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Rofunnia, XXXV

APPENDICE

existait déjà au siècle. Reste le segond a, qui nous atteste — fait à remarquer — la même variante que pour anedolh, anadolh. Rappelons enfin que le Laterculus de Polemius Silvius est dédié à un évêque de Lyon : or toute la région lyonnaise rentre dans le groupe anevoly-.

D'où viennent ces deux formes bizarres, et qui semblent bien apparentées, *anetoly-, *anevoly-, avec la variante e-a ? Est-ce un tipe prélatin que nous ignorons ? Mais alors on ne voit pas la raison de la répartition des deus formes, et surtout on s'étonne que le latin n'ait introduit aucun mot, même dans des régions aussi anciennement et profondément romanisées que le bas Rhône et la Narbonnaise. Ne serions-nous pas en présence, au contraire, d'une création du latin- vulgaire ?

Dans toutes les langues européennes, lorsqu'on a voulu donner un nom à l'orvet (cf. Rolland, loc. cit.), on l'a appelé Vaveugle, suivant une croyance populaire universellement répandue et due à l'extrême petitesse des ieus chez ce reptile. Le latin lui-même le dénomme caecilia. Je ne veux pas chercher ici pourquoi ce mot ne s'est pas implanté en Gaule ' ; je crois pouvoir simplement montrer qu'on lui a substitué un succédané plus évocateur, et que le groupe final de *anev-oly-, *anet-oly représente tout simplement oc(u)lu probablement au pluriel. Le mot constituerait une formation de tout point analogue à abocuLis, mais appartenant à une couche plus ancienne, dans laquelle la segonde partie du terme s'est comportée i

1. L'homonimie du nom propre Cai-cii.ia (surtout de la sainte), a dû lui être fatale.

2. Objectera-t-on que le groupe cl ne serait pas encore représenté par //■ ( - / mouillé) à l'époque de Polemius Silvius (449)? Qu'en savons-nous ? La Lex Salica, un peu plus tard a bien botii.ia — .

HUTTICULA.

fonétiquement comme le substantif isolé Dans tout le midi, la finale du nom désignant l'orvet est parallèle ^ à « œil )), et dans le nord la chute précoce, en mainte région, de l'élément / dans un mot qui n'avait pas de tradition littéraire et dont la finale était exposée à toutes les analogies, n'est pas plus surprenante que celle d'avril (avril) > avri ou de tant d'autres du même genre.

Mais que signifie le premier élément ? Il faut procéder par analogie. Si nous sommes en présence d'une formation semblable à ab-oculis, le point de départ doit être le même. On sait que cette dernière expression a été créée par le langage médical sur le modèle du grec à::' iy-i^-âtcov ^ : ce langage était fortement imprégné de grec et nous voyons de tout temps la terminologie tecnique des maladies ou des infirmités pénétrer dans la langue courante.

Or le grec, pour désigner l'être privé de ses ieus, avait une autre expression, plus fréquente même que la précédente : àv6©0aX;j.oç OU àvi[jL;j,a":c;, dans laquelle àv représente X privatif, et non aveu ou àvi. Mais il y avait là matière à amphibologie, surtout pour des médecins romains, et on conçoit fort bien qu'on ait refait la locution — d'ailleurs parfaitement correcte — aveu o^ôaXpLwv (ou itj/jj.a-(ov) et même, pour éviter l'hiatus % àvsuO' c2>6aX;ji,à)v. Si l'on ajoute que la confusion avec àvi devait être fatale, surtout chez des demi-savants, nous avons là toutes les variantes nécessaires et suffisantes pour justifier les formations et les flottements du latin vulgaire ; la diftongue su devient naturel-

1 . En réservant les évolutions dues au contact du v avec la diftongue tio, ue (yuo, vue > guo, gue).

2. Je dis parallèle et non identique, le singulier et le pluriel de « œil » ayant pu donner lieu à des évolutions différentes, généralisées dans un sens ou dans l'autre.

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