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COMÉDIE POLITIQUE

La liltcraUire et le lliéûlre étaient un instrument criicacc de l'esprit rcvolutionnaiie. Jusque-là, eependant, cet esprit avait plus d'influence que d'action. Il avait la force d'une opinion ; mais, pour devenir un pouvoir, il lui fallait une occasion. Les démêles entre le parlement de Paris et le ministère, en 88, lui donnèrent cette occasion qu'il attendait.

Déjà, sous Louis XV, le chancelier Maupeou avait essayé, selon son expression, de retirer la couronne du greffe ; il avait, en 1771, supprimé l'ancien parlement, et, prenant des conseillers d'État, des maîtres des requêtes, des membres du grand conseil, des avocats et des jurisconsultes, il avait fait, du jour au lendemain, un nouveau parlement. Plus de remontrances désormais ni de contradictions, voilà ce qu'y gagnait la couronne. Mais comme Maupeou, en même temps, voulait gagner le parti des philosophes, il avait fait quelques réformes utiles : I. 14

ainsi plus de vénalité des charges, la justice rendue gratuitement et le ressort du parlement de Paris resserré dans des limites convenables. Le parlement Maupeou dura jusqu'à la mort de Louis XV. A son avènement au trône, Louis XVI rétablit l'ancien parlement ; mais en 1788 M. de Brienne, fatigué de la résistance que le parlement opposait à tous ses projets, voulut de nouveau détruire cette assemblée et lui substituer une cour plénicre. Donnons quelques détails sur cette réforme.

Le parlement de Paris était un corps judiciaire par institution, et politique par usage plutôt que par droit. D'un côté, il rendait la justice au peuple ; de l'autre, il prétendait examiner les lois et se disait cour des Pairs. Brienne réduisait sa puissance judiciaire et son vaste ressort en créant quatre grands bailliages ou conseils souverains pour administrer la justice. Il en était de même pour toute la France : plus de parlements de province, partout des bailliages qui jugeaient les procès sans se mêler d'examiner les lois. Il détruisait du même coup la puissance politique du parlement en créant une assemblée de princes, de pairs, de maréchaux et de membres distingués de la noblesse, du clergé et de la magistrature, nommée cour plénière, avec toute l'autorité, disait l'édit, des cours plénières sous Charlemagne.

Gréés de bonne foi, la cour plénière et les bailliages auraient été un bien : car, qu'est-ce autre chose aujourd'hui que notre chambre des pairs et nos cours royales ? C'était donc le germe d'une meilleure forme de gouvernement, d'une meilleure

administration de la justice ; mais rien ne vaut que par la bonne foi. Le peuple sentit que le ministre ne lui donnait la justice avec les bailliages que pour lui bter, avec le parlement, le peu qu'il avait de liberté : îussi il défendit d'abord le reste des vieilles franchises du pays, menacées dans le parlement. La magistrature s'y trompa et se crut populaire ; mais la liberté une fois conquise, le peuple songea à la justice, que ne lui donnaient pas toujours les juges de Labarre et de Calas. Alors les parlements tombèrent tout d'un coup devant un décret de l'assemblée constituante.

Parmi les pamphlets qui ont raconté et animé cette querelle entre le ministère et le parlement, un des plus curieux assurément est une comédie politique intitulée : la Cour plénière. Il ne faut pas demander à cette pièce la gaieté de la vraie comédie. La comédie politique est un pamphlet : elle dénonce plutôt qu'elle ne critique, elle cherche à plaire aux haines et aux colères du temps plutôt qu'à amuser et à instruire. Mais, à côté de ces défauts, qui sont ses moyens de succès auprès des contemporains, la comédie politique peut avoir les qualités de la vraie comédie, et la Cour plénière en a quelques-unes. Les caractères y sont peints avec esprit; il y a même parfois de l'invention comique, chose rare dans la comédie politique. Nous citerons donc quelques passages de cette pièce, afin d'abord de faire mieux connaître l'esprit du temps, et pour donner aussi une idée de ce genre de comédie, souvent essayé chez les modernes et qui n'a jamais guère réussi.

L'auteur de la Cour plênière^ nous introduit chez le principal ministre, M. de Brienne, qui cause avec le garde des sceaux Lamoignon et quelques-uns de leurs familiers. Ils viennent de relire le projet d'édit portant établissement d'une cour plénière.

LE PRINCIPAL MINISTRE

Eh bien, mons Albert, que dites-vous du projet? n'est-il pas sublime ?

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