A LA FIN DU XVIII« SIÈCLE
A la fin du règne de Louis XIV^ le iinertinage était devenu à la fois un titre de disgrâce à la cour et de faveur aux yeux de la nation. Comme il y avait une sorte de courage à fronder, par la liberté de ses mœurs, la bigoterie de madame de Maintenon, l'esprit d'opposition, qui éclale toujours par quelque endroit, avait trouvé commode de prêter ainsi au vice une sorte de dignité. A la fin du règne de Loids XV, ce fut tout le contraire : les débauches du roi et le scandale de ses dernières amours firent, par contre-coup, renaître une sorte de décence et d'honneur public; on se fit vertueux pour contrarier la cour, et toutes les ambitions blessées, toutes les espérances déçues parlèrent à l'envi des devoirs de la morale. Il n'y eut pas de courtisan disgracié qui ne trouvât, dans le souvenir de sa chute, une verve soudaine d'indignation contre le libertinage. Au reste, ce n'était pas au nom de la religion qu'on condamnait ces désordres honteux : il eût semblé de mauvais ton d'emprunter la voix des commandements divins pour censurer les vices.
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L'esprit religieux s'était alors retiré de .'a société; l'amour de la liberté, tel que l'entendaient les anciens, ce sentiment énergique, n'était pas né ; il n'y avait plus d'honneur chevaleresque. 11 ne restait donc qu'une sorte de bon ton et de bienséance publique; il y avait, de plus, l'autorité douteuse des vertus que prêchait la philosophie moderne.
C'est ici le lieu d'expliquer l'influence de Rousseau sur la société à cette époque.
Jean-Jacques, misanthrope parce qu'il était malheureux, rompit en visière avec son siècle, et, dans ses écrits, prit le contre-pied de ce qu'il voyait. Au miheu d'une société civilisée à l'excès, il prêcha la vie sauvage ; au milieu de la monarchie, il publia son Contrat social, qu'on se piqua plus tard d'appliquer à la France pour mieux prouver qu'on ne l'avait pas compris; enfin, à l'aspect des vices, il parla pour la vertu ; et cette mission, qu'il n'avait reçue que de lui-même; cet apostolat, dont l'avaient investi sa conscience et son génie, il l'exerça avec courage, persécuté par son imagination plus que par ses ennemis, mais sans jamais démentir ses pensées ou cacher son nom. Dans l'infortune, son amour-propre s'exaltait au lieu de s'abattre; et cette manière de souffrir semblait, en nourrissant sa vanité, le dédommage^" de ses douleurs. Ainsi que ses contemporains, il ne s'était pas abstenu du vice; mais le souvenir de ses fautes enflammait son génie, et, quand il vantait la vertu, il semblait parfois plus éloquent pour regretter ce qu'il avait perdu, que Fénelon lui-même pour peindre ce qu'il possédait. Rousseau est l'apôtre et l'exemple du repentir;