Tis done ! the scène of life will quickly close
Ambition's vain delusive dreams are fled, And now I wake to darkness, guilt and horror ; I cannot bear it ! let me shake it off,
MACBETH
pPtiis au bon goût, ce Shakespeare inconnu scandalisa: «Que veut cet homme? s'écriait Facteur Quin, est-ce que je ne joue pas Macbeth comme il a été écrit par Shakespeare? » Et il demandait à Garrick où il était allé chercher de ces phrases baroques, comme : The devil damn thee biack, thou creamfac'd loon (V, 3, 11). Garrick, pour faire passer l'audace grande, se crut obligé d'exposer ses vues dans un pamphlet qu'il dirigeait ironiquement contre lui-même avec ce motto: Macbeth has murderd Garrick. Mais enfin le génie de Facteur couvrit l'audace du critique. Sa conception du caractère de Macbeth lui était donnée tout entière dans le tressaillement qui saisit Macbeth devant le salut des sorcières : le tumulte, soulevé dans son âme par la prophétie, restait visible jusqu'au bout, même devant Duncan, et son visage restait toujours « le livre où se lisent des choses étranges» l.
Garrick eut bientôt assez réformé le goût public2 pour que le jorr où Kemble, un grand artiste pourtant, eut la malheureuse idée d'introduire un chœur
It will not be ; my soul is clogg'd with blood, I cannot rise ! I dare not ask for mercy, It is too late, hèll drags me down ; I sink, 1 sink, — my soul is lost for ever ! — Oh \ >h ! oh ! [Diez).
Your face, my thane, is as a book wher^ men May rcadstrange matters (I, 5, 61).
2. Néanmoins les chants de Middleton paraissent encore dans le texte joué à Paris, en 1828, par la troupe de Macready (1 avril).
112 ESSAjIS DE LITTÉRATURE ANGLAISE
de petits enfants chargés de représenter les red rits et les black spirits 1 du quatrième acte, un immense éclat de rire renvoyât dans la coulisse les pauvres innocents. Le public de Davenant eût applaudi à tout rompre. Kemble, pour garder l'équilibre, avait en revanche supprimé le spectre de Banquo, sous prétexte qu'il est invisible aux convives2 : le public réclama son spectre, qui rentra dans ses droits.
Deux grandes actrices ont laissé un long souvenir dans le rôle de lady Macbeth: Mrs. Pritchard et Mrs. Siddons, de la dynastie des Kemble. Mrs. Pritchard, dans la scène du banquet, était tout un drame à elle seule, occupant ses hôtes, souriant à l'un, chuchotant à l'autre, avec de rapides regards d'angoisse et de supplication jetés à Macbeth, et quand elle passait près de lui, en allant d'un convive à l'autre, lui saisissant soudain le bras et lui jetant dans un éclat étouffé de colère et de mépris : Are y ou a man*? Mais c'est Mrs. Siddons qui incarna le
\. D'ailleurs apocryphes, toute la scène étant interpolée.
2. Il ne l'était pas aux spectateurs du temps de Shakespeare, car Forman le voyait : « The next night, écrit-il dans son analyse de Macbeth, being at supper with his noblemen, whorn he had bid to a feast, to the which also Banquo should have corne, he began to speak of noble Banquo, and to wish that he were there. And as he thus did, standing up to drink a carouse to him, the ghost of Banquo came and s-at down in his chair behind him. »