‹ Essais de littérature françaiseChapitre 13 sur 58 · Lett. I, In. II. — 2. Lett. XXIV, liv. XXIII · texte numérisé non relu

Lett. I, In. II. — 2. Lett. XXIV, liv. XXIII

de famille, et qu'il ait passé sa vie dans un isolement Buperbe. Quand même il n'aurait pas eu de raisons d'une autre nature, il lui suffisait de celles qu'il a déduites dans li' passage suivant : «< Je no veux pointêtreen peine ompter tous les jours les cheveux: de celle que j'épouserai, afin qu'elle ne donne de ses faveurs à personne, ni craindre que toutes les femmes qui la viendront voir ne soient des hommes déguisés. L'exemple de notre voisin me fait peur, qui a mis au monde tant de muets, de borgnes et de boiteux, qu'il en pourroit remplir tout un hôpital. Je ne veux point être obligé d'aimer des monstres à cause que je les aurai faits, et quand je serois assuré de ne point faillir en cela, je me passerai bien d'avoir des enfants qui désireront ma mort s'ils sont méchants, qui l'attendront s'ils sont sages, et qui y songeront quelquefois, encore qu'ils soient les plus gens de bien du monde *. » Ainsi, Balzac ne trouve à dire au mariage que la femme et les enfants ; c'est plus qu'il n'en fallait pour s'en dispenser. Un valet dans Scarron3 prêche la même morale lorsqu'il s'écrie :

Moi, j'aurois des enfants et leur mère à repaître!

Je ne suis guère édifié, non plus, de la délicatesse de Balzac en amour, ni de sa galanterie; il est guindé et gourmé dans l'expression des sentiments tendres; il est cruel dans ses railleries sur le plus grand malheur (\e^ femmes, le vieillir. N'y a-t-il pas de l'inhumanité dans ce trait contre une coquette qui faisait mine de tourner à la dévotion. « Elle est aussi éloignée de sa conversion bue de sa jeunesse. » Balzac se complaît à désenchanter

1. Létt. XII, liv. III. — 2. L'Héritier ridicule, acte V, ^■.'•nr> v.

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la jeunesse et la beauté sur leurs illusions; il les poursuit par la perspective de l'inévitable laideur. Voyez de quel ton il avertit Clorinde du malheur qui la menaçait : <( 11 viendra une saison où vous aurez plus de peur de votre miroir que les coupables n'en ont de leurs juges. Votre front s'étendra jusqu'au haut de votre tête, les joues vous tomberont sous le menton, et vos yeux de ce temps-là seront de la couleur de votre bouche à cotte heure. Je voudrois bien pour l'amour de vous ne parler point si véritablement que je fais; néanmoins, puisque j'ai quitté la complaisance, il n'y a plus moyen que je me retienne. Clorinde, le soleil est encore beau lorsqu'il se couche ; l'arrière-saison est agréable, mais nous n'avons de bonnes années que les premières, et, quelque soin que vous ayez de vous-même, vous ne sauriez, en môme temps, conserver votre beauté et acquérir de l'expérience. Voulez-vous que je vous en dise davantage, et que je vous fasse part de ce que je viens d'apprendre d'un étranger que j'ai entretenu tout aujourd'hui? Il faut que vous sachiez qu'il n'y a partie du monde où la curiosité ne l'ait porté, ni merveille en la nature qu'il n'ait considérée avec soin. Il a vu des montagnes qui brûlent toujours sans se consumer : il a abordé en des îles qui ne s'arrêtent jamais en même lieu : on lui a montré dos hommes marins, mais il m'a juré que jamais, parmi tant de miracles, il n'a pu voir une belle vieille '. » Peut-on faire un plus cruel usage de l'esprit? Je voudrais, pour l'exemple, que la lettre eût été adressée à quelque Ninon, qui aurait donné un éclatant démenti à cette insolente affirmation.

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