. Rougé, Le parler tourangeau, et dans la Vienne) ^ Mais je ne vois aucun point de repère, pour l'instant, permettant de fixer une date, même approximative. L'incertitude est encore plus grande en ce qui concerne l'extrême ouest, de la Bretagne à la Saintonge (celle-ci connaît yèp, Rolland, loc. cit., et Atlas, passim).

Il est toutefois certain qu'à l'époque moderne, guêpey propagé par la langue de Paris, a exercé un rayonnement considérable dans tous les sens. C'est pendant la dernière période (sans qu'on puisse encore apporter des précisions), que guêpe a coupé l'aire de vêpe en Normandie, qu'elle a refoulé et disloqué dans le Nord et l'Est luep et vep, et enfin qu'elle a gagné le Midi par trois courants principaus. Le premier, comme toujours, a descendu la vallée du Rhône, jusqu'à la mer, coupant Taire « taon » sur laquelle nous reviendrons, et débordant longuement des deus côtés. Le segond, par la vallée de la Sioule, a attaqué le Puy-de-

1. Pour les formes nep (282) et merp (295), je suis convaincu, comme M. Gilliérôn, qu'au cours de ses altérations, « guêpe » est tombée ici dans l'attraction homonimique de « nèfle » {La généalogie..., pp. 207-209).

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