I . Cf. Diclionnaire <^^cnéral, v» bedaine
ESSAIS DK Gl':0(,KAFll-: LINGUISTIQUE
gner le mâle entier, et son remplacement par le nom, bien plus fréquent, du mâle châtré. Ainsi « bœuf » se substitue à « taureau » sur divers points de la région du Rhône, surtout près de la mer (et aussi dans le sud des Alpes); un seul patois (844) a éprouvé le besoin de préciser (c bœuf entier ». On conçoit que le fait se produise là où les taureaus sont rares ; il est plus surprenant dans une région d'élevage comme la Camargue (871). — Sporadiquement, je n'ai obtenu que « bœuf » (J^œu^ à Chambon (entre le Mont-Dore et Murols).
Naturellement l'influence du mot français se fait sentir çà et là. J'ai relevé l'emprunt de taureau au Mont-Dore. Je n'ai pu obtenir que tôrô à Pardines comme M. Edmont à Ambert: làle sujet était une femme, ici un cordonnier, qui pouvaient l'un et l'autre ignorer le mot patois traditionnel (M. Michalias me l'a donné pour Ambert : tmini). Toute une région de l'Hérault (757-68-78) a une forme tôro qui me paraît bien venir du français plutôt que du catalan : je serais plus affirmatif si je n'étais souvent en désaccord avec M. Edmont sur la façon d'entendre — et par suite de noter l'accent tonique.
2. Le jars {oie mâle) dans le Massif Central et le sud-ouest.
- La région de la France que nous étudions pour ce mot est limitée au sud-est par une vaste zone où aucun terme n'a été relevé dans V Atlas (nous verrons bientôt pourquoi) ; au nord s'étent très loin l'aire homogène et primitive de jars. Les fénomènes que nous allons considérer sont donc bien circonscrits.
Dans les textes médiévaus de langue d'oc, seul apparaît le terme auc pour désigner le jars (mot d'un emploi peu
REVUE DE FILOLOGIE FRANÇAISE
fréquent dans la langue écrite). La carte de V Atlas va nous révéler un état de choses singulièrement plus complexe et qui, par endroits, remonte au moyen âge.
Tout d'abord, il faut observer que l'oie, comme animal domestique, est loin d'être aussi abondante que la poule, le porc, la vache, etc. Il y a de nombreuses régions où on n''en élève pas ou très peu : par suite, si le nom générique de l'oie est connu partout, il ne faut pas s'étonner s'il n'existe pas d'appellation spéciale pour le mâle là où cette espèce n'est pas répandue : c'est le cas, en particulier, pour la vaste zone représentée par les Cévennes, le bas- Rhône, le littoral languedocien et une grande partie des Pyrénées. Dans la partie de la France qui nous occupe, les principales contrées productrices d'oies sont le bas Poitou, la région toulousaine et, sur une échelle plus petite, les Landes et la basse Limagne. Ces régions exportent des animaus, et, à l'occasion, des mots.
Pour désigner le mâle, le terme le plus ancien est le radical garr-, dont l'origine est inconnue, mais qui est certainement prélatin \ C'est l'ancêtre direct de jar (et de ses variantes) dans le nord et le centre de la France. Mais le mot a vécu aussi dans le Midi. Ses vestiges se retrouvent au sud-ouest dans notre aire bleue : seul garât (672) nous donne un dérivé fonétique ; ailleurs, sous la forme girot, giru... il a été visiblement contaminé par guit = canard, Mistral cite d'autre part garroun au sens de coq (d'où le français garron, mâle de la perdris ^). Il serait plus téméraire d'en rapprocher le provençal moderne garro, matou, et surtout le provençal ancien garri, souris.
1. Le mot manque dans le Ro7ti. etym. JVarterbuch de M. Meyer- Lùbke. Cf. le Dictionnaire général, \° jars.