Forget the dead, the past? 0 yet
There are ghosts that may take revenge for it; Memories that make the heart a tomb...
The Past, 1818.
SHELLEY
enseignant Wordsworth et apprenant de lui Rousseau; ils firent ensemble le tour du lac, la Nouvelle Héloïse en main, et allèrent en pèlerinage au bosquet de Julie. Il est regrettable que M. Garnett ne nous ait rien donné des lettres de ce moment. Après un court séjour en Angleterre, durant lequel le chancelier Eldon lui enleva la tutelle des enfants qu'il avait eus d'Harriet, il s'exila définitivement et se fixa en Italie, « ce paradis des exilés ». C'était le ciel qu'il fallait pour sa poésie, avec ses teintes si délicates et si tendres : « C'est un charme pour moi d'observer les changements de cette atmosphère et la formation des nuées d'orage dont midi est souvent assombri, et qui crèvent et s'évanouissent vers le soir en bandes de nuages délicats. Nos vers luisants s'éteignent au lointain, mais reste Jupiter, qui s'élève majestueusement au-dessus de la déchirure des montagnes couvertes de forêts, et le pâle éclair d'été qui, par intervalles, s'étend chaque nuit au-dessus du ciel » (18 juillet 1818). Il n'a pas encore oublié pourtant le paysage anglais ; ses pensées s'attachent encore à la forêt de Windsor et aux taillis de Mario w, « comme les nuages qui traînen* bas, suspendus au-dessus des bois de la montagne, et qui passent, mais en laissant le meilleur de leur rosée quand eux-mêmes se sont évanouis ». A Venise, il retrouve lord Byron : de là le poème de Julian et Maddalo, conversation philosophique, sous des noms déguisés, entre Byron et Shelley, « dia-
logue pareil à ceux que tenaient, dit-on, les démons, dans la vallée de l'enfer, sur Dieu, le libre arbitre et la Destinée1 ». A Bologne, Guido, le Corrège et Raphaël lui donnent la révélation de l'art. « Devant la Sainte Cécile de Raphaël vous oubliez que c'est une peinture que vous avez devant les yeux, et pourtant elle ressemble aussi peu que possible à rien de ce que nous appelons réalité... La figure centrale , sainte Cécile , semble ravie dans une inspiration semblable à celle qui a produit son image dans l'esprit du peintre : les yeux profonds, noirs, éloquents, levés au ciel, les cheveux châtains rejetés du front en arrière, elle tient l'orgue dans la main, le visage calmé par la profondeur de la passion et de l'extase, et pénétrée de la lumière chaude et rayonnante de la vie . Elle écoute la musique du ciel et, j'imagine, vient de cesser son chant; car l'attitude des quatre figures qui l'entourent dirige vers elle ; en particulier, saint Jean qui se penche vers elle, avec un geste tendre et passionné, tout allangui de la profondeur de son émotion». Le Chartreux cadavéreux du Guerchin lui donne le vertige et le révolte à la fois : « À quoi-