‹ Essais de littérature et de moraleChapitre 16 sur 23 · C. D'IIARLEVILLE et FAB. D'EGLANTIMi. H · texte numérisé non relu

C. D'IIARLEVILLE et FAB. D'EGLANTIMi. H

comme dans son caractère, et qui semblait avoir 'une sorte de vocation naturelle pour le bonheur et le repos, Collin obtenait un nouveau succès sur la scène. Il peignait l'optimiste; et son imagination calme et paisible, aimant le bien et habituée à le voir partout; son âme, que les dégoûts et les revers n'avaient pas aigrie comme celle de son rival ; son talent facile et ingénieux, tout le rendait propre à traiter un pareil sujet. Il pouvait mettre beaucoup du sien dans l'Optimiste. Aussi l'optimiste de Collin n'est point un philosophe raisonneur qui regarde les maux comme indispensables dans le monde, et qui s'y résigne par système. Ce n'est point un docteur Pangloss qui, comme dans Candide^ pauvre et malade, sans argent ni santé, jure pourtant que tout est bien dans le meilleur des mondes possible. L'optimiste de Collin n'a rien emprunté à Pope ou à Voltaire. C'est un homme bon et vertueux par instinct, d'un caractère accommodant et d'une imagination douce. Ce n'est pas un stoïcien qui veut nier la douleur : il la sent comme un autre; mais, au milieu de l'infortune, son œil voit toujours poindre quelque bien, et c'en est assez pour lui faire oublier ses chagrins. Voilà l'optimiste de Collin d'Harleville. L'optimiste spéculatif nous ennuierait avec ses raisonnements h perte de vue; l'optiniiste naturel amuse par les illusions qu'il se forge. Le défaut d'un pareil personnage, c'est d'être monotone et immobile; il ressemble en cela au Misanthrope. L'homme qui trouve que tout est mal et celui qui trouve que tout est bien ne peuvent guère être mis en action. Le pessimisme ou roi)timisme n'est pas

une passion comme l'ambition ou l'avarice : il ne fait pas agir. C'est seulement une manière de voir,' et le seul moyen de peindre ce caractère, c'est de faire passer les événements devant le personnage : il les juge, il nous dit quelles sont les impressions qu'il en reçoit. Voilà la seule action possible. Aussi l'intrigue de l'Optimiste est faible et romanesque; mais le caractère de Plinville, sa bonhomie et sa gaieté ingénieuse firent la fortune de l'ouvrage. Quand Plinville décrit ses sentiments, il a un charme irrésistible; tout lui plaît, la maladie même, parce qu'elle amène la convalescence :

C'était un vrai sommeil que cette maladie ; Mais en revanche aussi que le réveil est doux! Nous renaissons alors, et le monde avec nous.

J'éprouve une langueur, mais elle n'est point triste,

Et ma faiblesse même est une volupté

Dont on n'a pas Tidée en parfaite santé.

La santé peut paraître à la longue un peu fade ;

Il faut, pour la sentir, avoir été malade.

Je voudrais qu'à ton tour tu pusses l'être aussi,

Et tu verrais alors . . .

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