‹ Essais de littérature anglaiseChapitre 119 sur 122 · Parlement du 24 janvier · texte numérisé non relu

Parlement du 24 janvier

tradition, Anglaise d'éducation, Française de cœur; poète en anglais, prosateur en français; qui à dixhuit ans faisait connaître à l'Inde les poètes de Ip! France dans le rythme de l'Angleterre et fondait en elle trois âmes et trois traditions, morte à vingt ans, en plein épanouissement du talent et à la veille du génie, présente dans l'histoire littéraire un phénomène sans analogue, et son nom doit en particulier rester cher à cette France qu'elle a tant aimée et vers qui l'entraînait un mystérieux instinct.

Toru Dutt était fille d'un magistrat hindou de haute caste, Govin Chunder Dutt, de Calcutta. M. Dutt était converti au christianisme et, chose plus rare en Inde, à l'esprit européen même, quoique restant foncièrement Hindou. Cette conciliation des deux esprits, tout apparente et de surface dans la plupart des cas, "s'était déjà faite dans le père avant de se faire dans la fille. Toru Dutt était la plus jeune de trois enfants, tous trois prédestinés à une mort précoce, elle survivant la dernière et pour peu de temps. M. Dutt, dans un mémoire d'une simplicité de résignation presque sublime, publié en tête des poésies de son enfant, a pris une sorte de plaisir navrant à dresser la statistique des deuils qui, coup sur coup, ont rendu vide son foyer au seuil de la vieillesse :

« Toru Dutt était la plus jeune de mes trois enfants. Tous trois étaient de grande promesse et

MISS TORU DUTT

tous trois m'ont été enlevés à la fleur de l'âge. Je donne la date de leur naissance et celle où il a plu au Seigneur de les prendre de cette terre :

« Abju, né le 18 octobre 1851, mort le 23 juillet 1865;

« Àru, née le 13 septembre 1854, morte Je 23 juillet 1874 ;

« Toru, née le 4 mars 1856, morte le 30 août 1877. »

En 1869, M. Dutt emmena en Europe les deux enfants qui lui restaient pour leur faire apprendre les langues de l'Occident ; elles passèrent quelques mois en France, dans un pensionnat ; elles restèrent plus longtemps en Angleterre et revinrent en Inde en 1873. On aimerait à avoir plus de détails sur leur coin t séjour en France, qui eut une influence étonnante sur les idées et l'imagination de Toru. Le français devint sa langue favorite, comme la France son peuple d'élection. Quelques-uns des personnages secondaires de son roman français, par exemple, la sœur Véronique, ont dû être rencontrés dans la vie, bien qu'elle n'ait rencontré la plupart des autres que dans les livres ; et la camarade anglaise qui, au couvent, prête Musset à son héroïne est certainement un souvenir réel de pension. Elle avait quinze ans au moment de la guerre : elle était à Londres ; nos désastres frappèrent l'enfant au cœur. Son journal 1 porte, à la date de la capitu-

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