BROWNING
HERVÉ RIEL
2oi
cur, dit le critique, c'est par excès de lumière1, i En effet, l'obscurité de Browning ne vient pas, comme chez Hugo et Tennyson, dans leur dernière période, du vague grandiose des objets, de l'indéfini de l'idée, de la prédominance des abstractions métaphysiques, mais, au contraire, de la précision même des idées et des sentiments, entrevus dans leurs ramifications dernières, dans toutes leurs complications entrelacées, et rendus aussitôt tels quels, dans un choc d'abstractions et d'images, avec des lenteurs infinies de scolastique argumentant en règle à perte de vue, et de3 bonds soudains pardessus des abîmes de sous-entendus. Browning est le poète psychologique par excellence : « A moi, ditil, les pensées, les amours et les haines de l'homme!
Mine be mari s thoughts, loves, hâtes! »
De là son obscurité, parce qu'il plonge jusqu'au plus profond ; mais là aussi sa force. Nul poète anglais depuis Shakespeare, — disent les critiques qui ont le mieux étudié Browning, même parmi les plus sévères, — n'a eu au plus haut degré la puissance dramatique, c'est-à-dire le pouvoir de sortir de soi-même et d'entrer dans une âme étrangère ; il est le plus objectif des poètes clans un siècle où chacun n'a dit qu'une âme, la sienne, et dont toute la poésie n'est qu'une confession ; c'est peut-