‹ Essais de géographie linguistiqueChapitre 43 sur 67 · Rotiiatiia, loc. cil., pp · texte numérisé non relu

Rotiiatiia, loc. cil., pp

KSSAIS DK (JÉOGRAFIE LINGUISTIQUK

le Vclay, il avait encore son a initial et la conservation de cet a n'a pas préservé le genre primitif. Le suffixe, isolé en roman, a dû, dès le début, être senti comme féminin (la finale e a été souvent, pour cette raison, changée en ii). Les deus influences se sont d'ailleurs combinées.

Devons-nous maintenant admettre, en regard de Vama- :(ede du sud, que le i}ia:{{e) du nord et de l'est représente AMAITJA sans suffixe, ou remonte, lui aussi, à *amaitjïdï, par chute du ^ intervocalique (comme lampa(d)a > lampe)} Bien que la fonétique nous laisse le chois, je préfère la segonde hipotèse^ pour plusieurs raisons : 1° Si l'on acceptait la première, il fiiudrait supposer qu'il a existé deus foyers de rayonnement du mot, sous deus formes diflerentes : il est bien plus vraisemblable qu'il n'y en a eu qu'un seul, situé sur les confins de la basse Limagne et du Bourbonnais, où les colonies germaniques devaient occuper un territoire assez vaste \ — 2° La limite entre les tipes inai(^e) et ma~ede est à peu près exactement celle qui sépare les formes avec d et saris d dans les mots possédant à Torigine un / intervocalique latin ' : une telle coïncidence sur une pareille longueur ne peut être due au hasard ; il s'agit donc d'un fénomène fonétique et non d'une répartition lexicologique. — 3° Enfin le tipe amaitja de M. Meyer- Lûbke me paraît une simple conjecture quant à la finale.

1. Toutefois il avait déjà perdu son a au xvie siècle dans le Bcrri (ex. précité de Bounin). On pourrait supposer sans doute que inaiede a repris récemment un a par le fénomène inverse (Ja uiôra > Vamora) : mais c'est peu probable, car c'est l'aférèse qui est de beaucoup la plus fréquente dans la région .

2. Nous ne connaissons malheureusement pas par l'histoire l'emplacement de ces colonies.

5. Les deus limites passent également entre Saint-Anthème et Grandrif, Leigneux et Saint-Remy-sur-Durolle. Au nord, on trouve des d sur la lisière de l'aire via:^- (Randan, point 800) : mais lesconditionsfonétiques ne sont pas absolument les mêmes dans dmàda (amata) et ainà::;t\ie.

§4 REVtTË DE tlLÔLdGIË FRAÏ<ÇÂisi

Le mot ancien haut-allemand a un o terminal. Or un tîpë *AMAiTjo aurait abouti, dans le Bourbonnais et le Berry, à amas >> ma et non à ama^e >> ma^. Ajoutons que Jaubert nous donne mase (et une variante mare, avec rotacisme), masculin qui répont fort bien au genre primitif d'*AMAiT-

JÏDÏ.

Passons maintenant en revue les variantes du tipe ania- Zede.

La fonétique a produit une première scission. Au nordest {a)mcizede s'est contracté en ma:(de > mayde ^ ; à l'ouest et au sud s'est produit le même glissement d'accent que dans lampe:(a >> lampe^^a, lagrema >> lagrema, etc.

Examinons d'abord ce dernier groupe. Le couple d-^ a pu permuter. Ce fait s'est produit indépendamment, au nord-ouest du Puy-de-Dôme (jnâdè:(è 2. Cliâteau-du-Cher ; madère, pl. mâdé:(é [comme orné] à Châteauneuf-les-Bains) et à l'est du Cantal {Atlas : madijè, Ji^). — L'é tonique, issu de é, peut disparaître par suite d'une syncope récente {mœ^da 812 ; ma^dè 601, pia^do 602, mais ïè reste à Bellegarde [communication de M. A. Thomas]; cf. à Vinzelles, corréja > h^rd^â, etc.). — A signaler enfin, outre le passage précité de e final à a, l'épentèse d'un r à la terminaison (par analogie avec le suffixe -edre), l'attraction de tonique par Yâ protonique ou vice versa, et l'addition d'un suffixe (-çi= eir, ou -/). Reste au point 813 la (orme me:(er , masculin (dér. mt^trye = fourmilière), dontla finale est énigmatique.

