‹ Essais de littérature anglaiseChapitre 88 sur 122 · Childe Harold, I, xci; II, xcv · texte numérisé non relu

Childe Harold, I, xci; II, xcv

son pays1, son admiration visible de Napoléon, son scepticisme religieux, frappant la religion établie autant que le catholicisme romain2 : toutes ces audaces étaient oubliées et les torys les plus ardents * blâmaient doucement et admiraient. Le mystère voilé du héros, sous les traits duquel on essayait de deviner les secrets de la vie de l'auteur3, créait un autre charme en éveillant la curiosité. L'on avait déjà eu dans la poésie du siècle des descriptions éclatantes, mais aucune où les passions de l'âme fussent aussi ardemment mêlées aux couleurs de la nature et où la nature, à son tour, fût aussi vivement colorée de l'âme. Enfin la philosophie morose et désenchantée de l'âge nouveau n'avait pas encore trouvé d'accents aussi pénétrants et aussi amers ; c'était pour la première fois que la « maladie du siècle », le Weltschmerz, éclatait en Angleterre et que Werther et René trouvaient un frère.

Pendant trois ans Byron fut le dieu de la société anglaise. Tout ce qui tombait de sa plume était ramassé avidement : le Giaour (mai 1813) ; laFiancée dAbydos (décembre 1013) ; le Corsaire (janvier 1814) ; Lara (mai 1814). La teinte de misanthropie et de mystère qui avait fait un des charmes de Childe

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