Childe Harold, IV, cliii
LORD BYRON
lequel il revient souvent avec orgueil tout le reste de sa vie ; passa de là à Gonstantinople, où il resta trois mois (mai-juillet), entra à Sainte-Sophie et refît le long du Bosphore la route des Argonautes1. A la fin de juillet 1810, il rentra en Grèce, se rendit à Patras par Corinthe, fut pris d'une fièvre que son médecin rendit mortelle, fut sauvé par le dévouement de ses deux serviteurs albanais et par la force de sa constitution, parcourut la Morée, visita dans son camp le gouverneur Veli Pacha, le fils d'Ali. Il revint enfin à Athènes où il s'établit au couvent des Capucins dont il fit son quartier général, partageant son temps entre des excursions dans l'Attique, l'étude de la langue, des mœurs, de la situation politique, le rêve et la poésie, remplissant son imagination de couleurs et d'images, et se préparant inconsciemment, par une sympathie profonde pour la Grèce déchue, au dévouement suprême qui devait couronner sa carrière.
Il quitta Athènes vers le mois de mai et arriva en Angleterre dans les premiers jours de juillet. Il s'arrêta à Londres pour préparer l'impression d'une paraphrase de l'art poétique, Hints from Horace, seconde épreuve affaiblie et incolore des English Bards et à laquelle il attachait grand prix . Un de ses parents, Dallas, à qui il montra cette satire, lui demanda avec désappointement si c'était tout le
1 . Les souvenirs de cette partie de son pèlerinage se réveillent plus tard dans Don Juan.
bagage poétique qu'il rapportait de deux ans d'Orient. Byron répondit qu'il avait encore écrit quelques courts poèmes et de plus un grand nombre de stances spensériennes relatives aux pays qu'il avait parcourus, mais qui ne valaient point la peine de les lire. Dallas les prit néanmoins, les lut, et, le soir même, écrivit à Byron que Childe Harold ferait sa gloire: Byron se laissa décider à le publier.
Le 23 juillet, Byron écrivit à sa mère pour lui annoncer sa visite : huit jours après, il apprenait sa mort. Il avait quitté l'Angleterre sans la voir1, et elle avait le pressentiment qu'elle ne le verrait plus : à la nouvelle de son retour en Angleterre, elle dit à sa femme de chambre : « Si j'allais mourir sans l'avoir revu, ne serait-ce pas étrange? » Elle mourut subitement le 1er août : il n'arriva à Newstead que pour l'ensevelir. La même semaine, il apprit la mort de deux de ses plus chers amis d'enfance, Wingfield, mort de la fièvre à Coïmbre, et Matthews, noyé à Cambridge2. De nouveaux coups le frappèrent sans relâche dans les deux mois suivants. « Il semble, écrivait-il, que je doive éprouver dans la jeunesse la suprême misère de la vieillesse. Mes amis tombent autour de moi et je resterai comme un arbre solitaire avant d'être desséché3». Ces coups retentissaient dans sa poésie et venaient ajouter à