1. Le genre de mai^ de V Atlas n'est pas indiqué ; ma^é (503) et viUD'é (800) sont masculins, maié féni. à Châteaumeillant. Notons à Buxières (nord de 80 1), inu^è, \)\-mci'\â (fém.), comme tous les mots de la première déclinaison.

2. Ecartons tout de suite une objection. Ce nuiydc ne peut provenir directement d'un gotique *rtm(//7a, car, dans la région, ai roman évolue tout différemment de a s amuïe, groupe postulé ici par tous les patois.

Voici la liste des variantes du t\pemax(deque]ai relevées dans la Basse-Auvergne (tous féminins, sauf indication contraire) : m^^^^J^ (Chalus, Nonette, Les Pradeaux, Parentignat, Chargnat), mèT^èdê. (Thuret, Malintrat, Montferrand, Orcet, Auzon), mêi^dl (Les Martres de Veyre), mt^edè (Aigueperse), mâ^édè (Montaigut-le-Blanc), mâ~èda (Sauvagnat, Sainte-Yvoine, Vodable, Madriat, Moriat, Arvant, Vieille-Brioude), mâ^êdrê. (Saint-Floret, Ludesse), mè-T^èdrè (Pardines, Authezat, La Sauvetat, Monton), im^^dréîy masc. (Corent), mé^êdéiro (Le Cendre), mê:(èdi (Enval, Saint-Denis-Combarnazat), niâ\âdyi (Vinzelles et environs, Esteil, Saint- Jean-Saint-Gervais).

Donnons en regard les variantes du û^Qtnaide > mayde. Je n'ai relevé la non-labialisation du groupe ay qu'aus deus extrémités : medyi à Combronde, meidyè à Ambert ; partout ailleurs s'est effectuée l'évolution ay > oi > lui, wé : mwidè (Usson, Vic-le-Comte, Saint-Maurice) mweidê (Fiat), mwédè (Laps), miuédrè (Bulhon), mwidre (Saint- Remy-sur-Durolle, Thiers [806]) ; miuitâ (Grandrit) ; miuidyi (Saint- Etienne-sur-Usson , Saint-Jean-en-Val), miveidyi (Sxigères), mwèidyé (Cunlhat, La Roche-Noire, Saint-Georges, Pérignat), miuidyù (Saint- Julien-de-Copel, Billom), miuédyè (Mezel).

On remarquera : 1° que la féminisation de la finale, abondante dans le premier domaine \ est inconnue dans le segond^ à l'exception d'un point, à l'extrême sud-est (Grandrif, influencé par hehtd) ; — 2° qu'en revanche le sufflxe -/ occupe la majeure partie de la segonde zone et seulement une petite fraction, contiguë à la précédente, de la première; — 3" que l'accident -de > -dre s'est développé indépendamment, ici et là, dans deus petites régions, éga-

I. V Atlas Ta relevée à 602 (Creuse), 708 (Corrèze), 709 (CantaO. 812 (Haute-Loire), 807 (Puy-de-Dôme).

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lement homogènes, mais sans rapports entre elles (Saint- Floret-Monton et Thiers-Bulhon). En effet, l'analogie du suffixe -dre était plus impérieuse que l'agglutination du suffixe 4 ^ .

