Ibid., I, vu, xxix,Lxvii, sq., II, m
3. Byron avait prévu l'assimilation qu'on ne manquerait pas d'établir entre lui et son héros et essayé inutilement de la prévenir (Préface, i). Avant même que le livre eût paru, on l'annonçait sous le titre « Child of Harrow's Pilgrimage. »
LORD BYRON
Harold s'épaississait de jour en jour pour répondre au goût du public. Byron était l'idole et l'énigme des salons : il était adoré de toutes les femmes qui n'écrivaient point, et même de quelques-unes qui écrivaient ; et plus d'une miss romantique, en le voyant entrer dans le salon, murmurait comme Caroline Lamb : « Cette face pâle sera mon destin. » Présenté au prince régent, peu s'en fallut qu'il ne devînt l'intime de celui qu'il devait poursuivre plus tard de ses sarcasmes les plus mérités comme les plus sanglants, et il put espérer la place de poète lauréat, « avec cent marcs par an, écrivait-il, sans compter le vin et le déshonneur. » Il était plus fier de ses succès dans le monde que de sa poésie et songea un instant à renoncer à écrire.
Mais dans le tumulte de la gloire et les désordres de son existence, il ne trouvait point la paix. De plus, sa fortune était fortement ébréchéeet la ruine approchait. Il se laissa marier (2 janvier 1815) à miss Milbanke, jeune et riche héritière, d'esprit distingué et de caractère pur, mais aussi peu faite que possible pour comprendre Byron et le dominer : elle l'avait épousé pour la gloire de le convertir et de le réformer. L'histoire de leur querelle est devenue un chapitre de la littérature anglaise : l'on a écrit des volumes sur les causes de leur rupture, sur le moment même et cinquante ans après : la cause, comme disait Byron, était trop simple pour que personne la découvrît : il n'était point fait pour elle
ni elle pour lui. Quoi qu'il en soit des incidents qui amenèrent une rupture tôt ou tard inévitable, un an après leur mariage, cinq semaines après la naissance de leur fille Ada, lady Byron se retira chez son père et bientôt écrivit à son mari qu'il ne la reverrait plus l.
Le public anglais se retourna avec fureur contre Byron : il était alors dans un de ces accès périodiques de vertu dont il est pris tous les sept ans, si l'on en croit Macaulay2. Sans rien connaître des mystères de famille, sans s'enquérir des faits, sans se demander s'il avait le droit d'intervenir, il flétrit Byron avec une âpreté et une lâcheté sans pareilles. « Les journaux furent remplis de pamphlets, la scène retentit d'insultes. Il fut exclu de tous les cercles où il était naguère le point de mire de tous ceux qui observent. Tous les reptiles qui triomphent dans la ruine d'une nature supérieure coururent à leur proie. L'envie sauvage de la sottise ambitieuse n'a pas tous les jours la fête d'avoir un tel esprit à torturer et un tel nom à souiller3. » Byron expiait son crime, celui de tous qui est puni le plus cruellement, le crime d'avoir été trop admiré, et le public, avec sa justice ordinaire, le punissait de sa propre folie.
Byron n'essaya point de lutter : il s'exila pour