‹ Essais de littérature françaiseChapitre 12 sur 58 · Socrate chrétien · texte numérisé non relu

Socrate chrétien

il» BALZAC

d'autres soins que de connaître le nom et la volonté des princes, les ordres et les ministres de Dieu, de se soumettre et d'adorer; de ce côté il est esclave, mais il retrouve son indépendance en se tournant vers l'humanité et la société. D'abord, la philanthropie (ce mot l'aurait fait frémir pour le fond et pour la forme) n'a point de place en son cœur, où il règne seul en idole. Pourquoi se mettrait-il en peine des misères du genre humain? « Certes, disait-il, nous n'aurions jamais fait si nous voulions prendre à cœur les affaires du monde et avoir de la passion pour le public dont nous ne faisons qu'une petite partie : peut-être qu'à l'heure qu'il est la grande flotte des Indes fait naufrage à deux lieues de terre ; peut-être que l'armée du Turc prend une province sur les chrétiens, et enlève vingt mille à\nc^ pour les mener à Constantinople ; peut-être que la mer emporte ses bornes, et noie quelque ville de Zélande. Si nous faisons venir les malheurs de si loin, il ne se passera heure du jour qu'il ne nous arrive du déplaisir; si nous tenons tous les hommes pour nos parents, faisons état de porter le deuil tout le temps de notre vie l. » Balzac n'a garde de faire venir les malheurs de loin, il aime mieux éconduire, poliment toutefois, ceux qu'il ue peut pas éviter. Ainsi, lorsque son père meurt, il écrira négligemment à Gonrart : « Depuis ma dernière lettre, j'ai perdu mon bon homme de père2. » Avouons qu'il ajoute quelques mots de. regrets, mais il n'y a pas apparence que la douleur soit longue.

Avec celte disposition à l'indifférence, il n'est pas étonnant que Balzac ait décliné la responsabilité de chef

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