La limite entre les deas zones, maxçde et mayde^ mérite d'appeler l'attention. En réalité, il y a deus sous-aires mayde : un îlot dans la région de Combronde, et une aire beaucoup plus vaste qui a des limites très remarquables ; mayde est en effet séparé, à l'ouest, de ma:^edej très exactement par le cours de l'Allier, depuis la région en aval de Maringues jusqu'à la hauteur d'Issoire; d'Issoire au Fayet- Ronnayes, où commence belcta, la limite s'écarte de l'Allier, laissant à mayde le rebord de la région montagneuse.

Un état de choses semblable ne peut représenter le libre jeu des lois fonétiques. Aucune limite fonétique^ dans la contrée, ne suit le cours de l'Alher, si ce n'est accidentellement entre deus ou trois communes. Une fois de plus s'affirme la réaction des mots les uns sur les autres. La limite primitive entre ma^ede et ma^^de > mayde devait être orientée, comme les similaires, du nord-ouest au sudest : de son point de départ, qui nous est conservé, entre Enval et Combronde, elle devait couper la plaine d'Ennezat et se diriger vers Moissat où elle rejoignait Vaïrçbelela. Ceci s'accorde au mieus avec ce que nous savons de l'extension ancienne de ce dernier mot : mayde a brisé et disloqué au sud l'aire beleta^ tandis que ma^edc a coupé (çn poussant au nord) la zone mayde- Aujourd'hui ma:(ede (point extrême : Saint-Denis-Combarnazat) touche l'aire mai 9"ji commence à Randan : encore n'est-il par sûr que la mai(Jd de Randan, que j\ii relevée (on dit aussi maièl^ro)

1. 11 semble bien, d'après la 2c zone, qu'il s'agit non d'une analogie d'après un ancien fonnic, mais du suffixe /' atone de l'ancienne langue;

les tna:((nh', avec / tonique, sont dus sans doute :'i l'innucnce des niwidi voisines.

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ne recouvre pas un ancien maiede, soit par altération de la finale, soit par une influence bourbonnaise '.

Au sud, il nous paraît certain que mazedc était installé dans la région du Lembron et sur la rive droite de l'Allier, de Lamontgie à Auzon, avant la dislocation de l'aire beleta par maydc : car les patois montagneus offrant, en lisière, les mwidxi actuels sont plus arcaïsants que leurs voisins du sud-ouest ; ils occupent une crête contre laquelle la vague de ma:{ede s'est jadis brisée.

L'expansion générale du tipe ama^- est donc facile à reconstituer. De la basse Limagne, un premier courant ([a Xede) a remonté vers le sud le couloir de l'Allier, rasant la base des premiers contreforts, de Montferrand à Orcet et Mouton ^, séparant fonnic de beleta, puis s'est étendu en éventail, en remontant les vallées de la Rue, de l'Alagnon, de l'Allier. La limite que nous traçons dans le Cantal et le Velay, établie avec les seules données de V Atlas, est très approximative : faite d'après un relevé des communes, elle serait sans doute encore plus expressive.

Au nord, le flot s'est largement étalé, vers le Berry d'une part, en contournant et rongeant les plateaus de la Combraille et de la Marche, puis à l'est sur le Charolais et le Lyonnais pour s'arrêter à la Saône, après avoir coplourné les monts du Forez. Enfin a eu lieu (par une poussée au sud) la rupture de l'aire beJeta par mavde, et de }na\de (par une poussée au nord) par ma:^cdc descendant la rive gauche de l'Allier.

A partir d'une époque qui doit être assez récente, la langue de Paris, venant à la rescousse de « fourmi », a

1. /m'^W^ va jusqu'à Aigueperse, où le dérivé (fourmilière) est mt-^i ; nous sommes ici encore à la lisière de l'aire mai, '^^'^''^ contaminations possibles.

