‹ Essais de géographie linguistiqueChapitre 57 sur 67 · RottianiayWW · texte numérisé non relu

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ÂPPHN'DICE

M. Meyer-Liibke enregistre sans commentaires lacrimusa dans son Romanisches etymologisches Wœrterbuch.

Ne peut-on aller plus loin ? Je crois, pour ma part, que nous sommes en présence d'une création du latin vulgaire. L'étimologie devient transparente si on coupe le mot comme il suit : l-acrï-mûs-a. Le latin vulgaire, dans la région qui nous intéresse, a surnommé le lézard gris « le museau pointu », formation parallèle à celle du hous (acrifolium) et à bien d'autres. Est-il rien de plus naturel ? La finale féminine a n'est point pour nous surprendre : le terme se substituait précisément à un féminin (dérivé de LANGA, V. plus haut). L'agglutiuatiou de / initial peut sembler plus difficile à admettre en latin vulgaire : mais outre que l'usage de l'article était fortement enraciné dans le peuple à la fin de l'époque impériale, il faut voir là précisément le résultat de l'étimologie populaire (lacrima) dénoncée par M. Thomas. On peut objecter que mûsu, museau, n'est pas latin et n'est pas attesté avant le viii^ siècle. Mais rien ne prouve que ce mot ne fût pas plus anciennement acclimaté dans la Roman ia. L'extension très vaste du terme (Gaule du nord et du sud, Espagne, Italie du nord) tent à le faire croire et peut même suggérer Thipotèse d'un tipe prélatin.

La répartition géografique de lacrimusa appèle quelques considérations. M. Thomas (loc. cit.^ a montré l'extension actuelle de l'aire : elle déborde sur les Alpes et au delà, s'arrête à l'ouest aux Cévennes, au sud-ouest au voisinage du Gard, et au nord ne dépasse pas les limites du département de l'Ain. Je crois que dans cette dernière direction elle a dû aller autrefois beaucoup plus loin, et que le mot ernoiad (^Atl. ling. 27, Haute- Marne) est un résidu déformé de larmuse, *larmose -{- suffixe.

Au contraire, à l'ouest, les frontières doivent être

ESSAIS DE GÉOGRAFIE LINGUISTICIUE

anciennes. Lacrimusa est un exemple frappant des créations originales qui se sont formées autour de Lyon, segond foyer de romanisation de la Gaule après Narbonne et qui se sont superposées, par la constitution d'aires nouvelles (rayonnant vers le Nord par le couloir de la Saône), aus termes propagés primitivement par la Narbonnaise, ces derniers étant souvent communs (c'est ici le cas) avec cens du bassin du Pô.

Une fois conquis au français, Lyon a créé un français régional larmusCy qui s'est étendu à l'ouest plus loin que l'aire indigène lacrimusa : ainsi le Puy-de-Dôme, qui a emprunté jadis, par Clermont et la voie de Thiers, beaucoup de désignations françaises à Lyon, appèle toujours en français le lézard gris larmuse, alors qu'aucun des termes patois de la région ne se rattache à cette racine.

I. Cf. ci-dessous pour l'orvet, p. 126-128. La colonie de Narbonne fut fondée en 118 avant J.-C, et Lyon, qui devint aussitôt capitale des Gaules, fut, avec Augst, la seule colonie romaine créée par Auguste. M. Camille JuUian a fait ressortir l'importance de ces deus créations {Histoire de la Gaule, II, 128-130, et IV, 42-47). Dès la fin du ler siècle après J.-C, Lyon rivalise d'importance avec Narbonne, pour acquérir bientôt la prépondérance. — La région de Marseille, restée longteus grecque, n'a guère agi dans la romanisation de la Gaule.

APPENDICE

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