Romauia, 1912, p
APPENDICE
Passons à l'autre groupe. La variété de formes qu'il présente peut être expliquée et ne peut l'être que par un tipe du latin vulgaire, 'parallèle au précédent, *anevôly-, *ANAVÔLY-, dans lequel le v peut provenir d'un ancien et Ye d'un e ou d'un ï. Mais à l'inverse du cas précédent, la variante ane- est la règle, ana- l'exception : cette dernière ne paraît attestée qu'à l'ouest du Limousin (^Atl. ling., éo6 avanivô, 607 vanivé, — avec permutation des éléments n-v), où elle forme — fait remarquable — un îlot dans l'aire
*ANATÔLY-.
Le type *anevôly-, qui occupe tout le nord, l'est et le sud-est de la Gaule romane, a subi divers traitements suivant les régions. Inutile d'insister pour l'élément -ôly-, qui n'est guère demeuré fonétique que dans le sud-est, et a été transformé presque partout par l'analogie. — Dans une petite région (Lyonnais et n.-e. du Puy-de-Dôme), le radical du mot n'a pas éprouvé la chute de, la contre-finale, tout comme celui d'aneduelh (type régional anèvwë : l'élément ïu est susceptible de devenir y, et de mouiller Vn après métatèse). Ailleurs la sincope se produit. La forme qui en résulte, anvblh, qui commande toutes les suivantes, donne lieu à deus sortes de fénomènes également fonétiques : après diftongaison de l'o, il peut se dégager un g du groupe viio, vue (le passage de -viiolh à -guolh était normal à l'époque où le w germanique devenait gu)\ — l'w, au contact d'une consonne sonore, peut se transformer en / : fait plus fréquent devant g que devant v, et plus spécial au provençal. D'où quatre groupes fonétiques : anv- > àv-, qui s'étend sur tout l'est, du franco-provençal à la Champagne, en se dénasalisant vers l'ouest ' ; ang-, spécial à une petite région à l'ouest de la précédente (Orléanais, Berry :
I. La dcnasalisation est ancienne en Champagne : cf. avoye dans Cl. (iottercau, Columelle, 1552.
P.SSAIS DH (iHOGRAFÎF LINGUISTIQUE
103, 202, 204, 303, 306, 307, 400 de VAt. ling.) ; arg-, qui occupe tout le sud-est (cf. sufF. -anIcu > -argue, MONACHU > morgue, etc.); et enfin arv-, où le v s'est généralement résorbé devant le groupe uolh > wœQh), fénomène normal dans la région (n.-o. du Ruy-de-Dôme : Atl. ling. : 703 aryu, 805 aré ; Les Martres de Veyre, rii) .
Avons-nous eu un autre domaine arv- ? Pour répondre à cette question, il faudrait faire une étude dialectologique approfondie du nord-ouest de la France. Quel que soit le prototipe originaire de son radical {anv- ou arv-), tout le monde est d'accord pour reconnaître que la forme orvet (plus anciennement orvei, J. le Retit, 139 1, cf. Godefroy, upplément) a subi dès le moyen âge l'influence de orh, aveugle : c'est l'opinion du Dictionnaire général et du Romanisches etymologisches Wœrterbuch. Faut-il, pour l'appuyer encore, rapprocher les formes de l'Italie du Nord (orbola, orbiga, orbesinp...) citées par Rolland ? V Atlas linguistique nous donne orbét dans l'Orne.
Dans le sud-est, à l'exception des patois arcaïsants et conservateurs de la montagne (cf. 815 argei, etc.), le radical arg- est devenu -org en vertu d'une étimologie populaire transparente \
Revenons maintenant au prototipe du latin vulgaire, que l'analogie des parlers actuels nous a amené à reconstituer. Il n'a rien d'hipotétique. N'a-t-on pas reconnu déjà I'ana- BULio de Polemius Silvius, classé précisément parmi les serpents ^ ? Vu peut fort bien représenter la diftongue uoquï
1. Restent encore à expliquer les termes avec deus n (anênœ, etc., Atl. ling., 807, 705) sur la frontière des deus grandes aires, et les formes nerbil isolées dans l'Aude (785, 793). Elles sont dues sans doute à des causes anal)giques qu'une étude approfondie des patois locaus permettrait de déterminer.