2. Pomts extrêmes de l'aire fonnic au nord-est : Châteaugav, Romagnat.

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fait, à son tour, quelque peu reculer ama:^- dans le nord. L'exemple de Bounin, jurisconsulte de Châteauroux^ nous prouve qu'au xvi^ siècle masel, maseaux s'étendait un peu plus loin dans l'Indre. La furmi des points 504, 505 et surtout 600, me paraissent d'incontestables néologismes. De même à 702, où le fait est évident, d'après l'opposition entre frwni, fourmi et ma^kH (= ma^edyi) fourmilière. Sur tout ce pourtour l'aire tracée est forcément très peu précise, de même qu'en Saône-et-Loire, où il faudrait des documents plus nombreus pour apprécier si le frœmi de 906 est un îlot, résidu d'un ancien /or mf(<:), ou au contraire s'il marque un retour offensif du français, jalonné peut-être le long de la Loire par un couloir entre 903 et 907 : a priori, nous pencherions plutôt pour la segonde hipotèse.

Par contre, après une étude minutieuse faite sur place, nous estimons que, dans l'ensemble, les formes de l'ouest du Puy-de-Dôme représentent bien \e formic traditionnel, qui n'a été entamé, dans cette région montagneuse et arcaïsante, ni par heleta, ni par ama:^-. Certes bien des formes ont subi récemment Tinfluence de la langue de Paris, voire ont été complètement francisées : ainsi les /?/rm/ (705) et frnmi (703) de V Atlas, comme les formes suivantes que j'ai recueillies : furmi à Rochefort et Chanat, furmiyo à La Bourboule. Mais voici une nombreuse série d'exemples de la forme indigène : dans V Atlas fermé (706) (et à rouest//Vw<' 'jo^.fiirmè 7043 etc.); recueilli personnellement : fœrmê (Mont-Dore) \ firmt (Tauves, Picherande, Latour), /"m77^ (Singles), (Avèze, Sayat,Cbatcaugay),/7/fm()(Bagnols),/m;7o(Romagnat),/^w/f(Aydat). Cette dernière peut être influencée parle français, comme le fèrmiàe Saulzet et du Vcrnet-Sainte-Marguerite, et le fàrmi

I. Mon sujet était plus arcnïsntit que |celui de M. Hdmont : j'ai dcji\ PU l'occasion de le remarquer;

de Besse : encore n'est-ce pas certain. Il est plus vraisemblable que le féminin (que j'ai toujours observé) a été ramené par le français dans le Puy-de-Dôme : les formes relevées à l'ouest par M. Gilliéron, à partir de 706, sont restées généralement masculines.

Autre preuve de l'ancienneté de formic dans l'-ouest du Puy-de-Dôme, comme dans le Velay : c'est la survivance des représentants de formicaria : car à côté du furmiyera francisé de 705 (cf. fnrmtyçro de mt:{ùdri à 805), voici frumid^era^ jo"^, farmid^yera à 815, ausquels je joins le fir~ médièi de Latour.

On remarquera que les représentants indigènes de formic sont très altérés. Il s'est opéré souvent un recul d'accent, fréquent dans la région quand la tonique porte sur une voyelle finale grêle (i ou ^ ; de son côté, Vi a pu altérer la voyelle précédente par une sorte à'UmJaiit.

Mais il y a autre chose. Les formes du Mont-Dore et du Limousin et le farmi de 815 sont d'accord avec les Jermi, frémi de la Nièvre et de l'Ain, pour prouver que dans le centre de la France, du Velay au Nivernais et du Limousin à la Bresse, /mw/(«:) a été altéré en fermi, frémi, par l'étimologie populaire (d'après /m;/îV) C'est cette homonimie qui a tué le mot dans le Massif Central et qui a fait le succès du substitut germanique.

1 . Cf. A . Dauzat, Géographie phonétique d'une région de la Basse- Auvergne, p. 54-57.

2. Je ne serais pas étonné qu'il se soit produit aussi une influence de la racine w : la question nécessiterait une autre étude. Le mot a subi l'attraction homonimique de fournir dans l'Aveyron ( fnrni~e\ le Gard, les Bouches-du-Rhône. etc. ( fnrniqo).

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